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vendredi 28 août 2009

Etrange maladie


Docteur, je viens vous voir, car je ne vais pas bien du tout. Mon état général m'inquiète. D'autant plus que je n'ai quasiment jamais été malade de ma vie, et voilà que j'ai des symptômes bizarres. Depuis environ deux semaines, je me découvre sans arrêt de nouvelles anomalies.

Tout a commencé par mes yeux qui sont devenus très secs et de moins en moins mobiles. Puis la bouche, de moins en moins de salive, et de plus en plus de difficulté à m'exprimer. J'ai toujours froid et je suis comme engourdi; les bras, les jambes deviennent étrangement raides.

Depuis dix jours je ne peux plus rien avaler. Mes cheveux commencent à tomber, sans doute à causes de carences. Je ne transpire plus du tout. Peut-être est-ce lié au fait que ma peau est devenue, elle aussi, très sèche et a quasiment perdu sa coloration. Je suis vraiment inquiet, Docteur. Vous devez faire quelque chose, sinon je sens que je ne vais plus tenir bien longtemps.

Lorsque je parle de mon état à ma femme, elle m'ignore et fait comme si je n'étais pas là. Quand je pense que je la materne au moindre de ses bobos…

Ah! J'oubliais de vous parler de l'asticot. Ce n'est pas bien grave, et j'ai peut-être mal vu, mais l'autre jour je pensais avoir une petite peau morte dans l'oreille gauche. Je passe mon doigt sur le bord de l'oreille et j'y trouve un petit vers, genre asticot de pêcheur. Sans doute une larve de mite ou autre qui est tombée du plafond.

Je ne vais vraiment pas bien, docteur. Vous devez m'aider.

Etonnamment je n'ai mal nulle part. Serait-ce encore une de ces nouvelles maladies virulentes dont je serais la première victime ?

Une dernière chose; regardez ici, sur la poitrine. J'ai découvert un trou qui ne saigne pas, mais qui ne cicatrise pas non plus. Au début je pensais à un furoncle qui aurait éclaté. Mais, en grattant, j'y ai enfoncé le doigt et je peux vous dire que c'est assez profond.

Je sais que mon cas doit vous surprendre. Tant de symptômes tellement bizarres. Avez-vous une idée, même vague, de la maladie que j'ai attrapée ?

Cela va certainement vous surprendre, mais je pense savoir exactement de quoi vous souffrez, monsieur Lazarre. Vous êtes simplement mort. Je peux même apporter une précision. On vous a assassiné d'une balle en plein cœur. Ceci mis à part, rassurez-vous, votre état général ne présente aucun signe de maladie, même bénigne.

jeudi 25 juin 2009

Journées mondiales (3)


journée des strings taille basse

journée cheveux longs

journée du terrorisme

16 août: journée du mensonge

17 août: journée de la météo

journée sans son

journée portes ouvertes en ascenseur et en voiture

journée doigts dans le nez

journée sans les pneus

21 juillet: journée sans congélateur

22 juillet: journée manger les restes

journée sans les chefs

26 août: journée de la neige

journée sans lunettes

journée sans dire un mot

journée sans virus

journée sans spam

journée sans os

journée sans doutes

31 décembre: journée oui

1er janvier: journée non

3 mai: journée de l'euthanasie

4 mai: journée sans lumière

journée des blondes

21 juin: journée Alzheimer

22 juin: journée Alzheimer

23 juin: journée Alzheimer

24 juin: journée du souvenir

journée des sous-marins

jeudi 28 mai 2009

La fameuse échelle de 0 à 10


A force d'entendre parler d'échelle de Richter, les médecins ont dû flairer la bonne affaire. Le truc ultime, issu de l'extrême modernité, qui pourrait leur rendre d'immenses services. En effet, pourquoi ne pas appliquer à la médecine une méthode permettant de mesurer les dégâts occasionnés par un tremblement de terre ? Dégâts, douleur: même combat.

Il suffit d'avoir été hospitalisé, ou même d'être passé par un service d'urgences médicales, pour comprendre l'étendue de cette aberration.

Un soir de mai, à 22h00 on me conduit d'urgence à l'hôpital, car je me suis tordu un genou. J'ai très mal. Après les quelques heures habituelles d'attente - dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elles servent à instaurer le doute dans la tête du patient, "Finalement ne serais-je pas mieux chez moi ? Allez, je rentre" - un docteur s'occupe de moi.

"Sur une échelle de 0 à 10, où situez-vous votre douleur ?"

J'avais envie de répondre "juste sur le côté du genou gauche".

"Mais, docteur, je ne suis pas tombé d'une échelle! J'ai fait le pont à l'Ascension et je me suis déboîté le genou en sautant à l'élastique."

Bref, comme j'avais très mal, j'ai opté pour 8.

"Voilà docteur, après réflexion je pense avoir une douleur de 8. Au fait, votre échelle est linéaire, ou logarithmique comme celle de Richter ?" Devant sa perplexité et le doute qui commençait à poindre dans son lobe frontal, j'ajoute aussitôt: "je plaisante, elle est bien sûr linéaire."

Au même instant j'entends une ambulance. Branle-bas de combat; les infirmiers en extraient un pauvre jeune homme dont le pied avait l'air à moitié arraché.

Immédiatement, je crie: "Docteur, docteur! J'ai dit 8 pour ma douleur, mais en fait c'est plutôt 6!".

Quelques minutes plus, du sang partout. Certainement un parapentiste, à en juger par sa carapace de toile. La tête en sang, deux men in white poussent le brancard, alors qu'un troisième lui inflige des coups de défibrillateur.

Je me sens déjà un peu mieux: "Docteur! Combien j'ai dit tout à l'heure pour ma douleur ? 6 ? Vous pourriez la descendre à 4 ? Merci".

Il me répond: "Vous avez de la chance. A 4 ou moins, vous avez droit a un repas, sans dessert, bien sûr; le dessert c'est au-dessous de 2. Mais avant, vous devez faire un IRM".

On me conduit au centre d'imagerie médicale. Là, le responsable me tord la jambe pour la mettre dans la position qui l'arrange. Je hurle de douleur: "J'ai vraiment très mal, docteur".

"Sur une échelle de 0 à 10, à combien estimez-vous votre douleur ?". Voilà que ça recommence.

Comment diable peut-on répondre à une telle question si on ignore ce que représente une douleur de 10, ne l'ayant probablement jamais côtoyée ? A tout hasard je réponds "8, ou plutôt 8 et demi".

"Désolé, mais nous n'acceptons pas les demis. Alors, 8 ou 9 ?" Ne voulant pas passer pour un douillet, je bafouille "D'après mes dernières estimations, je dirais 8".

"On peut dire que vous l'avez échappée belle; normalement à 9 on envoie le curé et la morphine". La morphine, ça me dirait bien d'y goûter, surtout sous contrôle médical et gratuitement, mais un curé...

Tout à coup une envie, un besoin pressant, bref un gros pipi en vue. Je demande si je peux passer aux toilettes avant l'examen. "Votre envie d'uriner, sur une échelle de 0 à 10, vous la situez à quelle valeur ?".

Je suis resté quatre jours à l'hôpital, avec cette échelle qui me harcelait, qui me poursuivait, même dans mes rêves. De retour à la maison, ma femme m'accueille avec un grand sourire: "Comme je suis contente de te revoir". Et soudain, sans réfléchir, mais très sérieusement, je la regarde dans les yeux et lui dit: "Sur une échelle de 0 à 10, à quel degré estimes-tu ta joie de me revoir ?"

Le lendemain, je suis allé voir Gaël, mon fils, et je lui ai interdit d'entreprendre des études de médecine. Ce fut un choc pour lui qui en rêvait depuis tout jeune. Quelques jours plus tard il me dit: "Papa, j'ai bien réfléchi. Si je ne peux pas faire médecine, je veux devenir sismologue".

Moralité: tous les psychanalystes vous le diront, cette fameuse échelle de 0 à 10 est une béquille pour les médecins, car elle leur permet de se déresponsabiliser complètement et de tout reporter sur le patient.

mercredi 22 avril 2009

Des jeux pour guérir.


