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vendredi 17 juillet 2009

Si t'es menu, mens!


La tour est folle

La raison flanche

L'otage a mal

L'opéra dessiné

Le monument brunch vite

Les bières du nippon

Le colgate

Le mur des lamas à Sion

Le pire c'est le pudding

Bic pen

L'alcoolisé

Partez! Non!

La cour de l'ombre

Le miroir de ses deux traces

Les frasques de tout un carton

La glace bouge

Le site déguisé

Voir le trait décentré

La trace tiède, amen

Le balais des toges

Les uns valident

mardi 12 mai 2009

La vraie histoire de Jésus.


Jésus, de son vrai nom Jacques Dupin, est né entre -5 et -7 avant lui-même, à cause du moine Denys Le Petit. Ayant d'énormes difficultés à l'école, surtout en mathématique, les parents du Petit Denys décidèrent de l'envoyer étudier chez les Jésuites. Le résultat ne se fit pas attendre: la révélation, le déclic, le coup de foudre pour la religion en général et Dieu en particulier. Cependant, ses lacunes en calcul, au lieu de se combler, s'accentuèrent de plus en plus. Si bien que, lorsqu'il s'attela au problème de la détermination de l'année de naissance de Jésus, il se planta lamentablement.

Jésus, connaissant l'avenir déjà à cette époque, hésita quant à sa date de naissance. Finalement il décida de naître à la date attendue, laissant les historiens se dépatouiller avec les dates.

Pour faire plus crédible, il choisit des parents pauvres et une maison vétuste. Joseph, son père, menuisier à ses heures perdues et aimant le bricolage, commence la construction de cette demeure dès que Marie menace sérieusement d'être enceinte. Au bout de quatre ans, la gestation n'étant toujours pas parvenue à son terme, la maison ressemble plutôt vaguement à une étable, tant Joseph l'a démontée, adaptée, modifiée, remontée. Il n'avait pas le savoir faire des ingénieurs de chez Ikea, raison pour laquelle elle s'est autant déglinguée.

Les parents du futur Jésus mettent des animaux partout dans leur loft-étable. Pas tant par amour des bêtes, mais pour que plus tard, des millions d'enfants obligent leurs parents à des assemblages improbables d'animaux disproportionnés.

Un soir que Joseph installe un paratonnerre – on ne sait jamais – l'orage éclate. La foudre tombe sur la cahute, sauvée par le paratonnerre improvisé. Joseph et Marie sont tellement heureux du pouvoir magique de cette invention. Ils décident de l'appeler Benjamin, qui, en araméen du sud, signifie "Sorte de fil de fer qui peut sauver des vies, s'il est posé par un professionnel".

Ce même soir, Marie accouche subitement, suite à un violent éternuement. Une heure plus tard, trois rois frappent à la porte. "Tiens, déjà ?" s'écrie Joseph. "Vous êtes des rapides!".

Ils lui expliquent qu'ils se rendaient à la kermesse de Jaffa. Perdus dans la nuit noire, ils ont aperçu un éclair qui les a conduits jusqu'ici. Ne voulant pas s'incruster, ils proposent de repasser un peu plus tard, vers le 6 janvier, histoire de laisser la mère se reposer. Ils déposent néanmoins quelques cadeaux pour le petit. Oh, juste quelques babioles qu'on ne trouve pas dans les grandes surfaces de Nazareth, plus encombrantes que précieuses.

Alors que les autres enfants ont, comme animal de compagnie, un hamster, un chat ou un chien, Jésus, qui se distingue déjà, se voit entouré par un âne et un gros bœuf un peu sourd dont les crottes nauséabondes entouraient le berceau, procurant heureusement une certaine chaleur.

Entre sa naissance et l'âge de trente ans, le jeune Jésus se fait discret. On sait peu de choses concernant son adolescence, ses goûts musicaux, ses tendances politiques et ses allergies. Peut-être veut-il faire oublier qu'il a trois parents: Joseph, Marie et son père spirituel, un dénommé Saint-Esprit. Ce surcroît de parents ne l'a pas aidé et lui collera à la peau durant des siècles et des siècles. Pendant cette période, Joseph, père par procuration, doit se farcir toute son éducation. Ce n'est pas facile d'élever le fils d'un autre.

