mardi 5 mai 2009

Demain, j'arrête...


Demain, j'arrête d'utiliser internet.

Demain, pour chaque album téléchargé illégalement, j'en achèterai deux en magasin.

Demain, j'arrête d'arrêter de fumer. Ça marche pas.

Demain, je vais gagner à l'Euro-Millions.

Demain, je soude deux motos ensemble et j'en fais une voiture.

Demain, j'arrête d'utiliser Google. Je vais tout demander au 118 218.

Demain, j'arrête de prendre de bonnes résolutions.

Demain, j'arrête le temps. Si j'ai le temps…

Demain, j'arrête de tuer les poissons illégalement en les assommant. Je ferai appel à Exit.

Demain, j'arrête de porter des chaussettes à col roulé. Ça tient trop chaud

Demain, j'arrête Twitter, Facebook et la carte Cumulus.

Demain, j'arrête de me ronger les ongles. J'ai bientôt plus de mains.

Demain, j'arrête de tipp-exer mon écran. Ça efface aussi des choses que je voulais garder.

Demain, j'arrête de photocopier ma clé USB pour faire des backups. Dorénavant je la prendrai en photo.

Demain, j'arrête d'utiliser de l'électricité. Je vais m'éclairer à l'eau.

Demain, j'arrête le Néroli et le Géranium Bourbon.

Demain, j'arrête quelqu'un dans la rue pour lui demander qui je suis.

Demain, j'arrête de croire à B16. Pas la vitamine, le pape!

Demain, j'arrête de mettre du toner dans mon imprimante par temps d'orage.

Demain, j'arrête de penser à la veille. Mais comment saurais-je ce que je dois arrêter ?

Demain, j'arrête d'écrire des conneries.

vendredi 1 mai 2009

Mon meilleur ami est mort.


Je suis désespéré: Ma vie est réduite à néant. Je ne pense pas pouvoir m'en remettre. Hier soir, vers 23 heures, on m'annonce que mon meilleur ami ne va pas bien du tout. Ses heures sont comptées; il va mourir sous peu.

J'ai appris la nouvelle au journal télévisé, de la bouche-même de Claire Chazal. Pour que la télévision en parle, cela doit être vrai. C'est un comble d'apprendre la mort imminente de son ami le plus cher par les médias. J'aurais espéré qu'on vienne me l'annoncer en personne, au pire qu'on me téléphone.

Il était plus qu'un ami. Je l'ai découvert au début des années quatre-vingt-dix, par hasard. Depuis, je ne l'ai plus quitté. Il me suivait partout, même en vacances. Il s'invitait plusieurs fois par jour sur mon téléphone portable.

Il aimait les enfants; toujours à leur proposer de nouveaux jeux, des vidéos inédites et autres gadgets dont ils raffolent.

Tous les jours, et même plusieurs fois par jour, il m'apportait mon courrier qu'il triait consciencieusement à ma place. Les pubs d'un côté, la correspondance privée de l'autre. Il lui arrivait parfois de m'apporter des messages dont je n'avais que faire; certainement à cause du surmenage. Mais je ne saurais lui en tenir rigueur, car, sans lui, je serais perdu. D'ailleurs je suis perdu, puisqu'il ne reviendra plus.

Avoir un ami comme lui, c'est vital. J'étais vraiment accro. Il était tout pour moi. Je ne voulais pas qu'il meure avant moi. Lui, pouvait se passer de moi, mais moi pas de lui. Chaque fois que j'avais besoin d'un renseignement, il était le premier à me le fournir. Grâce à lui, j'ai rencontré ma femme. Grâce à lui j'ai découvert beaucoup d'autres amis aux quatre coins du globe.

Je m'y étais tellement habitué que je ne peux toujours pas accepter sa disparition. En revanche ma femme ne semble pas tellement perturbée. Ces derniers temps, elle trouvait que je passais beaucoup trop de temps avec lui, négligeant ma vie de famille.

Sans doute avait-elle raison, mais, quand on découvre un ami comme lui, parfait, serviable et si généreux, le reste ne compte plus. Si ma femme s'en était allée, il m'en aurait trouvé une de rechange très rapidement.

C'est triste de mourir à 19 ans, à cause d'une saleté de virus contre lequel la science est impuissante.

Je vais devoir réapprendre à écrire des lettres et à téléphoner, acheter des DVD, racheter une radio, me trouver des occupations, jouer aux échecs, lire des livres, parler avec les gens, rencontrer les voisins, aller à des réunions, revoir mon banquier.

Eh oui! Internet est mort et tout s'écroule autour de moi.

mercredi 29 avril 2009

10 astuces pour perdre 10 kilos.


Il est des pays où on rivalise de méthodes pour perdre du poids. Il en est d'autres où l'on aimerait bien en prendre. Le monde est injuste, nous le savons bien. Voici donc le top 10 des astuces les plus efficaces pour maigrir de 10 kilos.

Consommer uniquement de l'huile durant deux semaines. Le choix de l'huile est important: extra vierge et pressée à froid.

Avant chaque repas, avaler 100 grammes de popcorn sans le mâcher. Son rapport volume / calories est un des plus bas, mis à part l'éponge naturelle.

Se faire vomir, non pas après chaque repas, mais pendant chaque repas. Le goût acide devrait rapidement faire son effet.