Une étude récente relative aux traumatismes d'ordre psychique, menée par des scientifiques de l'université d'Oxford, met en évidence les vertus du légendaire jeu Tetris. Ce jeu peut être d'un grand secours en tant que remède pour atténuer les séquelles liées à des expériences traumatiques. Les patients parviennent à mettre de l'ordre dans leurs pensées en même temps qu'ils emboîtent et alignent les briques élémentaires du jeu.

D'autres jeux vont également être utilisés à des fins médicales. Ainsi, le jeu d'échecs permettra de venir en aide à des élèves rencontrant de graves difficultés scolaires. L'objectif est de banaliser la notion d'échec afin que l'enfant ne soit plus traumatisé à l'idée de rater son année scolaire.

Aussi anodin soit-il, le jeu de l'oie permettra de soigner les avocats zoophiles chroniques. A force de côtoyer ce volatile, les patients finiront par le considérer comme un vrai animal de compagnie et perdront rapidement leurs pulsions perverses.

Le jeu du moulin devrait également soutenir moralement tous les boulangers en proie à un doute extrême, une obsession qui les pousse à se demander sans cesse ce que deviendrait leur profession si, soudainement, tous les meuniers venaient à disparaître. Les habituer graduellement à fréquenter des moulins les rassurera quant à leur capacité à pouvoir moudre leur propre farine.

Le jeu de go devrait complètement supprimer le trac des parachutistes avant leur premier saut. Dans un autre registre, le jeu de dames facilitera bien des coming-out.

Le jeu de Nim permettra aux toreros en herbe de se familiariser avec l'ambiance du sud de la France.

Le jeu Othello sera d'un grand secours aux personnes qui ne supportent pas l'eau.

En jouant au Mikado, certains individus atteints du syndrome de générosité maladive seront de facto à moitié guéris.

Les jeux de rôles sont particulièrement indiqués pour les personnes profondément tristes et dépressives.

Les jeux dits d'information représentent une bonne alternative aux neuroleptiques pour tous ceux que le milieu de semaine angoisse profondément.

Le Sudoku serait également un remède formidable pour tous ceux qui dorment avec la tête orientée vers le nord.

Tous les autres jeux interdits sont strictement réservés aux mélomanes angoissés à l'idée d'apprendre à jouer de la guitare.

Enfin, le jeu du pendu devrait définitivement remplacer l'association Exit pour le droit à mourir dans la dignité. En plus, avec des mots très longs, le suspens est assuré.

Moralité: jetons tous nos médicaments à la poubelle et achetons des jeux.

lundi 9 mars 2009

Nous sommes des redondants.


A bien y réfléchir l'être humain est suréquipé. Pour un euro de plus, nous bénéficions d'éléments de réserve, alors que notre corps n'en est même pas conscient.

Cette constatation divise nos organes en deux familles trop injustement différentes: ceux dont nous disposons à un seul exemplaire et ceux dont nous possédons plusieurs spécimens semblables.

Etonnamment, les organes de la première catégorie sont souvent vitaux, tels le cœur, le cerveau, l'estomac. En revanche, les organes de la seconde catégorie ne sont pas tous directement indispensables à notre existence.

Pourquoi avons-nous deux oreilles et un seul cœur, lorsque l'on connaît les ravages des maladies cardiaques ? En fait une seule oreille n'est pas très handicapante et permet de mener une vie peu différente de son équivalent en stéréo. Il serait bien pratique d'avoir un second cœur en cas de défectuosité du premier. Mais voilà, le second est souvent artificiel ou alors pas le nôtre.

Pour les yeux même constat. L'être humain s'adapte assez facilement à la vision monoculaire. L'essentiel est de voir, même si le relief n'est pas toujours au rendez-vous. En revanche, pas de vision du tout est catastrophique.

Et les cheveux ? Depuis bien longtemps l'homme sait se couvrir lorsqu'il a froid. Les toisons de tous poils ne nous sont d'aucune utilité, sauf pour les marchands de cire chaude ou les coiffeurs. Un monde sans blondes et sans chauves ne serait-il pas plus équitable ?

N'en déplaise aux créationnistes, tant d'organes superflus sont forcément issus d'une lente évolution. Et d'ailleurs, nous mettrons longtemps à nous en débarrasser, faute d'emploi. Pour quelle raison aurions-nous été créés avec deux narines toujours simultanément bouchées, deux yeux avec plein de défauts, deux oreilles avec tant de puces, autant de poils chez les femmes qui n'en veulent plus et de moins en moins chez les hommes qui se dégarnissent ?

L'être humain idéal aurait été très facile à créer. Pas un seul poil, une oreille sur le front, un œil juste en dessous, un évent sur la tête, deux canines, quatre incisives, huit molaires à droites et de la place de stockage à gauche, une peau noire pour éviter les coups de soleil, pas d'appendices, deux cœurs, un poumon, un gros rein très fiable, un intestin d'un mètre de long inconstipable, des genoux avec ménisques en kevlar et peut-être un cerveau qui utilise enfin toutes ses capacités. C'est pourtant simple!

Le seul avantage des organes redondants est d'en permettre le don de son vivant.

samedi 7 mars 2009

Tony, épisode 9. La pensée de l'autre.


La découverte de ce moyen de communication insoupçonné apporte de grands espoirs à Tony et Juliette. En réalité ils ne savent pas s'il s'agit réellement d'ondes alpha ou d'une autre fonctionnalité de leur cerveau.

Dans leur état, disposer d'un moyen de communication instantané et non basé sur le langage donne une nouvelle dimension à leur existence. Pour le moment, ils peuvent se transmettre directement des pensées, des sentiments, voire des émotions. C'est ainsi que Juliette surprend Tony en train de fantasmer sur elle. Il l'imagine en adolescente, style mannequin, avec un corps de rêve. "Tony a dû oublier que j'ai 42 ans", se dit-elle en se remémorant chaque détail de son corps, qu'elle n'a plus vu depuis des mois, mais qui est toujours présent.

A l'usage, cette sorte de télépathie se révèle gênante par son irrespect total de la sphère privée d'autrui. Habituellement on ne peut obliger personne à parler, ou plus généralement à communiquer, contre son gré. Or, dans notre cas, on peut s'immiscer discrètement dans les pensées des autres, se mettre sur écoute à distance. Impossible de mentir ou de cacher quelque chose.

Cette véritable arme d'espionnage devrait leur permettre d'en apprendre un peu plus sur leur situation. Mais pour le moment, ils décident d'un commun accord d'essayer de préserver leur vie privée.

Sur une idée de Tony, ils essayent de se construire une barrière mentale empêchant les autres de savoir à quoi ils pensent. Ne pouvant empêcher leur cerveau d'émettre en permanence, ils s'entraînent à mettre en place un processus fonctionnant indépendamment et en parallèle du reste de leur encéphale. Après plusieurs jours, le résultat semble atteint. Chacun d'eux parvient, lorsqu'il veut garder son intimité, à émettre un signal plus intense que les autres et diffusant une sorte d'écran de veille. Ils parviennent même à choisir le type d'émission: image fixe, scène ou pensée.

Tony avait bien entendu parler des pouvoirs potentiels du cerveau, mais là, il n'en croit pas ses yeux. Il peut le programmer, le contrôler, le connecter comme un ordinateur.

Juliette se lance un nouveau défi: réussir à amplifier les signaux en provenance d'autres personnes. Pour le moment elle estime son rayon d'action à environ deux mètres. Elle a affiné cette approximation en écoutant les réactions de ses compagnons d'infortune lorsque des événements externes se produisaient, tels qu'une lumière qui s'allume ou la traversée du local par Clémence.

Malheureusement la communication est à sens unique, sauf avec Tony. Il n'y a aucun moyen d'enseigner aux autres prisonniers cette télépathie, puisqu'ils ne sont pas à portée de communication oculaire. En revanche, Juliette entend tous les cerveaux qui l'entourent. La plupart d'entre eux végète et déprime. Seuls trois ou quatre pensent, raisonnent et se posent des questions. Certains prient, d'autres pleurent et expriment des désirs de mort.

Le but étant de collecter des informations, et le cas échéant de s'évader de cette prison improbable, Tony et Juliette vont tout faire pour espionner leurs geôliers.

lundi 2 mars 2009

Tony, épisode 8. La panne.