Bref, le jour des ses trente ans, Jésus entame une tournée triomphale en Galilée. Cette courte carrière de prédication itinérante est très remarquée à cause de nombreuses guérisons thaumaturges (rhume des foins, eczéma, amputations accidentelles, etc). Un peu comme les Beatles ou Jimmy Hendrix, sa vie publique fut éphémère; à peine trois ans, pendant lesquels il est constamment accompagné par douze copains dont les prénoms sont tous différents. De nos jours, une telle situation serait fort improbable. On aurait certainement plusieurs Kevin, Julien, Maxime ou Thomas.

Rappelons également que Jésus était parfaitement bilingue. Il parlait un dialecte araméen et l'hébreu. Pour le grec, il avait plus de peine et ses copains lui servaient d'interprètes.

Victime d'un complot, voire d'une conspiration, débouchant sur un procès truqué, Jésus meurt, très peu habillé, par un vendredi après-midi un peu frisquet.

Trois jours plus tard, il réapparaît; phénomène médiatique très réussi et aux effets incalculables, puisqu'il constitue l'élément principal de la fondation d'une nouvelle religion.

On perd alors sa trace. Mais plusieurs centaines de millions de personnes, très fidèles, sont sur le coup, le recherchant tantôt dans le sud de la France, tantôt dans les étoiles. On nous assure qu'il reviendra, mais Dieu sait quand et seul lui sait où.

jeudi 23 avril 2009

Invention du carré.


D'où vient le carré ? Non pas le carré géométrique à quatre côtés égaux et perpendiculaires, mais plutôt tout ce qui est "non arrondi". La nature est ronde, les animaux sont ronds, les hommes sont ronds parfois, lorsqu'ils ne conduisent pas. Alors, quand les formes à angle droit sont-elles nées ? Qui les a inventées et pourquoi ?

Les objets que nous appelleront carrés, par abus de langage, ne sont pas apparu au même moment et au même endroit. Cette invention va de pair avec la nécessité; ce n'est pas un hasard. Ainsi, les Esquimaux créationnistes et les Mongols ne connaissent toujours pas d'autres contours que ceux arrondis. Seuls quelques Esquimaux évolutionnistes ont observé que, pour construire un igloo rond, il faut utiliser des blocs de glace en forme de cube ou de parallélépipède.

Il y a 2500 ans déjà, Pythagore a réussi à mettre trois carrés dans un triangle, ce qui, en soi, représente une sacrée performance. Et surtout pour pas un rond!

C'est probablement en cherchant perpétuellement la quadrature du cercle qu'on en est arrivé à vivre dans un monde carré. La roue est le seul objet technologique qui ne s'est pas fait cannibalisé par le carré. On pourrait penser au ballon de football ou autre esclave sportif, au préservatif, au cercle vicieux, mais nous parlons bien ici de technologie.

Même la télévision est rectangulaire, de plus en plus aplatie d'ailleurs, afin de cadrer au mieux les rondeurs des charmantes présentatrices. On ne lutte pas contre le carré; c'est trop tard, il nous a envahis. Même les circulaires ne sont pas rondes. Les coiffeurs sont capables de sculpter des coupes au carré sur des têtes parfaitement sphériques.

Sans carré Ikea n'existerait pas. Un lit est carré, une étagère est carrée, une assiette est carrée; du moins dans un monde normal. Nos maisons sont carrées, donc nos meubles sont carrés, et par conséquent leur contenu doit être carré.

Et le plus malicieux, le plus pervers des promoteurs de la quadrature est bien le livre. Un livre rond ne tient pas debout; sa reliure doit être rectiligne. Par extension, une bibliothèque doit être carrée, placée dans un local carré, intégré dans un bâtiment carré, entouré par des rues qui se croisent le plus souvent à angle droit. La littérature est responsable de la disparition des rondeurs. D'ailleurs la publication de méthodes pour perdre dix kilos par-ci, trois bourrelets par-là connaît un grand boom.

Pour retrouver un monde à l'image de l'homme et de la nature, brûlons les livres; le reste suivra tout naturellement. Les castors ont raison, ils doivent absolument poursuivre leur mouvement visant à détruire la matière première, support de l'écrit. Non à la cellulose, oui à la cellulite!

Moralité: vive la pétanque, le curling, Dali et Laetitia Casta. A bas Picasso, la Lamborghini Countach, les Grecs et leur proportion dorée, et Maria.

dimanche 19 avril 2009

La roue du menteur.