Se faire ligaturer l'œsophage durant une dizaine de jour. Vous pouvez toujours avaler ce que vous mangez, le trop plein se fait vite sentir.

Prendre des cours de parachutisme et sauter d'un avion de ligne au-dessus d'une île déserte. L'amaigrissement est assuré, mais pas forcément le retour à la civilisation.

Se procurer deux ou trois vers solitaires (enfin des vers solitaires supportant la compagnie) et les avaler en leur promettant des festins quotidiens.

Se faire arracher les dents et la langue. Pour éviter les tentations, se faire également enlever les glandes salivaires. Le plus important: manger uniquement des biscuits militaires.

Au bout de quelques jours, le suicide peut également conduire à une forte diminution de poids par dessiccation.

Inventer un régime amaigrissant quelconque, en faire un bestseller, et promettre aux lecteurs le remboursement au double du prix de livre si vous reprenez du poids.

Arrêter de manger le temps qu'il faut pour perdre 10 kilos. Cette dernière méthode est certainement la plus efficace et la moins coûteuse.

samedi 25 avril 2009

Faut pas exagérer.


Julien Rausch est un homme calme et posé, la trentaine et bientôt chauve. Ses lointaines origines suisse allemandes lui ont laissé un arrière goût de respect de l'ordre et des règles. C'est plus fort que lui, presque maladif, il ne peut enfreindre aucun interdit. Même en plein désert, il s'arrêterait complètement sur la ligne d'un stop imaginaire, au moins une seconde, comme il le fait habituellement. Il paie toujours ses factures le jour où il le reçoit. Jamais il ne dépasse les limitations de vitesse. Il laisse toujours sa place à une personne âgée.

Sa vie est en tout point conforme à toutes les réglementations existantes. Elle en est même devenue anxiogène. Si, pour son travail, il doit utiliser un logiciel, même cher, il l'achète. Il possède tous les CD de la musique qu'il écoute. Il offre de beaux cadeaux pour les anniversaires de ses amis. Sa femme l'apprécie, car il est généreux, jamais trop expansif, toujours de bonne humeur et prêt à rendre service.

Si tout le monde était comme Julien, les insultes et les conflits disparaîtraient à tout jamais.

Mais, depuis quelques temps, Julien s'interroge. L'environnement dans lequel il vit lui paraît de moins en moins adapté à son caractère. Lui qui ne demande jamais rien à personne se retrouve de plus en plus souvent pris en otage par les autres, au sens large. Pas seulement ses concitoyens, mais tout et tous ceux qui l'entourent.

Son existence devient insupportable. Partout, on lui met les bâtons dans les roues. On lui augmente les impôts, on l'oblige à subir d'interminables embouteillages, on lui fait payer des rançons préventives stupides. Il ne comprend pas. Il résiste, il essaie de rester lui-même. Pourquoi devrait-il payer pour les banquiers incompétents qui ont dilapidé sa petite fortune. Pourquoi devrait-il payer des taxes sur son disque dur, son iPod, son enregistreur vidéo, ses DVD vierges, sous prétexte que de grands dictateurs en col blanc l'accusent d'être potentiellement dangereux ?

Quand il s'achète un film en DVD, il doit subir des messages anti-piratage. S'il veut payer avec un gros billet dans un commerce, on le lui refuse. Lorsqu'il rentre de vacances, on l'intercepte à l'aéroport en l'accusant d'importer des virus, simplement parce qu'il a une forte fièvre due à une insolation. Résultat: trois jours de quarantaine forcée et totalement infondée.

Il ne comprend plus pourquoi il doit toujours payer pour les autres. Les lois qu'il respecte tant, le forcent à les enfreindre, l'accusent de tous les maux, l'obligent à se révolter, lui le non-révolté par excellence.

Un (beau) jour, il craque. Pourquoi passerait-il tous les jours près d'une heure, sur son scooter, pour parcourir les trois kilomètres qui séparent son domicile de son lieu de travail ? Attendre derrière des files de voitures, il en a mare. Les vélos ne font aucun cas des feux de circulation, les piétons ont un comportement anarchique. Personne ne respecte personne, c'est la jungle.

Un jeudi à midi Julien entreprend une inéluctable métamorphose et décide d'enfreindre un maximum de règles. Il se sent revivre; en fait, vivre comme les autres. Ses trajets journaliers durent maintenant six à sept minutes. Les trottoirs, les voies réservées, tout y passe. Lorsqu'il utilise les transports en commun, il ne prend plus de ticket. Il ne paie plus ses factures. Il ne salue plus son facteur et parfois il l'insulte sans raison.

Il n'est pas un délinquant; il en a simplement mare. La société l'a usé, dégradé, exploité, accusé, roulé, lobotomisé. Mais maintenant il se sent mieux, adapté qu'il est devenu à ce monde irresponsable.

Le 25 décembre, il se rend chez sa mère pour lui apporter un cadeau. Deux policiers l'interpellent devant l'entrée de l'immeuble et le placent en garde à vue, sans aucune explication.