Le téléphone sonne. Tony sursaute et sort de son sommeil en un instant. Il est quatre heures du matin. Heureusement sa femme n'a rien entendu et continue à dormir. Il prend le téléphone et descend au salon. Son collègue de travail Michel a absolument besoin de lui à la clinique, car une urgence nécessite la présence de deux médecins en salle d'opération. "Viens aussi vite que tu peux, Adrien. La patiente est dans un état critique. Je commence l'opération en t'attendant. Ah! J'oubliais. Cette femme, tu la connais très bien".

La lumière éblouit Tony, tel un projecteur dans les yeux d'un suspect. Pendant un moment il est complètement aveuglé. Ne pouvant pas fermer les paupières, il a mal aux yeux. Il essaie de se calmer, d'occulter mentalement la lumière. Petit à petit sa vue se normalise. Il aperçoit Juliette, toute paniquée. Elle essaie de lui dire en bégayant qu'elle a eu la peur de sa vie, mais que probablement il s'est agi d'une panne d'électricité.

Tony lui fait part de sa vision. En réalité il s'appelle Adrien. D'ailleurs il ignore pourquoi il a cru s'appeler Tony. Pour simplifier, ils décident de garder Tony, plus court à épeler. Il faut une bonne heure pour que tout revienne dans l'ordre. Heureusement que les bocaux sont munis d'accumulateurs, faute de quoi ils n'auraient certainement pas survécu. En fait, cela aurait certainement mieux valu pour Tony et Juliette que la panne dépasse l'autonomie des bocaux, car il se trame quelque chose d'inhabituel dans le local voisin. Ils le perçoivent par les vibrations transmises sur le sol, puis, indirectement aux bocaux.

Tony en profite pour mettre à contribution son embryon d'oreille, mais celle-ci manque cruellement d'exercice dans cet univers peuplé d'yeux. Tony n'est pas croyant, mais Dieu est une idée qui l'a déjà interpelé à plusieurs reprises, et dont il n'a jamais osé parler à Juliette.

Il écoute, du mieux qu'il peut, mais il manque de repères. Il ne sait pas comment, ni quoi écouter. S'il devait choisir entre sourd et aveugle, il n'hésiterait plus un instant. Beethoven a fait le bon choix.

Tout à coup Clémence traverse le local en s'écriant: "Il est vraiment trop con, ce Portier!" Malheureusement Tony ne la voit qu'en silhouette, du coin de l'œil, là où les images sont floues. En reconstituant la scène qu'ils ont vue chacun sous un angle différent, lui et Juliette n'en tirent aucune information utile, si ce n'est cette histoire de portier, autour de laquelle ils bâtissent une bonne dizaine de théories prenant en compte une porte et la panne de courant. Cet événement aura eu l'avantage de les distraire, sans plus.

Le lendemain, la routine: pensée le matin, philosophie après le repas de midi, et le soir, pour terminer, quelques idées noires et déprimantes. Inconsciemment l'épisode de la veille les pousse à agir, si l'on peut dire. Ils décident d'explorer d'autres moyens de communication. Tony se souvient vaguement des ondes alpha, sortes d'émissions électromagnétiques du cerveau, tout à fait décelables à l'aide d'appareils électroniques, donc bien réelles.

Puisque le cerveau peut les émettre, ils se disent qu'il doit forcément aussi pouvoir les détecter. Ils entreprennent donc de longues séances de concentration, avec divers protocoles pour les fréquences et amplitudes des signaux émis. De toute manière, ils n'ont rien d'autre à faire et parler avec les yeux, au bout de quelques semaines, ça fatigue.

Etonnamment, après quelques heures d'exercices, ils parviennent à ressentir des signes étranges, mais bien réels. Cette ébauche de communication à l'air de fonctionner. Ils s'adonnent à leur langage favori, le morse. Au début, cela reste bien plus laborieux qu'avec les yeux. Sur une idée de Juliette, ils essaient de se transmettre non plus des lettres et des mots, mais des images, puis de idées.

Pendant plusieurs jours leurs efforts restent vains. Jusqu'au moment où Tony voit apparaître dans sa pensée, une plage avec des palmiers, comme sur les prospectus d'agences de voyage. C'est en fait sa partenaire qui lui a transmis cette scène.

Encore quelques jours d'entraînement acharné, et voilà nos deux coupés du monde en train de communiquer à vitesse grand V. Ils utilisent un moyen que personne d'autre n'a jamais expérimenté. La télépathie à l'état pur, comme dans les films de science-fiction. Enfin une compensation à leur triste sort!

dimanche 1 mars 2009

Tony, épisode 7. La puissance du cerveau.


Il ne sait pas pourquoi, mais Tony a l'impression que Juliette lui cache volontairement quelque chose. Elle élude, elle fuit parfois, tout en restant très attentionnée. En fait, elle veut éviter que Tony ne lui claque entre les mains, comme tant d'autres.

Pendant se moments de détente, c'est-à-dire lorsqu'il arrête momentanément de se torturer l'esprit pour savoir pourquoi on lui a torturé son corps, Tony tente de rassembler ce qui pourrait s'apparenter à une démarche scientifique, du moins à une réflexion objective. Les questions qu'il se pose sont nombreuses, mais les réponses qu'il leur trouve sont maigres. Devient-on forcément fou sans son corps ? Si oui, au bout de combien de temps ? Un cerveau peut-il souffrir ? Peut-on réorganiser son cerveau et le contrôler à la manière d'un ordinateur ? Ne dit-on pas que les ordinateurs sont des cerveaux électroniques ?

Les seuls moyens dont il dispose pour y voir plus clair sont son intelligence, l'observation et ses discussions avec Juliette. Depuis plusieurs jours il a observé que le rythme de fonctionnement de son cerveau est périodiquement ralenti, une sorte de manque de tonus. Peut-être cela correspond-il à une phase de sommeil paradoxal. Tony a pu mesurer la durée de ce cycle en demandant l'heure à Juliette. En effet, depuis sa position elle peut apercevoir le reflet d'une pendule dans la vitre de la porte blindée qui les sépare d'un local inconnu. Il l'estime à 18 heures, alors que le rythme circadien varie habituellement entre 20 et 28 heures, avec une moyenne de 24 heures et 12 minutes.

Le cerveau seul se fatigue. Bien qu'il ne puisse fermer ses yeux, Tony peut se relaxer juste après ces phases relativement agitées. A ce moment, ses yeux ne transmettent plus d'images au cerveau. Il pourrait s'agir de sommeil, duquel toutefois il peut sortir à son gré.

Tony a également remarqué comme une sensation de faim juste après d'intenses discussions avec Juliette ou après de profondes réflexions. Comment un cerveau peut-il avoir faim ? Tony se souvient que cet organe est un gros consommateur d'énergie.

Mais il ignore que cette énergie lui est apportée de manière régulière, par une pompe, sous forme d'oxygène, de glucose, de sels minéraux et de lipides. Son impression de faim vient du fait qu'il consomme momentanément plus d'énergie que celle qui lui est fournie. Sous chaque bocal un système sophistiqué constitué d'un circuit de contrôle, d'un accumulateur, d'une pompe et d'un double système de tuyaux. Le premier apporte les nutriments, le second l'oxygène. Le tout est injecté dans un circuit fermé de circulation de sang.

Il arrive à Tony de faire des expériences, par exemple rester "sans dormir" durant trois jours sans constater une augmentation du besoin de sommeil. Il essaie également de creuser dans sa mémoire, sans vraiment de méthode, mais en se concentrant de manière particulière. A l'aide de ce procédé sa mémoire se livre toujours un peu plus. Les progrès sont lents, mais Tony espère pouvoir combler complètement le trou béant qui l'empêche de comprendre ce qui se passe. Il essaie de contrôler sa mémoire comme celle d'un ordinateur, parvenant même à déplacer de l'information.

Il est une caractéristique qui distingue l'homme de l'ordinateur: notre cerveau peut apprendre, mais on ne peut pas effacer volontairement des informations. Pourtant Tony y parvient, simplement en prélevant l'information de son emplacement originel et en l'éparpillant dans des zones moins facilement accessibles. Il a constaté que ces informations se perdent définitivement en quelques heures.