Les archéologues sont en mesure de situer approximativement l'invention de la roue dans le temps et dans l'espace: vers 3500 avant J.-C. à Sumer en Mésopotamie. Cela semble incroyable qu'une technique aussi essentielle soit aussi récente. D'autant que dans la nature la forme circulaire est extrêmement répandue, que ce soit dans le règne animal que végétal.

Quel enfant n'a jamais fait rouler des morceaux de viandes sur une brochette ou des petits sur les pentes d'une montagne en purée ? On ne va tout de même pas nous faire croire que nos ancêtres égyptiens ignoraient l'existence de la roue. Même les hommes des cavernes devaient la connaître, eux qui passaient leur temps devant d'appétissantes grillades de mammouth ou autre voisin trop bruyant.

En vérité, la roue est née avant l'homme. Eve en avait offerte une à Adam pour son vingtième anniversaire. Une roue en bois, montée sur un axe solidaire d'un bac avec deux poignées, lui permettant d'aller faire les courses du week-end sans se fatiguer outre mesure.

Ce sont les Egyptiens qui ont tout gâché. Du jour au lendemain, le grand oracle d'Amon à Aghurmi indiqua que la roue représentait un symbole maléfique. Par son intermédiaire les dieux ordonnèrent de détruire toute trace de roue sur la Terre. Dès lors, le peuple égyptien se fit un devoir de suivre ces ordres, si bien qu'en quelques années plus personne n'entendit et surtout n'osa parler de roue.

Le pharaon Khéops regretta cette décision lorsqu'il décida de se faire construire sa grande pyramide. Des roues lui auraient permis de gagner plusieurs années sur la durée des travaux. Mais ce qu'oracle décide, même le pharaon doit l'accepter.

Le vizir Hémiounou, grand architecte de la pyramide, tricha quelque peu, comme l'a démontré Jean-Pierre Houdin, en utilisant en cachette des roues en bois très dur. Heureusement personne ne le remarqua; ou plutôt, ceux qui s'en aperçurent se noyèrent systématiquement dans le Nil.

C'est seulement bien des années plus tard que la roue fut redécouverte par un moine tibétain qui explorait la pyramide de Khéops à la recherche d'un ami disparu, un derviche tourneur au chômage. Il eut l'idée de publier sa découverte sur Facebook afin d'en faire profiter non seulement sa tribu, mais également, par moteur de recherche interposé, l'humanité toute entière.

Quelques années plus tard le vélo fait ses premières victimes.

mercredi 31 décembre 2008

Sakara. Episode 1: la découverte


Pleine de Sakara, Egypte, 31 mai 2008.

Il est 16h00, la seconde équipe de fouille vient de reprendre le travail sous un soleil de plomb. Deux heures plus tard, le stagiaire Benjamin McLaine se rend sur la parcelle H24 de la zone nord, une cellule de six mètres de côté, soigneusement cartographiée et déjà en partie excavée. Quatre collègues travaillent à dégager le pourtour d'un bloc rocheux; Benjamin se place à l'endroit qui lui a été attribué et commence à creuser.

Cela fait plus de deux mois que la zone nord ne fournit plus d'objets dignes d'intérêt, mis à part une demi-douzaine de fragments de poteries. A 18h03 Benjamin tombe sur un os. Sa brosse s'affaire et dégage grossièrement, mais précautionneusement, les alentours. Un collaborateur s'écrie "vite, il faut prévenir le professeur Siems. Allez le chercher!".

Siems, alerté par l'agitation, arrive immédiatement. Il reconnaît le haut d'un crâne et ordonne de cesser tout mouvement. Les personnes présentes s'écartent pour laisser le célèbre archéologue prendre la mesure de la découverte. Trouver des ossements est relativement banal en Egypte, mais après des semaines à fouiller en vain, il est naturel de s'intéresser au moindre petit os.

Siems dégage le sable autour du crâne. Etonnamment cette tête est retenue, laissant présager que le reste du corps se trouve dans son prolongement, probablement légèrement incliné, car au même niveau que la tête, on ne distingue pas encore les pieds.

Les hommes forment un cercle autour du professeur, qui dégage le sable avec fébrilité. Bientôt la cage thoracique est dégagée. Le soleil se couche et Siems demande de la lumière. Il est hors de question de poursuivre l'exhumation le lendemain.