24 heures plus tard, évidemment libéré, mais sans aucune excuse, Julien rentre chez lui, prend son fusil militaire et se dirige vers une armurerie à deux rues de là. Il force le propriétaire à lui fournir un fusil mitrailleur et une dizaine de grenades. Puis, l'homme est consciencieusement ligoté. Julien se rend ensuite au commissariat d'où il vient d'être relâché. Il lance une grenade par la porte ouverte et trois autres à travers les vitres des fenêtres du premier étage. Une grosse fumée, un carnage. Un seul homme réussit à sortir, à quatre pattes, puis s'écroule.

Mais Julien est déjà reparti. Il apporte le cadeau dans la boîte aux lettres de sa mère, puis se dirige, en courant, vers la mairie, non loin de là. Il entre en bousculant quelques passants. Très vite on entend des explosions et des rafales de mitraillette. Au bout d'une minute, plus rien.

Personne ne saura jamais ce qui a poussé Julien à commettre ces crimes. Pas de mobile, pas de complices, pas de problèmes familiaux ou psychologiques connus. Un homme rangé, banal, normal, trop normal. Trop respectueux des autres et des lois.

jeudi 23 avril 2009

Invention du carré.


D'où vient le carré ? Non pas le carré géométrique à quatre côtés égaux et perpendiculaires, mais plutôt tout ce qui est "non arrondi". La nature est ronde, les animaux sont ronds, les hommes sont ronds parfois, lorsqu'ils ne conduisent pas. Alors, quand les formes à angle droit sont-elles nées ? Qui les a inventées et pourquoi ?

Les objets que nous appelleront carrés, par abus de langage, ne sont pas apparu au même moment et au même endroit. Cette invention va de pair avec la nécessité; ce n'est pas un hasard. Ainsi, les Esquimaux créationnistes et les Mongols ne connaissent toujours pas d'autres contours que ceux arrondis. Seuls quelques Esquimaux évolutionnistes ont observé que, pour construire un igloo rond, il faut utiliser des blocs de glace en forme de cube ou de parallélépipède.

Il y a 2500 ans déjà, Pythagore a réussi à mettre trois carrés dans un triangle, ce qui, en soi, représente une sacrée performance. Et surtout pour pas un rond!

C'est probablement en cherchant perpétuellement la quadrature du cercle qu'on en est arrivé à vivre dans un monde carré. La roue est le seul objet technologique qui ne s'est pas fait cannibalisé par le carré. On pourrait penser au ballon de football ou autre esclave sportif, au préservatif, au cercle vicieux, mais nous parlons bien ici de technologie.

Même la télévision est rectangulaire, de plus en plus aplatie d'ailleurs, afin de cadrer au mieux les rondeurs des charmantes présentatrices. On ne lutte pas contre le carré; c'est trop tard, il nous a envahis. Même les circulaires ne sont pas rondes. Les coiffeurs sont capables de sculpter des coupes au carré sur des têtes parfaitement sphériques.

Sans carré Ikea n'existerait pas. Un lit est carré, une étagère est carrée, une assiette est carrée; du moins dans un monde normal. Nos maisons sont carrées, donc nos meubles sont carrés, et par conséquent leur contenu doit être carré.

Et le plus malicieux, le plus pervers des promoteurs de la quadrature est bien le livre. Un livre rond ne tient pas debout; sa reliure doit être rectiligne. Par extension, une bibliothèque doit être carrée, placée dans un local carré, intégré dans un bâtiment carré, entouré par des rues qui se croisent le plus souvent à angle droit. La littérature est responsable de la disparition des rondeurs. D'ailleurs la publication de méthodes pour perdre dix kilos par-ci, trois bourrelets par-là connaît un grand boom.

Pour retrouver un monde à l'image de l'homme et de la nature, brûlons les livres; le reste suivra tout naturellement. Les castors ont raison, ils doivent absolument poursuivre leur mouvement visant à détruire la matière première, support de l'écrit. Non à la cellulose, oui à la cellulite!

Moralité: vive la pétanque, le curling, Dali et Laetitia Casta. A bas Picasso, la Lamborghini Countach, les Grecs et leur proportion dorée, et Maria.

mercredi 22 avril 2009

Si, à 50 ans...


Cher lecteur:

Comme le disait un gars connu dont j'ai oublié le nom: si, à 50 ans, tu n'as pas de Rolex, tu a raté ta vie.

Si, à 60 ans, tu n'as pas encore eu de cancer, tu es un miraculé de la vie.

Si, à 12 ans, tu n'as pas encore mis le feu à une voiture, tu ne mérite pas de devenir adulte.

Si, à 30 ans, tu as toujours 20 ans, c'est que tu aime quelqu'un.

Si, à 6 mois, tu marche tout seul, tu as dû naître bien après le terme.

Si, à 70 ans, tu deviens papa, t'es un peu lent à la détente.

Si, à 40 ans, tu n'attaches pas tes lacets, t'as rien compris à la mode.

Si, à 61 ans, t'es encore baba cool, t'as mal vécu ton mai 68.

Si, à 13 ans, tu es superstitieux, passe vite à 14.

Si, à 20 ans, tu te sens en fin de vie, tu es un chat.

Si, à 33 ans, tu as mal quelque part, va voir le docteur.

Si, à 8 ans, tu n'as pas encore de téléphone portable, ta vie sera difficile.

Si, à 20 ans, tu es une fille et tu n'as pas encore vu la lumière du jour, tu habites certainement en Autriche.