Alors qu'il expose et explique ses constatations à Juliette, tout à coup, le noir total. Il ne voit plus rien. Pourtant il est vivant, puisqu'il pense. Lui aurait-on coupé les yeux ? Juliette aurait eu le temps de l'avertir!

samedi 31 janvier 2009

Tony, épisode 6. Les détails


Tony sort de son bain. Il se sent plus mouillé que d'habitude et se frotte les yeux. Après s'être rapidement séché, il rejoint sa femme et sa fille dans la véranda pour le traditionnel petit-déjeuner dominical.

Hier, la soirée s'est prolongée jusqu'à tard. On aurait dit que les invités, son ami Michel et son épouse, n'avaient pas envie de rentrer chez eux. Il faut dire que le froid et la neige qui tombait ne donnaient pas envie de mettre le nez dehors.

Les discussions allaient bon train. D'un côté, les deux confrères débattaient âprement au sujet de la légalisation de l'euthanasie. De l'autre, les femmes riaient sans raison apparente, peut-être à cause du repas un peu trop arrosé. Michel avait tout son temps, car il n'était pas de garde à la clinique le lendemain. Ils ont donc attendu que la neige cesse de tomber, vers deux heures du matin, pour regagner leur domicile.

Juliette voit bien que Tony est absent. Elle le sollicite de tous ses yeux. Finalement, il émerge et s'excuse d'avoir déserté la conversation.

Elle reprend son discours là où il lui semble que Tony a décroché. Elle lui apprend que deux semaines après son arrivée, elle a passé une dizaine de jours en compagnie d'un nageur de combat cubain. Un de ces durs à cuire à qui rien ne fait peur, et pour cause, ils sont entraînés pour résister aux pires conditions. Miguel, c'était son nom, lui a appris le morse.

Il était très remonté contre ceux qui l'avaient mis dans cet état. Lors d'une mission délicate, il a été capturé par l'ennemi et torturé à l'extrême. N'arrivant rien à faire de lui, et ne voulant pas le tuer, ses tortionnaires ont décidé de le vendre à des scientifiques travaillant dans un centre de recherche secret. Le seul moyen de neutraliser sa fougue a été de le priver de son corps. Il s'est ainsi retrouvé comme tous les "habitants" du centre. Il se souvenait seulement d'un professeur en blouse blanche qui lui annonça la bonne nouvelle. Miguel, ou plutôt son cerveau et ses yeux, allait être mis en bocal. Puis un grand trou noir. A son réveil, il se retrouve face à Juliette.

Après trois jours, Miguel est même parvenu, à force de volonté, à contracter tellement violemment ses pupilles, qu'il pouvait déplacer ses yeux, et donc à se faire pivoter à l'intérieur du bocal. Les surveillants auraient-ils remarqué son extraordinaire esprit de révolte, ou auraient-ils simplement décidé qu'il devenait gênant ? Le fait est qu'un jour, Clémence a pris le bocal et l'a vidé de son liquide dans le grand lavabo en inox. Elle a ensuite versé Miguel dans un mixer et l'a mis en marche jusqu'à obtenir un mélange mousseux ayant un aspect de frappé au melon.

A-t-il souffert ?

Ce récit macabre n'est pas pour égayer les pensées de Tony, qui adore les frappés. Cet épisode brouille momentanément ses idées et il se demande vraiment si tout ceci a un sens. Il en vient même à espérer le mixer. Heureusement que Juliette veille. Elle hésite à lui révéler d'autres informations de peur de le voir transformé en zombie, comme tant d'autres pensionnaires qui ont sombré dans un état végétatif irréversible.

mardi 27 janvier 2009

Tony, épisode 5. Le dialogue


La vie d'un cerveau n'est rythmée par aucun processus. Même la lumière est en permanence allumée dans cette prison aseptisée. Ravi d'avoir découvert que le cerveau du bocal d'en face est en fait une cervelle, Tony se repose avant de reprendre le dialogue. Prendre du repos signifie simplement s'efforcer de ne penser à rien. Plus facile à dire qu'à faire lorsqu'on se trouve dans une telle situation.

Voilà! Juliette semble reprendre contact. Quelques contractions de pupilles et la conversation reprend. Avec déjà plusieurs heures d'entraînement, Tony communique à bonne vitesse; disons au rythme d'une conversation orale lente.

Il espère que ces petits muscles qui lui servent à communiquer ne vont pas se fatiguer, ni même s'hypertrophier. De toute manière, il ne ressent aucune douleur.

Juliette se raconte. Elle a quarante-deux ans. Sa mémoire, du moins celle qui précède sa mise en bocal, est presque totalement revenue. Il lui manque seulement les deux jours avant son transfert. Depuis qu'elle traque le moindre indice lui permettant de reconstruire son passé, elle a imaginé mille causes qui auraient pu la priver de son corps. Une dispute avec son mari qui aurait tourné au vinaigre. Seul son cerveau aurait pu être sauvé. Il est vrai que son couple commençait à battre de l'aile. Un de ses derniers souvenirs est une chute d'un escabeau. Lui aurait-elle été fatale? Elle a également pensé à un enlèvement; mais par qui et pourquoi ?

Elle conseille à Tony de ne pas s'acharner à retrouver des souvenirs et des explications. Petit à petit sa mémoire va se réorganiser et se laisser consulter. Il faut en moyenne une semaine aux nouveaux arrivants pour parvenir à communiquer, mais plusieurs semaines sont nécessaires pour une atténuation sensible de l'amnésie.

Ces constatations concernent uniquement les bocaux munis d'yeux, c'est-à-dire environ la moitié des cas. Juliette ne sait rien à propos des autres. Personne n'en sait rien. L'idée d'un cerveau sans corps et sans aucun moyen sensoriel de communication effraie Tony, qui se sent favorisé par la présence de ses yeux et d'une oreille dont il n'a pas encore vraiment mesuré l'utilité.

Comment peut-on exister sans contact et sans échange avec son environnement ? Un cerveau qui pense, mais qui pense seulement, peut-il être considéré comme vivant ? L'état dans lequel se trouve Tony est inconcevable, mais se dire qu'il y a pire, bien pire, on atteint l'inimaginable, l'inqualifiable.

Juliette devine à quoi il pense. Ses yeux sont inactifs; il se tait, virtuellement prostré dans son récipient. Elle insiste pour lui changer les idées, pour lui suggérer des échappatoires, pour rendre la situation moins déterministe.

Etre enfermé sans raison apparente est déjà déprimant, même pour une personne ayant toute son intégrité physique. C'est le sort de beaucoup de détenus dans le monde. Mais être, en plus, obligé de vivre sans communication ni mouvement possible, relève de la pire des tortures.

A nouveau, Juliette essaie de le sortir de sa torpeur. Elle lui parle des spectacles de danse qu'elle a organisés, des personnes qu'elle connaît, de tout et de rien, en espérant distraire Tony dont elle ne voit que les yeux, mais qui lui semble complètement pâteux.

samedi 24 janvier 2009

Tony, épisode 4. Le langage


Sous la forme d'un cerveau, d'une paire d'yeux et d'un semblant d'oreille, la vie dans un bocal n'est pas une sinécure. Tony veut s'en sortir, ou au moins savoir pourquoi il est là, posé sur cette étagère, étrange prisonnier d'un lieu inconnu.

Le début de dialogue avec son voisin, à coups de contractions de pupilles, lui redonne un peu de courage. Pour le moment la technique de codage du langage est rudimentaire et laborieuse. Mais pourquoi n'a-t-il donc jamais appris le morse quand il était enfant ? Tout à coup il se dit qu'il est peut-être un enfant. Mais il élimine vite cette hypothèse, car, bien qu'encore amnésique, il sait des choses que les enfants ignorent.

Pour le moment, il aimerait poser une question à son colocataire. Bien qu'ils fassent bocal à part, ils partagent la même étagère. L'avant-dernière en partant du plafond, d'après ce qu'il peut voir. Ne sachant ni comment ni pourquoi on l'a mis dans ce bocal, il hésite à poser une question. Cet embryon de communication aurait-il été mis en place à l'unique fin qu'il garde un espoir d'évasion, comme les gardiens ont l'habitude de faire dans les prisons "normales" ?