Encore une demi-heure et tout le squelette apparaît, posé sur le sable. Chose étrange, les côtes ne sont pas écrasées, mais ont gardé leur forme de cage. Un assistant demande au professeur de dégager encore du sable autour du tronc, près de la colonne vertébrale. Fait encore plus étrange, le squelette semble flotter au-dessus du sol, mystérieusement soutenu par des sortes de supports au niveau des vertèbres D6-D7.

Le suspens est à son comble. Ce qui ne devait être qu'un banal squelette semble réserver des surprises. Siems continue à dégager le sable. Tout à coup deux structures osseuses en forme de S et symétriques apparaissent. Partant du niveau du genou et s'étendant jusqu'à une trentaine de centimètres au-dessus de la tête, soit une longueur d'environ deux mètres, ces ensembles d'os sont solidement fixés aux vertèbres par deux os articulés.

Personne n'ose prononcer le mot, mais il semble bien qu'il s'agisse d'une paire d'ailes. Les archéologues ont souvent découvert des squelettes humains et des ailes d'oiseau, même géants, mais jamais les deux réunis.

Un frisson collectif envahit toute l'équipe. S'agit-il d'un canular ? Sont-ils en train de rêver ? Ils décident de ne rien toucher et d'aller se coucher, sachant pertinemment qu'aucun d'entre eux ne pourra dormir.

jeudi 11 décembre 2008

La vraie histoire de Saint-Nicolas


En 1925 Nicolas marchait dans les rues d'une petite ville des Etats-Unis. Originaire de Bari, ce néo-américain changea son nom en Nicolas de Myre, en référence à son premier métier, constructeur de télévisions.

Quelques années auparavant il fait la connaissance de Vladimir Zworykin. Cet immigré russe, qui avait déposé, en 1923, un brevet de télévision entièrement électronique, propose à Nicolas de fonder une société visant à commercialiser des postes de télévision. Les deux compères travaillent d'arrache-pied, mais la fortune personnelle que Vladimir a placé dans la société fond à vue d'œil. Les américains ne sont décidément pas prêts à acheter en masse des téléviseurs avant de pouvoir capter quoi que ce soit.

C'est seulement dans les années 1930 qu'apparaîtront les premières émissions télévisées. C'est trop tard pour nos deux visionnaires, complètement abattus par leur découverte prématurée. Ils se séparent et Nicolas sombre très vite dans l'alcoolisme.

La maigre aide sociale du gouvernement lui suffit à peine pour vivre. Le 6 décembre 1930 il fait une rencontre qui le sort de la déchéance et de l'alcool: Noël, le prof de math du deuxième étage, dont il ignorait jusque là l'existence. Ils partagent d'abord leur passion pour la science en générale et plus particulièrement pour l'analyse numérique.

Après avoir émigré au deuxième étage, dans le grand appartement de Noël, Nicolas va de mieux en mieux. Il retrouve même un travail, pas très bien payé ni très intellectuel, mais qui permet aux deux acolytes de survivre. Nicolas vend des sucreries dans un petit stand à la sortie du supermarché de la ville.

Cette petite affaire marche bien et devrait lui rapporter beaucoup d'argent. Seulement Nicolas se découvre une générosité maladive. Il ne peut se résoudre à faire payer les enfants et leur offre donc sucres d'orges et guimauves au grand étonnement des parents.

Le peu d'argent qu'il se force à demander à ses clients les moins sympathiques, est entièrement réinvesti dans l'approvisionnement de son stock. Il ne gagne rien, mais est paix avec sa conscience et ses aspirations profondes.

Le soir il est rayonnant et satisfait, alors que Noël commence à déprimer, ne comprenant pas comment on peut travailler sans gagner un sou. Un 24 décembre au soir, Nicolas cherche Noël en vain, mais trouve seulement un mot de lui "Je crois que j'ai compris; à bientôt. Ton Noël".

Depuis ce jour, plus personne ne sait ce qu'est devenu Nicolas.

lundi 8 décembre 2008

La vraie histoire du père Noël


Noël, c'était son nom, mais il n'était certainement pas père. Ce soir-là, le 16 novembre 1931, il sortait de chez lui, déprimé comme à l'accoutumée et passablement imbibé d'alcool. Une seule envie trottait dans sa tête: disparaître à tout jamais.

Vouloir disparaître c'est facile, mais passer à l'acte lui a toujours été impossible, certainement par manque de courage et par la rémanence d'un ego plus dodu que la moyenne.