Si tu as 65 ans, tu mourras 5 ans plus tôt que si tu avais 30 ans.

Si, à 90 ans, tu te sens en pleine forme, c'est parce que tu as dormi 30 ans.

Si tu as 40 ans, tu as connu douze versions de Word. Si tu as 20 ans, tu en as connu la moitié.

Si tu as 9 ans, tu es né après les DRM.

Si, à 50 ans, tu n'as jamais entendu parler du SIDA, lis un peu les journaux.

Si tu as 1 jour, demain tu auras doublé ton âge.

Si, à 3 ans, tu n'as pas encore connu le grand amour, envisage sérieusement d'entrer dans les ordres.

Si tu as -9 mois, penses à la pollution, au chômage, à la faim dans le monde et réfléchis bien!

Si tu as moins d'un an, tu n'as pas encore eu d'anniversaire.

Si, à 18 ans, tu commences à avoir des poils sur le visage, revends tes robes et tes jupes.

Des jeux pour guérir.


Une étude récente relative aux traumatismes d'ordre psychique, menée par des scientifiques de l'université d'Oxford, met en évidence les vertus du légendaire jeu Tetris. Ce jeu peut être d'un grand secours en tant que remède pour atténuer les séquelles liées à des expériences traumatiques. Les patients parviennent à mettre de l'ordre dans leurs pensées en même temps qu'ils emboîtent et alignent les briques élémentaires du jeu.

D'autres jeux vont également être utilisés à des fins médicales. Ainsi, le jeu d'échecs permettra de venir en aide à des élèves rencontrant de graves difficultés scolaires. L'objectif est de banaliser la notion d'échec afin que l'enfant ne soit plus traumatisé à l'idée de rater son année scolaire.

Aussi anodin soit-il, le jeu de l'oie permettra de soigner les avocats zoophiles chroniques. A force de côtoyer ce volatile, les patients finiront par le considérer comme un vrai animal de compagnie et perdront rapidement leurs pulsions perverses.

Le jeu du moulin devrait également soutenir moralement tous les boulangers en proie à un doute extrême, une obsession qui les pousse à se demander sans cesse ce que deviendrait leur profession si, soudainement, tous les meuniers venaient à disparaître. Les habituer graduellement à fréquenter des moulins les rassurera quant à leur capacité à pouvoir moudre leur propre farine.

Le jeu de go devrait complètement supprimer le trac des parachutistes avant leur premier saut. Dans un autre registre, le jeu de dames facilitera bien des coming-out.

Le jeu de Nim permettra aux toreros en herbe de se familiariser avec l'ambiance du sud de la France.

Le jeu Othello sera d'un grand secours aux personnes qui ne supportent pas l'eau.

En jouant au Mikado, certains individus atteints du syndrome de générosité maladive seront de facto à moitié guéris.

Les jeux de rôles sont particulièrement indiqués pour les personnes profondément tristes et dépressives.

Les jeux dits d'information représentent une bonne alternative aux neuroleptiques pour tous ceux que le milieu de semaine angoisse profondément.

Le Sudoku serait également un remède formidable pour tous ceux qui dorment avec la tête orientée vers le nord.

Tous les autres jeux interdits sont strictement réservés aux mélomanes angoissés à l'idée d'apprendre à jouer de la guitare.

Enfin, le jeu du pendu devrait définitivement remplacer l'association Exit pour le droit à mourir dans la dignité. En plus, avec des mots très longs, le suspens est assuré.

Moralité: jetons tous nos médicaments à la poubelle et achetons des jeux.

dimanche 19 avril 2009

La roue du menteur.


Les archéologues sont en mesure de situer approximativement l'invention de la roue dans le temps et dans l'espace: vers 3500 avant J.-C. à Sumer en Mésopotamie. Cela semble incroyable qu'une technique aussi essentielle soit aussi récente. D'autant que dans la nature la forme circulaire est extrêmement répandue, que ce soit dans le règne animal que végétal.

Quel enfant n'a jamais fait rouler des morceaux de viandes sur une brochette ou des petits sur les pentes d'une montagne en purée ? On ne va tout de même pas nous faire croire que nos ancêtres égyptiens ignoraient l'existence de la roue. Même les hommes des cavernes devaient la connaître, eux qui passaient leur temps devant d'appétissantes grillades de mammouth ou autre voisin trop bruyant.

En vérité, la roue est née avant l'homme. Eve en avait offerte une à Adam pour son vingtième anniversaire. Une roue en bois, montée sur un axe solidaire d'un bac avec deux poignées, lui permettant d'aller faire les courses du week-end sans se fatiguer outre mesure.

Ce sont les Egyptiens qui ont tout gâché. Du jour au lendemain, le grand oracle d'Amon à Aghurmi indiqua que la roue représentait un symbole maléfique. Par son intermédiaire les dieux ordonnèrent de détruire toute trace de roue sur la Terre. Dès lors, le peuple égyptien se fit un devoir de suivre ces ordres, si bien qu'en quelques années plus personne n'entendit et surtout n'osa parler de roue.

Le pharaon Khéops regretta cette décision lorsqu'il décida de se faire construire sa grande pyramide. Des roues lui auraient permis de gagner plusieurs années sur la durée des travaux. Mais ce qu'oracle décide, même le pharaon doit l'accepter.