Il se décide, car il n'a pas le choix. Mais quelle question poser en premier ? "Où sommes-nous ?" ou bien "Qui êtes-vous ?". Il opte pour la seconde, peut-être par peur de la réponse à la première. Il compte les lettres dans sa tête, si l'on peut dire, et se force à actionner ses pupilles. La réponse ne tarde pas: "Je suis professeur de danse."

Tony lui dit qu'il a perdu la mémoire et qu'il ignore tout de ce qui lui arrive. Son voisin lui répond: "Je m'appelle Juliette. J'ai beaucoup d'informations à vous transmettre, mais notre méthode de codage n'est pas des plus ergonomiques". Tony est surpris. Il a en face de lui une femme, mais qui n'a rien d'une femme, à part de beaux yeux. De surcroît, il n'a aucun moyen de savoir son âge, même approximativement. En effet, des rides sur un cerveau ne sont pas d'un grand secours pour dater une personne, et il n'est pas assez effronté pour demander son âge à Juliette.

Fait extrêmement curieux, depuis qu'il sait que sa voisine est une femme, il n'est plus vraiment le même. Il se met à penser comme un homme en présence d'une femme, et non plus comme un cerveau face à un cerveau.

Elle lui raconte avoir eu plusieurs voisins depuis qu'elle est arrivée, six mois auparavant. Une des principales préoccupations des cerveaux est de trouver un moyen de communiquer facile et rapide. Pour tous, la contraction des pupilles a été une évidence, malgré certaines tentatives du côté des ondes alpha, pour le moment infructueuses. Le code de représentation des caractères et des mots est plus varié.

Certains ont essayé la méthode T9, utilisée sur les téléphones portables. Elle présente l'avantage de comprendre un mot avant de l'avoir complètement écrit, mais elle est réservée aux plus doués, impliquant de connaître quasiment tous les débuts de mots du dictionnaire.

Finalement, le code le plus utilisé dans le Centre reste le morse. Tony l'apprend en quelques heures avec l'aide de Juliette. Il est impatient de discuter, mais aussi un peu inquiet sur ce qu'il va découvrir.

mardi 20 janvier 2009

Tony, épisode 3. Un espoir


Tony a dû perdre conscience, pour autant qu'un cerveau puisse perdre conscience. On perd conscience par rapport à son corps, mais, quand il n'y a plus de corps, cela équivaut à ne plus exister.

Tony revient à lui. Pendant un bref instant il ne sait plus qui il est, ni où il est. Plus les idées lui reviennent, plus il panique. Astreint à une vie consciente dans la pire des prisons qui soit, un bocal. Obligé de vivre sans pouvoir bouger, jamais il n'aurait pu imaginer que cela puisse exister. Le sentiment est tellement impossible, tellement inimaginable, que Tony, par moment, croît encore à un rêve.

Le plus déprimant est de penser que cette situation est irréversible. Plus jamais il ne retrouvera ses jambes, ses doigts, ses poumons, sa langue, son apparence. Sa plus grande crainte est qu'il puisse, où plutôt qu'il soit obligé, de vivre éternellement. Il sait bien qu'un cerveau s'altère graduellement, que ses neurones meurent à un rythme effréné. Mais ceux qui l'ont mis dans ce bocal ont des connaissances scientifiques hors du commun. Seraient-ils également parvenus à préserver l'état d'un cerveau ad vitam aeternam ?

Cette question ne devrait pas se poser. Du moins, elle n'est pas fondamentale. Sauf pour quelqu'un qui est confronté à l'inimaginable, au pire des supplices: condamné à penser sans agir.

Du coup, Tony oublie ses voisins. Après tout, il n'est pas seul. Maigre réconfort, mais lueur d'espoir tout de même. Le propre de l'être humain n'est-il pas que sa pensée peut contrôler et dominer ses instincts ?

Tony se concentre alors sur la personne, en fait le cerveau, en fait le bocal qui se trouve à une trentaine de centimètre du sien, sur une étagère. Dans une pièce entièrement carrelée de blanc, comme une morgue.

Il fait l'inventaire des moyens de communication à sa disposition, mais, avec ce qui lui reste de corps, il ne voit que deux petits muscles pour espérer s'exprimer. Il fixe les yeux d'en face et essaie de contrôler ses pupilles, comme on peut parfois le faire volontairement.

Son vis-à-vis a une paire d'yeux bleus, très beaux. Il se prend à imaginer qu'ils appartiennent à une femme. Tout à coup, ils s'animent. Leur pupille se contracte et se dilate de manière irrégulière. Son idée était la bonne. Il a l'impression d'une ébauche de communication, ou du moins d'une prise de contact.

Pendant de longues minutes il observe ce faible mouvement et essaie d'en décrypter la signification. Serait-ce du morse ? De toute manière il ne connaît pas le morse. Au mieux, il se souvient de la lettre A, un point suivi d'un trait, et de la lettre E, un point. C'est insuffisant.

Le cerveau d'en face interrompt ses mouvements pendant un bon moment, probablement déçu par le manque de réaction de Tony.

Quand on en est condamné à penser, on gamberge, on divague, on se fragmente, mais, en fin de compte, on s'organise. Voilà que les mouvements d'en face reprennent, différents, avec des séquences plus longues, séparées par des temps de repos. Après une série de signaux, un repos plus long. Puis tout recommence, dans le même ordre. Visiblement on lui répète le même message en continu.

Tony passe en revue tout ce qui pourrait lui permettre de déchiffrer ce code, quand tout à coup il comprend. Il rayonne, il est heureux, il peut communiquer avec quelqu'un. Il a compris le message: "HELLO". Chaque lettre est représentée par autant de signes que son numéro d'ordre dans l'alphabet.

Il se reprend et se fait un résumé de la situation. Il est dans un bocal, sans savoir où ni pourquoi. Il n'est pas seul. Il ne rêve pas, puisqu'il peut communiquer avec son entourage. Et de toute manière, si c'est un rêve, c'est encore mieux, car tout rêve a une fin.

vendredi 16 janvier 2009

Tony, épisode 2. Pourquoi ?


Tony est enfermé dans un bocal. Il est vivant, mais n'a plus de corps. Néanmoins, il pense, il voit (un peu trouble) et entend très mal. Serait-il réduit à l'état d'âme ? Depuis environ deux jours qu'il a découvert sa nouvelle vie, il se pose des questions.

S'agit-il d'une nouvelle vie ? Est-il lui ? En tout cas il réfléchit comme lui. Ce lui ne peut pas être quelqu'un d'autre.

Une chose est sûre: il ne peut pas bouger. D'ailleurs son image lui indique qu'il n'a pas de corps. Ou plutôt que, là où il est censé se trouver, il y a un bocal avec une sorte de grosse éponge baignant dans un liquide jaunâtre. La grosse éponge c'est donc lui.

Il tente une nouvelle fois d'analyser ce qu'il voit. Il ignore s'il a encore des yeux, mais il essaie de les cligner afin d'augmenter son acuité visuelle. Comble de l'horreur, cette fois il se voit, c'est bien lui. La chose qui flotte dans le bocal n'est autre qu'un…cerveau.

Inimaginable, impossible, répugnant. Il est son cerveau, mais son cerveau uniquement. Tony ne comprend vraiment plus rien et sent qu'il va s'évanouir. Ses idées sont totalement enchevêtrées. Il est en état de choc. Il pense qu'il va mourir, ou pire, qu'il est déjà mort.

Il regarde plus attentivement son reflet dans la vitre et aperçoit deux globes oculaires à côté du cerveau. Ses yeux, juste des yeux, reliés au cerveau par deux lambeaux croisés. Il comprend mieux les deux images discontinues, le flou, les mouvements d'ondulation. En revanche, il ne voit pas d'oreille, alors qu'il est sûr d'avoir entendu des sons très cotonneux.

Voilà, il est dans un bocal. Il est vivant, il a deux yeux trop écartés. Le fonctionnement de sa matière grise constitue sa seule activité possible. Il ne peut pas pleurer, bouger, parler, se taper la tête contre les murs, se suicider. Mais voilà Lolita qui revient, accompagnée par une sorte de médecin en blouse blanche qu'il lui semble reconnaître.