A partir du moment où ses derniers centres d'intérêts devenaient quantité négligeable par rapport à la somme des contrariétés qu'il devait quotidiennement affronter, sa vie n'avait plus de sens, à part l'horizontal.

Il était pourtant un prof de math apprécié par ses élèves et par ses collègues. Jamais le théorème de Pythagore n'aura été aussi bien expliqué, jamais une équation n'a eu autant de racines, jamais un élève n'est sorti déçu d'un de ses cours. Pourtant l'âge et les restrictions budgétaires agissent sans discrimination. Ces armes de destruction massive font des ravages par les temps qui courent.

Après tout, le chômage devait lui procurer le temps libre qu'aurait pu dévorer son intérêt pour les ouvrages scientifiques. Cette avidité de savoir dura quelques semaines seulement. Gamberger devint vite sa principale occupation. Il vivotait, il survivait, il se posait beaucoup de questions qui ne pouvaient pas avoir de réponses. Après quelques mois, même les questions avaient disparu, laissant la place aux pensées sombres, à la dépression, aux velléités de se volatiliser instantanément.

Noël était méconnaissable. Obèse à force d'ingurgiter tout ce qui passait à sa portée, barbe et cheveux longs, légèrement gras par manque d'envie de se laver, il ne sortait quasiment plus de son appartement, lui aussi en piteux état.

Quelques semaines plus tard, un samedi soir, il décide de mettre un peu de gaité dans ce qui reste de sa vie. Après avoir remis la main, au fond d'une armoire, sur sa maigre fortune, il sort d'un pas trop décidé, avec un entrain trop inquiétant.

Il se rend dans un supermarché d'où il ressort hilare avec deux caddies pleins de biscuits et de bonbons. Il se dirige ensuite droit vers le zoo communal dont son frère est le directeur, et convainc ce dernier de lui prêter quatre cerfs et une vieille charrette.

Noël repère un banc sur la grand place, s'y installe et commence à distribuer son précieux chargement à tous les enfants qui passent par là. Il est incapable de savoir ce qui le pousse à se comporter de la sorte. Sa tête est complètement vide, aucune pensée ne s'y arrête, comme dans un robot sans cerveau.

Au petit matin, il se rend compte qu'il a laissé son ami seul chez lui toute la nuit. Ses deux caddies sont vides, il neige, les employés de la voirie balaient machinalement la place, et ses pensées noires resurgissent. Noël tombe un 25 décembre et ne se relève pas.

Personne ne sait ce qu'il advint des quatre cerfs. Personne ne sait pourquoi tout cela est arrivé.

vendredi 10 octobre 2008

La véritable histoire de Mozart


Mozart partage deux de ses prénoms avec Carlos. Pas le terroriste, mais le chanteur aux chemises à fleurs. Ses parents, totalement incultes, se trouvèrent fort dépourvus quand sa naissance fut venue, n'ayant prévu aucun prénom à la mode.

Un prêtre qui passait par là leur suggéra Amadeus, mais comme il était vieux et mal en point, Monsieur et Madame Mozart n'ont pas bien compris. Un étudiant leur lança par la fenêtre Theophilus, pensant les aider avec la traduction grecque. N'y comprenant plus rien, ils firent inscrire plusieurs prénoms au registre d'état civil.

Il faisait froid ce 27 janvier 1756 à Salzbourg, comme partout ailleurs dans l'hémisphère nord. Le petit Mozart, 2,5 kilogrammes dont 250 grammes de cerveau, pleurait déjà en rythme. Il pleurait fort, car il était atteint d'une forme de surdité précoce qui devait se confirmer vers l'âge de 40 ans.

Dès l'âge de trois ans le petit garnement attrape l'oreille absolue, mais seulement la gauche. L'autre oreille s'associe au cerveau pour développer une mémoire eidétique, à ne pas confondre avec une l'hypermnésie, qui, elle, est une pathologie. Il se souvenait de tout: les tables de multiplication jusqu'à 1245 x 1245, le nom de tous les habitants de sa ville natale, ainsi que toutes les promesses que ses parents lui ont faites lorsqu'il était dans son berceau. Pas de chance, mais que n'est-on pas prêt à subir lorsque l'on enfante un génie.

A 5 ans il apprend à jouer du clavecin, mais décide de se lancer dans le violon, car il déteste ses voisins. A part la musique, rien ne l'intéresse vraiment, sauf un petit faible pour les lucioles et les livres sur les arts martiaux.