Le vizir Hémiounou, grand architecte de la pyramide, tricha quelque peu, comme l'a démontré Jean-Pierre Houdin, en utilisant en cachette des roues en bois très dur. Heureusement personne ne le remarqua; ou plutôt, ceux qui s'en aperçurent se noyèrent systématiquement dans le Nil.

C'est seulement bien des années plus tard que la roue fut redécouverte par un moine tibétain qui explorait la pyramide de Khéops à la recherche d'un ami disparu, un derviche tourneur au chômage. Il eut l'idée de publier sa découverte sur Facebook afin d'en faire profiter non seulement sa tribu, mais également, par moteur de recherche interposé, l'humanité toute entière.

Quelques années plus tard le vélo fait ses premières victimes.

mardi 14 avril 2009

Episode 9: on vise la coupe d'Europe


On connaît les Césars, les Oscars, mais à quand les connards ? Certains se pressent déjà pour être nommés.

Les fabricants de voitures sont des dinosaures. Ils vont bientôt disparaître.

Il disait fuck toutes les dix secondes, comme Brigitte Bardot à son époque animalière.

J'ai complètement raté ma vie. Je ferai plus attention dans les prochaines

Le jour où la misère aura de la valeur, les pauvres naîtront très riches.

Les mouettes ont aussi leur moteur de recherche: voogle.

Lors des dernières élections Patrick Bruel n'a pas pu voter, car il avait cassé sa voix.

A Genève les quatre réformateurs étaient cinq, en réalité. John Knox était accompagné par son petit frère Equi.

Après "Guerre et pets", "Guitare et rots".

Le design est à l'ergonomie ce que le parfum est à la rose.

Et si le présent n’était que le passé de notre futur ?

Nous sommes tous atteints de plusieurs maladies dont la période d’incubation est de plus de 80 ans.

La Suisse atteint lentement mais sûrement l’état de la Russie des années soixante.

La Vodka peut provoquer le cancer du poumon si on en respire trop souvent.

Chez certaines personnes une infection ne peut pas atteindre le cerveau.

lundi 6 avril 2009

Réflexion sur les reflets


Salvador Dali a créé les horloges molles, mais tout notre environnement ne s'est pas ramolli pour autant. Or, il semble que certains choix de Microsoft influencent entièrement notre vie quotidienne.

L'exemple le plus flagrant concerne les reflets, apparus essentiellement avec Windows Vista. De belles icônes avec un reflet dans la partie inférieure comme si elles étaient posées sur un table en verre fumé. Mais pas n'importe quel reflet; environ un tiers de la hauteur de l'objet, avec un effet de dégradé dans la transparence, droit par rapport à l'objet, bien que ce dernier puisse être mis en perspective.

L'effet a visiblement été le fruit d'une réflexion approfondie au niveau du graphisme. Et voilà que l'"effet Vista" envahit notre vie, parfois de manière élégante, mais le plus souvent sans goût et sans talent.

Certains infographistes de bas étages vont jusqu'à placer des reflets incohérents sous des images. Ils se sentent autorisés par l'ignorance de leur incompétence à utiliser des reflets qui ne sont pas du tout le miroir du contenu de l'image, mais plutôt de pâles taches de couleur. D'autres se permettent d'inventer des reflets ne répondant à aucun critère connu de graphisme.

Que l'on trouve l'effet Vista même dans les petites annonces des journaux, pourquoi pas. Mais lorsque la télévision s'en mêle, l'informatique a mal, très mal. Depuis quelques mois, on voit apparaître le fameux effet de miroir lorsque des personnes se déplacent à l'image. Non, la télévision n'est pas un écran d'ordinateur. Non, une personne n'est pas une icône (à part de rares exceptions). Rien n'est plus laid qu'une séquence vidéo avec un reflet en permanence aux deux tiers du haut de l'écran.

Revenons à l'origine. N'oublions pas que cet effet n'est pas omniprésent dans Vista, bien au contraire. Il faut savoir créer, doser, varier, puis changer.

Microsoft avait déjà créé un style une douzaine d'années avant l'arrivée de Vista, avec Windows 95. Les nuages utilisés alors ont également été reproduits, copiés et maltraités à de multiples reprises. Un nuage est un nuage; au pire il peut lasser. Mais un mauvais reflet discrédite complètement son auteur.

L'intention n'est pas de lancer des fleurs à Microsoft ou à d'autres, mais de combattre la médiocrité dégradante. Le cerveau existe, trouvons-lui une utilité.

Moralité: ceux qui ne disposent ni d'imagination ni de talent devraient prendre garde et ne pas faire n'importe quoi, sinon ils vont redevenir n'importe qui. Ou alors qu'ils s'abstiennent!

jeudi 19 mars 2009

Questions sans réponse


Pourquoi le sel fond-il dans l'eau et le sable pas ?

Si nous avions un autre nez et des oreilles de forme différente, comment nos lunettes tiendraient-elles ?

Si on inventait des voitures qui roulent en consommant du CO2, faudrait-il pour autant les utiliser à tort et à travers afin assainir la planète ?