Dans la vitre, Tony observe le professeur, comme il a décidé de le surnommer, qui farfouille dans le bocal, derrière le cerveau. Il ajuste un appareil duquel sortent de minces tuyaux. Tony se concentre et parvient à capter péniblement ce que dit le professeur. "La pompe doit toujours fonctionner, Clémence. C'est vital. Nous avons failli le perdre à cause de vous. Il faut espérer qu'il n'y aura aucune séquelle grave. Vous savez, un cerveau en manque d'oxygène peut générer une amnésie quasi-irréversible."

Pompe ? Oxygène ? Amnésie ? Tony fait tout son possible pour comprendre. Amnésie, oui; il se rend bien compte qu'il n'a aucun souvenir. Irréversible, il espère que non.

Aurait-il eu un accident ? Il est peut-être mort, et seul son cerveau a pu être maintenu en vie. Les deux mains de Lolita, ou plutôt Clémence, saisissent le bocal et le transporte dans une autre pièce. Pendant le trajet, Tony essaie d'observer, mais il ne voit rien. Trop de vagues dans ce bocal. En plus, les deux images se désolidarisent. Forcément, ses yeux flottent et bougent avec le liquide.

Clémence le pose sur une étagère. Face à lui, il voit un bocal, identique au sien, avec un autre lui dedans. L'aurait-on placé devant un miroir ? Non, dans son bocal il y a encore des mouvements de liquide, mais pas dans l'autre. Tony comprend qu'ils sont deux prisonniers. Ils sont même plusieurs, car à travers le bocal de son vis-à-vis il peut voir un alignement d'au moins dix bocaux. Plus loin, c'est trop flou.

Non seulement il vit dans un bocal, mais la pièce regorge de cerveaux flottants. Tout devient noir. Plus rien. Plus une image, même plus une pensée.

jeudi 15 janvier 2009

Tony, épisode 1. Où suis-je ?


Rien. Strictement rien. Tony n'est rien. Il ne pense même pas. Apparemment il vit. Comment sait-il qu'il est vivant ? Il n'en sait rien. Il est là, mais il ne sait même pas où. Il ne voit rien, n'entend rien, et ne peux pas bouger. Pour bouger, il faudrait déjà qu'il ait la notion d'espace.

Tiens, une faible lueur vers la droite. Etant donné ses affinités politiques, il aurait préféré vers la gauche, mais il n'a pas le choix. Ses pensées se réveillent peu à peu, comme après un grand choc, un coma peut-être. L'amnésie totale.

La lueur se précise, devient plus claire, mais reste floue. Le temps passe-t-il ? Tony a également perdu la notion de temps. Depuis quand est-il là ? Mais où, là ? Il ne sait ni qui il est, ni où il est, ni pourquoi.

Après un certain temps, disons simplement "plus tard", il lui semble entendre des sons estompés, comme des borborygmes. Rien de connu en tout cas. La lueur se précise. Deux images se font concurrence, un peu moins floues, mais oscillantes. Comme des vagues. Par moment, Tony distingue des formes colorées qui se déplacent, et passent d'une image à l'autre. Il en déduit que l'une des images est la suite de l'autre. Lorsqu'une forme sort d'une image, elle réapparaît dans l'autre.

Est-il atteint d'un problème de vision ? S'il voit et qu'il peut réfléchir, il n'est probablement pas dans le coma… Ses pensées et son raisonnement redeviennent opérationnels. Ça y est, cette fois Tony est conscient. Il ne rêve pas, mais il est très inquiet. Il ne sent pas son corps. A-t-il encore un corps ?

Il n'a ni chaud ni froid. Il n'a pas l'impression de respirer. Il ne peut pas fermer les yeux. Il essaie de bouger. Non seulement il n'y parvient pas, mais il est incapable de sentir sur quoi il est assis ou couché.

Pendant un certain temps la lueur a complètement disparu. Pas d'un seul coup, mais graduellement. Tony scrute, mais il ne sait même pas quoi scruter. Il cherche la lueur. Elle revient, aussi naturellement qu'elle avait disparu. Sans doute la nuit venait de s'écouler.

Cette fois les deux images sont presque nettes, mais toujours ondulantes. Il aperçoit une femme. Il ne distingue pas son visage. Seule une forme brune lui fait penser à des cheveux. Tout à coup il voit deux mains en gros plan qui s'approchent. Il est effrayé, mais il ne peut rien faire. Le paysage change, mais pas les mains, semblant agrippées à son crâne. On est en train de le transporter. Comment cette femme peut-elle le déplacer à bout de bras, visiblement sans effort ?

Le décor se stabilise. Les mains s'éloignent de Tony. La femme s'en va. Il essaie d'analyser les seules informations qui lui parviennent. Pour le moment, son seul centre d'intérêt c'est l'image. Il aperçoit, sur la droite, une règle graduée, une souris d'ordinateur et une plaque de chocolat. Il reconnaît ces objets, car le premier plan est plus net que les autres zones. Il serait donc sur un bureau. Du moins sa tête. Et le reste ? Comment peut-il avoir la tête sur un bureau ? Seulement la tête ? Cette idée absurde lui traverse un instant l'esprit.

Tiens, Lolita est de retour. C'est comme ça qu'il la surnomme. Elle s'assied, prend une feuille et commence à écrire. Juste sous ses yeux. Tony l'appelle, mais comme dans certains rêves, rien ne sort. Il crie, mais ne s'entend pas. Soit il est devenu sourd, soit son cri n'est pas réel. Si seulement la mémoire lui revenait, il pourrait essayer de reconstruire les circonstances qui l'ont mis dans cet état.

Lolita termine sa prose, ce qui permet à Tony d'imaginer combien de temps s'est écoulé depuis qu'elle s'est assise. Cette information ne lui est pas vraiment utile. Lolita se lève et sort en laissant la porte ouverte. La vitre de la porte est quasiment face à Tony. Il tente de distinguer son image par réflexion, mais il fait trop clair dans la pièce. Attendre la nuit est peut-être la solution. Pour autant que la lumière reste allumée dans la pièce. Tony s'étonne de ne pas avoir sommeil depuis deux jours.

La nuit arrive et le reflet s'améliore. Tony voit l'ordinateur, la souris, mais rien d'autre. Si, une grande chope de bière, ou plutôt un aquarium avec une sorte d'éponge et des cailloux à l'intérieur. Par triangulation avec les objets environnants, il en conclut qu'il est dans l'aquarium. Ce n'est pas possible. En fait d'aquarium, il s'agit d'un grand bocal avec une fermeture comme celle des vieux pots de confiture.

Tony est vraiment enfermé dans un bocal!

mardi 30 décembre 2008

On a tué Darwin


Charles Darwin, le célèbre naturaliste anglais du 19ème siècle, a bâti une théorie sur l'évolution des espèces basée sur la sélection naturelle. Sa théorie sur l'évolution des espèces, partant de l'hypothèse qu'il existait un petit nombre d'ancêtres communs desquels toutes les espèces actuelles sont les descendantes, fut assez vite acceptée par la communauté scientifique. En revanche son concept de sélection naturelle dut attendre les années 1930 pour être généralement considérée comme l'explication essentielle du processus d'évolution.

Darwin explique ainsi la sélection naturelle: "Comme il naît beaucoup plus d'individus de chaque espèce qu'il n'en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s'ensuit que tout être, s'il varie, même légèrement, d'une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d'une façon naturelle. En raison du principe dominant de l'hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée"

De nos jours, les progrès de la médecine et l'évolution de la société moderne pourraient infirmer artificiellement la théorie de Darwin, du moins pour l'homme.

En effet, la médecine parvient à guérir de plus en plus de maladies autrefois mortelles. Les personnes ainsi sauvées poursuivent leur existence, alors que dans un monde "non civilisé" elles auraient péri.

Notre société moderne protège les faibles et les aide à avoir une existence normale. Des moyens éducatifs, médicaux et socio-économiques sont prévus à cet effet.

A ce point de vue, les pays riches sont avantagés par rapport aux pays pauvres. On peut le constater tous les jours, on ne vit pas dans les mêmes conditions ni avec la même qualité selon le pays. Heureusement le progrès nous a permis de combattre bien des fléaux; malheureusement la répartition des moyens de lutte n'est pas équitable.