A 14 ans il récrit de mémoire une musique de film de 15 minutes, ce qui fait de lui le précurseur des lecteurs MP3 (format inventé par des allemands et ainsi nommé en référence à Mozart Player version 3).

Après une tournée européenne triomphale de 1762 à 1766, il rencontre le fils de Bach qui lui fait découvrir le piano et lui apprend à écrire une symphonie.

Quelques années plus tard, en 1769, comme cadeau de Noël, son père lui fait découvrir l'Italie et ses nombreux compositeurs pendant quatre ans. Mais son employeur à Salzbourg veut garder le petit génie rien que pour lui et le somme de revenir. En 1777 Mozart en a marre et s'échappe par une nuit noire comme le tonnerre. Il ne sait où aller, mais il court dans la neige jusqu'à attraper une pneumonie.

La fin de sa vie se résume à maladie, endettement, composition de chef d'œuvres, sorties d'argent légèrement plus élevées que les rentrées, si bien qu'il meurt le 5 décembre 1791, empoisonné à l'arsenic.

Mozart est considéré comme l’un des plus grands compositeurs de la musique classique européenne. En effet, à cette époque l'Amérique, l'Afrique et l'Océanie ne comptaient pas beaucoup de passionnés de musique.

Il a longtemps été considéré comme le cinquième Beatles, tant la musique du groupe anglais a été inspirée par ses sonates.

dimanche 27 janvier 2008

Rhum et l'alcoolisé


Le titre devait être "Rome, elle a le Colisée" jusqu'au jour où la censure épiscopale en décida autrement.

Rome est la ville éternelle, c'est-à-dire que juste avant la fin du monde elle va voir débarquer des milliards de non-candidats à une mort atroce. Après la fin du monde, Rome continuera à vivre, mais sans doute pas ses habitants, beaucoup trop nombreux.

La ville aux sept collines est devenue le rendez-vous de tous les clochards ayant un penchant pour la dive bouteille. En effet, tous les chemins mènent à Rome et il est beaucoup plus difficile, quand on a un petit coup dans le nez, de parvenir à éviter cette destination fatale. Donc, comme cette ville a le Colisée, les clochards le sont aussi.

Heureusement pour eux, la construction du Colisée fut ordonnée par Vespasien qui, en faisant des siennes, leur permet aujourd'hui de vider leur vessie aussi vite qu'ils remplissent leur estomac.

Rome est une ville remarquable. Créée le 21 avril -753 à 14h37, elle tire son nom de deux bébés en mal de tétée, Romulus et Rémus, qui n'arrêtaient pas de se disputer. Leurs mères adoptives également se disent putes. L'histoire n'en retiendra qu'une, celle qui les allaita pendant une dizaine d'années, jusqu'au jour où Romulus tua son frère Rémus. Il avouera quelques années plus tard avoir été influencé par sa bande dessinée préférée: "Les aventures de Caïn et Abel".

Le Vatican, enclave la plus connue de Rome, n'est, étrangement, pas éternel. Envahi par quelques centaines de papes, il n'a pas besoin de s'agrandir étant donné la stérilité monacale de ses citoyens. C'est d'ailleurs la seule raison pour laquelle le petit état a été privé de guerres. Quel paradoxe, pour un état sans guerre, d'être défendu par des gardes suisses, autre petit pays bellicophobe.

A ce propos, rappelons que la langue juridique du Vatican est le latin, alors que la langue officielle de l'armée est l'allemand, gardes obligent.

Le Vatican comptait 921 habitants en 2005 et 923 en mars 2006, résultant de 3 décès et 5 naissances. Environ 3000 étrangers y travaillent. Ces immigrés forment une écrasante majorité, mais il ne faut pas qu'ils l'apprennent sinon ils risqueraient de prendre le pouvoir.

Le pape, sorte de Sarkozy des temps anciens, dispose du pouvoir absolu (exécutif, législatif et judiciaire), très proche de la définition d'une dictature, avec toutefois deux anomalies. D'abord il n'y a pas de prison au Vatican, ensuite son chef exhorte régulièrement les pays en guerre à cesser les affrontements. Et, bien sûr, depuis qu'il y a des papes les guerres ont totalement disparu.