En Suisse, les primes d'assurance maladie obligatoire augmentent de 10 pourcent par année et les salaires seulement de 2 pourcent. Dans combien d'années la totalité du salaire ira dans les primes d'assurance ?

Quelle différence y a-t-il entre un logiciel libre et une femme libérée ?

Au restaurant, lorsque vous demandez du vin rouge ouvert, êtes-vous vraiment indécis? Comment faudrait-il libeller cette question pour les daltoniens ?

Le steak d'un bœuf anémique peut-il être servi saignant ?

Si les bassets étaient moins longs comment pourrait-on les distinguer des Yorkshires ?

Pourquoi l'intelligence a-t-elle une limite, alors que la connerie est sans bornes ? En déduire la proportion de personnes intelligentes dans la population.

Peut-on être plus immobile que lorsque l'on est arrêté ? Question complémentaire: peut-on mettre en réserve de l'immobilité pour s'en servir lors d'excès de vitesse ?

Comment dit-on Ikea en latin ?

Pourquoi les meubles de chez Ikea sont-ils vendus sans notice de démontage ? Peut-on considérer cette lacune comme anti-écologique ?

Si les ballons de football étaient cubiques, y aurait-il autant de hooligans dans les stades ?

Pourquoi les minuteries ?

Pourquoi les heures tournent, plutôt que les aiguilles ? Faites un schéma d'une montre dont les heures tournent et les aiguilles indiquent la date.

lundi 9 mars 2009

Nous sommes des redondants.


A bien y réfléchir l'être humain est suréquipé. Pour un euro de plus, nous bénéficions d'éléments de réserve, alors que notre corps n'en est même pas conscient.

Cette constatation divise nos organes en deux familles trop injustement différentes: ceux dont nous disposons à un seul exemplaire et ceux dont nous possédons plusieurs spécimens semblables.

Etonnamment, les organes de la première catégorie sont souvent vitaux, tels le cœur, le cerveau, l'estomac. En revanche, les organes de la seconde catégorie ne sont pas tous directement indispensables à notre existence.

Pourquoi avons-nous deux oreilles et un seul cœur, lorsque l'on connaît les ravages des maladies cardiaques ? En fait une seule oreille n'est pas très handicapante et permet de mener une vie peu différente de son équivalent en stéréo. Il serait bien pratique d'avoir un second cœur en cas de défectuosité du premier. Mais voilà, le second est souvent artificiel ou alors pas le nôtre.

Pour les yeux même constat. L'être humain s'adapte assez facilement à la vision monoculaire. L'essentiel est de voir, même si le relief n'est pas toujours au rendez-vous. En revanche, pas de vision du tout est catastrophique.

Et les cheveux ? Depuis bien longtemps l'homme sait se couvrir lorsqu'il a froid. Les toisons de tous poils ne nous sont d'aucune utilité, sauf pour les marchands de cire chaude ou les coiffeurs. Un monde sans blondes et sans chauves ne serait-il pas plus équitable ?

N'en déplaise aux créationnistes, tant d'organes superflus sont forcément issus d'une lente évolution. Et d'ailleurs, nous mettrons longtemps à nous en débarrasser, faute d'emploi. Pour quelle raison aurions-nous été créés avec deux narines toujours simultanément bouchées, deux yeux avec plein de défauts, deux oreilles avec tant de puces, autant de poils chez les femmes qui n'en veulent plus et de moins en moins chez les hommes qui se dégarnissent ?

L'être humain idéal aurait été très facile à créer. Pas un seul poil, une oreille sur le front, un œil juste en dessous, un évent sur la tête, deux canines, quatre incisives, huit molaires à droites et de la place de stockage à gauche, une peau noire pour éviter les coups de soleil, pas d'appendices, deux cœurs, un poumon, un gros rein très fiable, un intestin d'un mètre de long inconstipable, des genoux avec ménisques en kevlar et peut-être un cerveau qui utilise enfin toutes ses capacités. C'est pourtant simple!

Le seul avantage des organes redondants est d'en permettre le don de son vivant.

samedi 7 mars 2009

Tony, épisode 9. La pensée de l'autre.


La découverte de ce moyen de communication insoupçonné apporte de grands espoirs à Tony et Juliette. En réalité ils ne savent pas s'il s'agit réellement d'ondes alpha ou d'une autre fonctionnalité de leur cerveau.

Dans leur état, disposer d'un moyen de communication instantané et non basé sur le langage donne une nouvelle dimension à leur existence. Pour le moment, ils peuvent se transmettre directement des pensées, des sentiments, voire des émotions. C'est ainsi que Juliette surprend Tony en train de fantasmer sur elle. Il l'imagine en adolescente, style mannequin, avec un corps de rêve. "Tony a dû oublier que j'ai 42 ans", se dit-elle en se remémorant chaque détail de son corps, qu'elle n'a plus vu depuis des mois, mais qui est toujours présent.

A l'usage, cette sorte de télépathie se révèle gênante par son irrespect total de la sphère privée d'autrui. Habituellement on ne peut obliger personne à parler, ou plus généralement à communiquer, contre son gré. Or, dans notre cas, on peut s'immiscer discrètement dans les pensées des autres, se mettre sur écoute à distance. Impossible de mentir ou de cacher quelque chose.