D'une manière ou d'une autre, la théorie de la sélection naturelle de Darwin ne devrait plus s'appliquer, à long terme, pour l'homme "occidental", ce qui pose plusieurs questions.

Notre espèce devient-elle moins robuste par le fait que nos congénères plus faibles sont aidés? D'un point de vue logique nous nous éloignons de la nature. Il est donc sensé de penser qu'une théorie qui puise ses fondements dans l'évolution des espèces naturelles ne peut plus être appliqués à l'homme moderne.

Quelles conséquences cette évolution vers un monde de moins en moins naturel aura-t-elle à long terme ? Sommes-nous en train de moyenner l'humanité, de la fragiliser ou de la bonifier ? Comment le savoir ? Les scientifiques ont-ils une réponse ?

Moralité: même si la théorie de Darwin doit en pâtir, cela fait toujours plaisir de savoir que nous ne mourrons pas de la prochaine grippe, ni d'un mauvais rhume. En revanche il ne fait pas bon être atteint d'une maladie orpheline, car le peu d'intérêt économique pour les laboratoires de recherche ne les pousse pas forcément à faire preuve d'un altruisme délirant.

dimanche 28 décembre 2008

La vie en l'an 2100


Sans avoir l'autorisation de citer les sources, nous sommes en mesure de dévoiler des informations concernant l'évolution de la vie durant le siècle à venir. En fait d'informations il s'agit plutôt d'études basées sur plusieurs extrapolations concernant essentiellement l'augmentation de l'espérance de vie et l'évolution des conditions sociales dans notre société.

Le point de départ de ces études est basé sur les Hunzas, peuple totalement isolé de toute civilisation et semblant détenir un trésor enviable: le secret de la longévité. Vivant dans les montagnes de l’Himalaya, au Pakistan, dans un petit village à 30 kilomètres des frontières russes et chinoises, ces gens vivent en moyenne largement plus de cent ans. Contrairement à nous, un Hunza de cent ou cent dix ans travaille encore activement.

Cette longévité n'est certainement pas étrangère à l'absence quasi-totale de maladies telles que cancer, artériosclérose, maladies cardiaques, problèmes rénaux ou autres chez ce peuple peu connu. L'eau qu'ils boivent est particulièrement pure, mais surtout ils semblent se nourrir exclusivement d'aliments crus.

Les hunzas vivent à fond, parfois bien plus que cent ans et meurent simplement d'une belle mort naturelle, après une journée de travail. Ils confirment la théorie selon laquelle les mammifères ont une espérance de vie théorique de six fois la durée de croissance des os longs. Pour un chien cela correspond environ à douze à quinze ans, alors que pour l'homme cette durée devrait approcher les cent vingt ans.

Revenons à nos congénères. Notre espérance de vie ne cesse d'augmenter et devrait atteindre une moyenne supérieure à cent ans d'ici une centaine d'années. Mis à part que l'être humain aura plus de temps pour jouer, divorcer et faire la guerre, certaines conséquences sont inattendues. Deux d'entre elles sont essentielles.

Confronté aux mêmes risques et aux mêmes aléas, la vie d'un homme qui dépassera les cent ans a plus de valeur que celle d'un homme qui vivra jusqu'à soixante ans. C'est purement mathématique et statistique, ce qui n'en simplifie pas la compréhension.

Dans le but de mettre du foin à la hauteur de tous les museaux, passons à la seconde conséquence de l'augmentation de l'espérance de vie. Les étapes de la vie seront complètement bousculées et de nouvelles habitudes naîtront et deviendront peu à peu la règle.

Les gens travailleront jusqu'à l'âge de la retraite, inchangé, sans se soucier de problèmes familiaux ou de progéniture. Enfin ils pourront, hommes et femmes, se consacrer entièrement à leur travail et/ou à leurs passions.

Arrivés à l'âge de la retraite, toujours en pleine forme, ils pourront enfin fonder une famille, avoir des enfants et s'en occuper à plein temps. Quoi de plus valorisant que de dissocier totalement vie professionnelle et vie familiale? La transmission du savoir et de l'expérience aux plus jeunes sera quasi-totale. On pourrait même imaginer fermer la plupart des écoles, puisque les parents seraient en mesure d'apporter une grande partie de l'éducation. Seules subsisteraient les hautes écoles et universités.

Etant donné cette longévité, il sera même envisageable de passer la première moitié de la vie à élever les enfants, en profitant d'une sorte de rente d'anti-retraite remboursable lorsque la personne commencera à travailler, vers l'âge de soixante ans. Pour les plus aisés, il sera même possible d'avoir deux vies consécutives et totalement séparées.

Moralité: si nous ne nous préparons pas à vivre jusqu'à cent vingt ans, nous allons mourir d'ennui.


mardi 25 novembre 2008

Rétrécir l'humain


Une équipe de biologistes et de généticiens de l'université de Bruges, en Belgique, travaille depuis près de dix ans sur les problèmes liés à la croissance de la taille moyenne des individus dans les pays occidentaux.

Après avoir mis en évidence plusieurs facteurs favorisant l'augmentation régulière de la taille et du poids, par exemple la surabondance des produits laitiers dans notre alimentation, ces chercheurs sont sur le point de pouvoir contrôler les gênes responsables de cette tendance à augmenter de volume.

Rappelons pour mémoire, que les japonais étaient en moyenne bien plus petits que les européens avant la dernière guerre (mondiale). Ils ne consommaient quasiment pas de produits laitiers, préférant le poisson, le riz et autres mets locaux. En quelques décennies seulement, ils ont vu leur taille moyenne augmenter de plus de dix centimètres, phénomène lié au fait qu'ils se sont mis à manger des produits laitiers en quantité.

C'est précisément en étudiant les comportements alimentaires asiatiques que l'équipe belge est tombée, un peu par hasard il faut bien le dire, sur ce possible contrôle de la taille moyenne des êtres humains.

Les retombées de ces recherches sont nombreuses et variées. Parmi elles, une idée intéressante. Elle consiste à faire diminuer la taille des occidentaux d'une dizaine de centimètres par génération, en respectant une limite inférieure d'environ un mètre soixante.

Non seulement cette réduction de taille nous laisserait plus de place dans notre environnement et d'aisance dans nos mouvements, mais elle nous permettrait de manger beaucoup moins.

Toute cette nourriture économisée servirait à alimenter le reste de la planète qui, paradoxalement, a de la place, mais pas de quoi manger.

Comme les pays riches sont également les plus gros consommateurs d'énergie, une taille et un poids inférieurs signifient également, plus de personnes dans les ascenseurs, une moindre consommation pour les voitures, plus de monde dans les files d'attente et une baisse des taxes carburant pour les trajets en avion.

En revanche, les tatoueurs disposeront d'une plus petite surface de travail, les crèmes en tous genres se vendront en plus petite quantité et les yorkshires auront l'air de molosse à côté de leur maître.

vendredi 14 novembre 2008

Chaussettes liquides


Une société japonaise vient d'annoncer la mise sur le marché de chaussettes liquides. Après six ans de recherches, cette startup a créé le vêtement ultime. En effet, non contente de détruire à tout jamais le problème des chaussettes sales et des pieds malodorants, LiquiSocks pense s'attaquer dans un proche avenir aux autres parties du corps.

Cette société a donc mis au point une substance dense, mais liquide, à base de néoprène et de coton naturel qui permet de recouvrir la peau et de procurer protection et bien-être. Le produit s'achète en bidons de dix litres. Le contenu est blanc. Il est solide au dessous de 20 degrés et devient pâteux, voire coulant vers 25 à 30 degrés. Mais une fois en contact avec la peau, il reste solide jusqu'à environ 38 ou 40 degrés.

La fabrication de ses propres chaussettes est une opération très simple. Une fois que le liquide est à la bonne température, il suffit d'y plonger les pieds, l'un après l'autre, jusqu'à la hauteur désirée, après les avoir soigneusement lavés et séchés. Le pied doit rester immergé entre 30 secondes et deux minutes selon l'épaisseur de chaussette souhaitée.