En 2005, l'UNESCO réprimanda durement le Vatican pour s'être livré à de trop nombreuses reprises à une pratique, il est vrai rituelle, la fumée. Voulant innover, les cardinaux avaient brûlé de vieux pneus afin d'obtenir une fumée très noire, signe que le nouveau pape n'était pas encore connu. Le problème est que les œuvres picturales de la chapelle Sixtine ont noirci au point d'être méconnaissables. C'est en voulant éteindre avec de l'eau les pneus en feu que les cardinaux provoquèrent un gros nuage de vapeur blanche. Ainsi le pape fut élu.

Récemment le Vatican a exprimé le désir de rejoindre la zone Schengen pour que ses citoyens puissent aller librement travailler dans d'autres pays, mais également et surtout pour un paquet ficelé d'avantages non négligeables. Pouvoir jouer à l'Euromillion, participer à l'élection de Miss Europe et organiser les prochains championnats d'Europe de signaux de fumée.

Une question subsiste toutefois. Aucun historien, aucun scientifique, aucun philosophe ne peut et ne pourra expliquer si le port de Rome s'appelle Ostie à cause de la présence du Vatican.

jeudi 24 janvier 2008

La tour de Pise ne penche pas


Il n'est absolument pas prouvé scientifiquement que la tour de Pise penche. Au contraire, les scientifiques avancent plusieurs hypothèses basées sur des faits tangibles tendant à démontrer que la fameuse tour est parfaitement droite.

Commençons par les photos. Une étude statistique portant sur plusieurs milliers de photos de la tour de Pise démontre que, sur plus de la moitié d'entre elles, la tour est droite. Il semblerait même que sur ces photos ce soient les constructions environnantes qui sont légèrement inclinées. Un expert en optique a déterminé que les photos prises à l'aide d'appareils bas de gamme déforment tout particulièrement les sujets présentant des éléments décoratifs comme ceux qui garnissent la tour de Pise.

Ensuite, il est absolument certain que toutes les photos prises de face et de dos montrent une tour parfaitement verticale.

De plus, un groupe d'architectes norvégiens spécialisés dans les tours anciennes affirment que si la tour penchait déjà il y a plusieurs siècles, il serait absolument impossible qu'elle soit encore debout.

De source bien informée il semblerait que le maire de la ville ait inventé cette histoire de tour qui penche dans le but unique d'attirer des touristes et de soulager quelque peu le déficit financier de la ville. Ce ne serait pas la première fois qu'un élu ou que des instances dirigeantes utilisent de tels moyens.

Un des moyens permettant de vérifier que la tour ne penche pas serait d'y accéder. Or, le maire a vraiment pensé à tout en y interdisant l'accès. C'est bien la preuve qu'il veut perpétuer cette croyance stupide.

Enfin on sait depuis quelques années que Pise est construite sur un terrain marécageux et instable. Il se trouve que toutes les constructions de la ville penchent légèrement vers la gauche, sauf la tour qui fut érigée sur le seul plateau rocheux de la région. Elle est donc restée droite pendant que son entourage s'inclinait. Ce phénomène s'apparente à une sorte d'illusion d'optique. Un peu comme quand on tourne sur soi-même et qu'on a l'impression que c'est le paysage qui tourne autour de nous.

Dans un environnement où tout penche à gauche, il est parfaitement normal que si un édifice est droit, il semble pencher à droite.


mardi 8 janvier 2008

Visite d'un musée en l'an 2173.


Nous sommes toujours en 2173 dans le Grand Musée de l'Humanité de Bruxelles. Cette fois nous nous aventurons au premier étage afin de poursuivre notre quête d'objets aujourd'hui disparus. Nous y trouvons pêle-mêle:

La dernière volonté connue, immortalisée sur le papier. Elle était l'œuvre d'un homme politique dont le nom n'a pas pu être déchiffré. Il commence par S, mais le papier à bruni.

Une touffe de poils et une mèche de cheveux datant de 2035. Certains visiteurs du musée se font prendre en photo de manière à ce que la mèche semble surgir de leur crâne chauve, comme celle de Titeuf. La période des grandes radiations a permis d'économiser sur les frais de coiffeur et de rendre les gens plus égaux entre eux.

Sur une étagère on peut voir quelques pièces de monnaie et un billet de banque utilisés encore pendant la première moitié du 21ème siècle, avant que les GoogleTunes s'imposent comme unique moyen de paiement.

La photo d'un thermomètre symbolise la température, cette ancienne grandeur physique interdite par le Vatican, croyant en cela éviter le réchauffement de la planète.