Cette véritable arme d'espionnage devrait leur permettre d'en apprendre un peu plus sur leur situation. Mais pour le moment, ils décident d'un commun accord d'essayer de préserver leur vie privée.

Sur une idée de Tony, ils essayent de se construire une barrière mentale empêchant les autres de savoir à quoi ils pensent. Ne pouvant empêcher leur cerveau d'émettre en permanence, ils s'entraînent à mettre en place un processus fonctionnant indépendamment et en parallèle du reste de leur encéphale. Après plusieurs jours, le résultat semble atteint. Chacun d'eux parvient, lorsqu'il veut garder son intimité, à émettre un signal plus intense que les autres et diffusant une sorte d'écran de veille. Ils parviennent même à choisir le type d'émission: image fixe, scène ou pensée.

Tony avait bien entendu parler des pouvoirs potentiels du cerveau, mais là, il n'en croit pas ses yeux. Il peut le programmer, le contrôler, le connecter comme un ordinateur.

Juliette se lance un nouveau défi: réussir à amplifier les signaux en provenance d'autres personnes. Pour le moment elle estime son rayon d'action à environ deux mètres. Elle a affiné cette approximation en écoutant les réactions de ses compagnons d'infortune lorsque des événements externes se produisaient, tels qu'une lumière qui s'allume ou la traversée du local par Clémence.

Malheureusement la communication est à sens unique, sauf avec Tony. Il n'y a aucun moyen d'enseigner aux autres prisonniers cette télépathie, puisqu'ils ne sont pas à portée de communication oculaire. En revanche, Juliette entend tous les cerveaux qui l'entourent. La plupart d'entre eux végète et déprime. Seuls trois ou quatre pensent, raisonnent et se posent des questions. Certains prient, d'autres pleurent et expriment des désirs de mort.

Le but étant de collecter des informations, et le cas échéant de s'évader de cette prison improbable, Tony et Juliette vont tout faire pour espionner leurs geôliers.

lundi 2 mars 2009

Tony, épisode 8. La panne.


Le téléphone sonne. Tony sursaute et sort de son sommeil en un instant. Il est quatre heures du matin. Heureusement sa femme n'a rien entendu et continue à dormir. Il prend le téléphone et descend au salon. Son collègue de travail Michel a absolument besoin de lui à la clinique, car une urgence nécessite la présence de deux médecins en salle d'opération. "Viens aussi vite que tu peux, Adrien. La patiente est dans un état critique. Je commence l'opération en t'attendant. Ah! J'oubliais. Cette femme, tu la connais très bien".

La lumière éblouit Tony, tel un projecteur dans les yeux d'un suspect. Pendant un moment il est complètement aveuglé. Ne pouvant pas fermer les paupières, il a mal aux yeux. Il essaie de se calmer, d'occulter mentalement la lumière. Petit à petit sa vue se normalise. Il aperçoit Juliette, toute paniquée. Elle essaie de lui dire en bégayant qu'elle a eu la peur de sa vie, mais que probablement il s'est agi d'une panne d'électricité.

Tony lui fait part de sa vision. En réalité il s'appelle Adrien. D'ailleurs il ignore pourquoi il a cru s'appeler Tony. Pour simplifier, ils décident de garder Tony, plus court à épeler. Il faut une bonne heure pour que tout revienne dans l'ordre. Heureusement que les bocaux sont munis d'accumulateurs, faute de quoi ils n'auraient certainement pas survécu. En fait, cela aurait certainement mieux valu pour Tony et Juliette que la panne dépasse l'autonomie des bocaux, car il se trame quelque chose d'inhabituel dans le local voisin. Ils le perçoivent par les vibrations transmises sur le sol, puis, indirectement aux bocaux.

Tony en profite pour mettre à contribution son embryon d'oreille, mais celle-ci manque cruellement d'exercice dans cet univers peuplé d'yeux. Tony n'est pas croyant, mais Dieu est une idée qui l'a déjà interpelé à plusieurs reprises, et dont il n'a jamais osé parler à Juliette.

Il écoute, du mieux qu'il peut, mais il manque de repères. Il ne sait pas comment, ni quoi écouter. S'il devait choisir entre sourd et aveugle, il n'hésiterait plus un instant. Beethoven a fait le bon choix.

Tout à coup Clémence traverse le local en s'écriant: "Il est vraiment trop con, ce Portier!" Malheureusement Tony ne la voit qu'en silhouette, du coin de l'œil, là où les images sont floues. En reconstituant la scène qu'ils ont vue chacun sous un angle différent, lui et Juliette n'en tirent aucune information utile, si ce n'est cette histoire de portier, autour de laquelle ils bâtissent une bonne dizaine de théories prenant en compte une porte et la panne de courant. Cet événement aura eu l'avantage de les distraire, sans plus.

Le lendemain, la routine: pensée le matin, philosophie après le repas de midi, et le soir, pour terminer, quelques idées noires et déprimantes. Inconsciemment l'épisode de la veille les pousse à agir, si l'on peut dire. Ils décident d'explorer d'autres moyens de communication. Tony se souvient vaguement des ondes alpha, sortes d'émissions électromagnétiques du cerveau, tout à fait décelables à l'aide d'appareils électroniques, donc bien réelles.