Après avoir sorti le pied du seau, l'enduit sèche quasiment instantanément. Cette seconde peau protectrice est douce, agréable et résistante. Elle cumule un grand nombre d'avantages et ne présente aucun inconvénient. La substance utilisée est anti-allergénique, bactériostatique, antimycosique et délicatement parfumée. Il est possible d'ajouter soi-même des senteurs. Elle peut être colorée au gré de l'utilisateur à l'aide de colorants vendus en option. Pour obtenir des chaussettes aux couleurs soixante-huitardes, il convient de verser quelques filets de colorants au centre du seau juste avant d'y plonger le pied. La couleur va remonter le long du mollet avec des reflets du plus bel effet.

Les particularités de ce produit sont proches de celles du Gore-tex, imperméable, mais laissant passer la transpiration, et procurant une bonne isolation thermique. De plus, les orteils peuvent bouger librement et la chaussette ne colle pas aux poils. En revanche, un additif spécial permet justement une adhérence renforcée pour les personnes désireuses de se débarrasser de leurs poils disgracieux. Elles enlèvent leurs chaussettes d'un coup sec et plus un seul poil sur les jambes.

Cette pellicule peut être gardée entre cinq et dix jours. Pour l'enlever, rien de plus simple qu'une douche à une température supérieure à 38 degrés. La chaussette fond littéralement et est éliminée avec l'eau, sans nuire à l'environnement.

L'épaisseur étant plus faible qu'une chaussette ordinaire en coton, il est possible de gagner une pointure, c'est-à-dire de mettre des chaussures devenues trop petites. A l'inverse, des chaussures trop grandes pourront être utilisées à condition d'augmenter l'épaisseur en conséquence.

Bien entendu il est également possible de confectionner des gants, ou tout autre vêtement. Attention toutefois, il est déconseillé d'en faire des collants; le moindre pipi oublié reste dans le collant et coule jusqu'aux chevilles. En cas de fièvre, c'est encore pire, puisque le collant fond et se désagrège.

Signalons enfin que dix litres de ce produit suffisent pour une centaine de paires de chaussettes d'épaisseur moyenne. Sa durée de conservation est de plus de deux ans.

vendredi 12 septembre 2008

Trou noir. (4) Zut, ça ressort!


Cela fait maintenant un an que les plus immondes déchets ont quitté la surface de la Terre grâce au trou noir du CERN. Les expériences du LHC ont été totalement abandonnées le jour où le trou noir s'est formé. En réalité le LHC n'a jamais tourné à plein régime.

Les gouvernements ont jugé que cette retombée inattendue de la recherche nucléaire, à savoir le trou noir / poubelle, était tellement miraculeuse qu'il ne valait pas la peine de risquer de perdre ce vide ordures providentiel sous prétexte de chercher quelques particules sauvages de plus.

Notre planète a vraiment subi une cure de rajeunissement, car on injecta également dans le trou noir des polluants banals tels que les CFC, le dioxyde de carbone et autres éléments contribuant à l'effet de serre. En un an les mentalités ont complètement changé. Produire des déchets n'est plus un acte culpabilisant et beaucoup d'industries en profitent largement.

Un événement étonnant vient interrompre l'euphorie générale: une station météo située à la frontière entre la Somalie et l'Ethiopie capte un signal radio identique à celui émis un an auparavant par l'émetteur lancé dans le trou noir du CERN. Quelques jours plus tard le pays est envahi par un colorant jaune qui s'étend sur tout le pays. Les gouvernements se posent des questions, mais les physiciens redoutent le pire.

Très vite leurs craintes se confirment: un trou noir est découvert à 20 mètres au-dessus d'une plaine déserte. Ses caractéristiques sont exactement les mêmes que celui du CERN. Une deuxième poubelle magique est toujours la bienvenue. Les scientifiques dépêchés sur place tentent vainement de lancer des objets divers dans ce nouveau trou noir, mais ceux-ci sont systématiquement refoulés.

Tout à coup le trou noir crache une balle de tennis, puis une machine à laver, suivie d'une petite voiture. La communauté scientifique est prise de panique. Le pire est en train de se produire. Elle comprend très vite que tout ce que le trou noir du CERN a avalé allait ressortir, en même quantité et à la même vitesse.

En quelques jours des centaines de milliers de tonnes sont régurgitées par le trou noir. La région doit être évacuée, car la combinaison de certains produits toxiques provoque des risques croisés d'explosions et de grave pollution atmosphérique. A force d'éjecter de la matière, tel une fusée, le trou noir se met en mouvement, laissant sur son passage une trace nauséabonde et incendiaire. En une semaine il atteint le Soudan; deux jours de plus et il traverse le Tchad, le Niger et le Mali. Arrivé en Mauritanie, il fait demi-tour, probablement à cause des vents violents. Un mouvement de va-et-vient semble se mettre en place.

Vue du ciel, la trace de déchets déversés fait penser à un "joyeux anniversaire" écrit au chocolat sur un gâteau au citron. Le pire n'est pas seulement la réapparition des immondices en tous genres, mais aussi celle des dangereux criminels, finalement pas si mécontents de se retrouver libres. Personne n'ose imaginer de quoi ils se sont nourris pendant une année.

Le trou noir du LHC ayant tout avalé, même le son et la lumière, il est également possible, en suivant le déplacement de cette bouche d'égout débordante, de revoir ce qui s'est passé à l'autre extrémité. Tout est soigneusement filmé afin de procéder à la redistribution des déchets à leurs propriétaires respectifs. Inutile de dire que cela ne fut pas apprécié de tous.

Après un mois de recherches acharnées les physiciens du CERN ont trouvé le moyen d'inverser le flux de matière, mais cette possibilité n'a jamais été mise en place. En contrepartie les pays occidentaux ont totalement effacé la dette extérieure des pays du tiers-monde.

Comme le disait Gainsbourg dans son film "Equateur" en 1983: "L'Afrique, bordel de merde".

jeudi 11 septembre 2008

Trou noir. (3) on en fait quoi?


Genève devient la poubelle du monde, et Paris reste la plus belle du monde. L'utilisation du trou noir du CERN commença timidement. Chaque pays disposait de trois jours d'utilisation de ce sac à ordures peu avouables.

Au début chacun voulait faire ses expériences. Lancer une balle de tennis, puis, une machine à laver ou une petite voiture. Lorsque les gouvernements ont vraiment compris l'intérêt de ce trou noir, ils se mirent à apporter leurs pires casseroles, à tous les sens du terme.

Le CERN devint vite un paradis de la destruction et une sorte d'amnistie tacite fut admise. Ce qui fut déversé dans le trou noir dépassa vite l'entendement. Et il y en avait de plus en plus; à tel point qu'il fallu construire un injecteur-accélérateur afin d'envoyer de plus en plus de matière dans un minimum de temps. Le trou noir, lui, n'a pas de limite.

Les premiers pays vidangeurs (l'ordre alphabétique fut choisi, au grand dam des USA) transmirent leurs impressions aux suivants afin de profiter au mieux du temps qui leur était imparti. Après quelques mois, la confiance aidant, on assistait à une noria d'éboueurs de luxe.

Avec l'excuse de nettoyer la planète de tout ce que l'homme y a généré de plus sale et indestructible, certains pays ne prirent même plus de précautions et ce dont ils se débarrassaient était visible de tous.

De la drogue, des déchets radioactifs, des documents bancaires hautement compromettants, des produits bactériologiquement et chimiquement très dangereux, des souches de virus ultra résistants, des déchets issus de l'industrie pétrolière, des sous-marins atomiques russes rouillés, des paquebots à désamianter coupés en marceaux de taille raisonnable, tout y passe. Un garde prétend même avoir vu plusieurs "créatures" extraterrestres être subrepticement lancées dans le trou noir.

Dès le début de cette opération, les gouvernements ont décidé de ne rien s'interdire et de n'effectuer aucun contrôle sur la nourriture du trou noir. Des bruits courent que dans quelques pays les prisons de condamnés à mort se sont spontanément vidées. D'autres pays n'avaient tout à coup plus de prisonniers politiques.

Un peu moins d'une année s'écoula avant que toutes les nations qui avaient des raisons d'utiliser les services du CERN puissent le faire. En l'espace d'un an la planète fut débarrassée de ses plus dangereux polluants. On songea alors à utiliser le trou noir pour les détritus urbains habituels. La vitesse de l'injecteur n'ayant cessé d'être revue à la hausse, les volumes traités étaient gigantesques.