Puisque le cerveau peut les émettre, ils se disent qu'il doit forcément aussi pouvoir les détecter. Ils entreprennent donc de longues séances de concentration, avec divers protocoles pour les fréquences et amplitudes des signaux émis. De toute manière, ils n'ont rien d'autre à faire et parler avec les yeux, au bout de quelques semaines, ça fatigue.

Etonnamment, après quelques heures d'exercices, ils parviennent à ressentir des signes étranges, mais bien réels. Cette ébauche de communication à l'air de fonctionner. Ils s'adonnent à leur langage favori, le morse. Au début, cela reste bien plus laborieux qu'avec les yeux. Sur une idée de Juliette, ils essaient de se transmettre non plus des lettres et des mots, mais des images, puis de idées.

Pendant plusieurs jours leurs efforts restent vains. Jusqu'au moment où Tony voit apparaître dans sa pensée, une plage avec des palmiers, comme sur les prospectus d'agences de voyage. C'est en fait sa partenaire qui lui a transmis cette scène.

Encore quelques jours d'entraînement acharné, et voilà nos deux coupés du monde en train de communiquer à vitesse grand V. Ils utilisent un moyen que personne d'autre n'a jamais expérimenté. La télépathie à l'état pur, comme dans les films de science-fiction. Enfin une compensation à leur triste sort!

dimanche 1 mars 2009

Tony, épisode 7. La puissance du cerveau.


Il ne sait pas pourquoi, mais Tony a l'impression que Juliette lui cache volontairement quelque chose. Elle élude, elle fuit parfois, tout en restant très attentionnée. En fait, elle veut éviter que Tony ne lui claque entre les mains, comme tant d'autres.

Pendant se moments de détente, c'est-à-dire lorsqu'il arrête momentanément de se torturer l'esprit pour savoir pourquoi on lui a torturé son corps, Tony tente de rassembler ce qui pourrait s'apparenter à une démarche scientifique, du moins à une réflexion objective. Les questions qu'il se pose sont nombreuses, mais les réponses qu'il leur trouve sont maigres. Devient-on forcément fou sans son corps ? Si oui, au bout de combien de temps ? Un cerveau peut-il souffrir ? Peut-on réorganiser son cerveau et le contrôler à la manière d'un ordinateur ? Ne dit-on pas que les ordinateurs sont des cerveaux électroniques ?

Les seuls moyens dont il dispose pour y voir plus clair sont son intelligence, l'observation et ses discussions avec Juliette. Depuis plusieurs jours il a observé que le rythme de fonctionnement de son cerveau est périodiquement ralenti, une sorte de manque de tonus. Peut-être cela correspond-il à une phase de sommeil paradoxal. Tony a pu mesurer la durée de ce cycle en demandant l'heure à Juliette. En effet, depuis sa position elle peut apercevoir le reflet d'une pendule dans la vitre de la porte blindée qui les sépare d'un local inconnu. Il l'estime à 18 heures, alors que le rythme circadien varie habituellement entre 20 et 28 heures, avec une moyenne de 24 heures et 12 minutes.

Le cerveau seul se fatigue. Bien qu'il ne puisse fermer ses yeux, Tony peut se relaxer juste après ces phases relativement agitées. A ce moment, ses yeux ne transmettent plus d'images au cerveau. Il pourrait s'agir de sommeil, duquel toutefois il peut sortir à son gré.

Tony a également remarqué comme une sensation de faim juste après d'intenses discussions avec Juliette ou après de profondes réflexions. Comment un cerveau peut-il avoir faim ? Tony se souvient que cet organe est un gros consommateur d'énergie.

Mais il ignore que cette énergie lui est apportée de manière régulière, par une pompe, sous forme d'oxygène, de glucose, de sels minéraux et de lipides. Son impression de faim vient du fait qu'il consomme momentanément plus d'énergie que celle qui lui est fournie. Sous chaque bocal un système sophistiqué constitué d'un circuit de contrôle, d'un accumulateur, d'une pompe et d'un double système de tuyaux. Le premier apporte les nutriments, le second l'oxygène. Le tout est injecté dans un circuit fermé de circulation de sang.

Il arrive à Tony de faire des expériences, par exemple rester "sans dormir" durant trois jours sans constater une augmentation du besoin de sommeil. Il essaie également de creuser dans sa mémoire, sans vraiment de méthode, mais en se concentrant de manière particulière. A l'aide de ce procédé sa mémoire se livre toujours un peu plus. Les progrès sont lents, mais Tony espère pouvoir combler complètement le trou béant qui l'empêche de comprendre ce qui se passe. Il essaie de contrôler sa mémoire comme celle d'un ordinateur, parvenant même à déplacer de l'information.

Il est une caractéristique qui distingue l'homme de l'ordinateur: notre cerveau peut apprendre, mais on ne peut pas effacer volontairement des informations. Pourtant Tony y parvient, simplement en prélevant l'information de son emplacement originel et en l'éparpillant dans des zones moins facilement accessibles. Il a constaté que ces informations se perdent définitivement en quelques heures.

Alors qu'il expose et explique ses constatations à Juliette, tout à coup, le noir total. Il ne voit plus rien. Pourtant il est vivant, puisqu'il pense. Lui aurait-on coupé les yeux ? Juliette aurait eu le temps de l'avertir!