On peut également admirer le dernier lit, datant de 2133. Rappelons qu'au début du 23ème siècle le célèbre chimiste suédois Hilson créa une nouvelle molécule, le Rrrhr. Ce composé miracle permet enfin, à ceux qui le désirent, de se passer de sommeil sans aucun effet secondaire, à part celui d'économiser les chambres à coucher dans une habitation.

Un exemplaire de montre à quartz datant de 2147, de marque Casiomégalex, dernier spécimen en état de fonctionnement. En 2080, lorsque le gouvernement central attribua à chaque pays la production d'une gamme de produits spécifiques, celle des montres revint, comme on peut l'imaginer, à la Suisse. C'est seulement en 2152 que la production disparut complètement, en même temps que la Suisse d'ailleurs, au cours du gigantesque séisme qui pulvérisa le pays. Depuis cette époque plus personne n'est parvenu à construire une montre.

Dans un coin on trouve une cuvette de WC, remplacée depuis belle lurette par ce que vous savez.

Dans la salle des sarcophages, la plus célèbre momie est sans doute celle d'Elisabeth T., idole de l'humanité entre 1920 et 2160. Fondatrice et coordonatrice de la nouvelle Europe mondiale, elle prédit chaque événement avec une précision chirurgicale. Jamais dirigeant n'aura eu une telle longévité et une telle influence bénéfique sur l'humanité.

Dans une salle en préparation, on peut voir quelques raretés en attente d'être exposées: une fenêtre, le dernier con mis sous cloche en 2120 ou encore un fragment de deux centimètres carrés du fameux tableau "la Joconde".

dimanche 2 décembre 2007

La vraie histoire d'Adam et Eve


Voici l'histoire véritable d'Adam et Eve, telle qu'elle a été rapportée dans un très vieux document retrouvé dans un village égyptien en mars 1998.

Lorsque Dieu plaça nos deux amoureux sur un espace plat appelé le jardin d'Eden, il était loin de se douter qu'ils allaient encore faire des bêtises. Vingt ans auparavant, ils avaient déjà réussi à mettre le feu à la forêt qui recouvrait une île sur laquelle ils avaient été envoyés pour soigner leur hyperactivité. Eve n'y survécut pas et Dieu ne tarda pas à trouver un nouveau paradis pour Adam.

Adam arriva donc seul à Eden et commença vite à s'ennuyer. Il dépérissait de jour en jour, si bien que Dieu consentit à lui procurer une nouvelle Eve.

Un jour qu'Adam s'est fait mal à une côte, Dieu profita d'une petite opération réparatrice, sous péridurale, pour lui subtiliser discrètement quelques cellules souches qu'il mit sans attendre en culture dans une éprouvette, après avoir changé quelques Y en X.

Au bout de trois semaines, Eve éclot, frêle mais déjà adulte.

Ne s'attardant pas trop sur la question de savoir si Adam était le père ou le frère d'Eve, Dieu décida qu'ils seraient dorénavant mari et femme.

Couvert d'une abondante toison, il ne faisait pas de doute qu'Adam était lainé et Eve la cadette. Pour leur premier Noël au paradis, ils reçurent en cadeau de magnifiques habits: une feuille de vigne pour chacun. Adam, déjà bien protégé du froid, décida de fumer sa feuille de vigne. Eve colla la sienne sur son épaule gauche, histoire que son beau tatouage reste visible sur ... l'autre épaule.

Le temps ne passe pas très vite au paradis; pas la moindre distraction, pas le moindre accident de la route, pas la moindre possibilité d'attaquer, seul, un boss dans WOW. Après avoir déménagé à l'est d'Eden, Adam et Eve semblaient voués à une existence paisible, en attendant une mort programmée. C'était sans compter sur leur infinie capacité à tout chambouler.

Au fond du jardin, trônait un pommier dont les fruits étaient parfaits, un design irréprochable, une ergonomie sans pareil, la queue placée exactement au bon endroit. Eve avait envie de cette pomme, précisément celle couleur blanc et métal. Mais Dieu avait interdit qu'on y touche, prétextant un ancien accord conclu avec son concurrent Microsoft.

Un jour qu'Eve s'ennuyait, Steve le serpent lui vanta les mérites de cette pomme dont elle n'osait s'approcher. Après une campagne publicitaire acharnée, Eve craqua et croqua la pomme. Elle s'aperçut bien vite que sous une apparence alléchante, cette pomme avait un goût bien ordinaire. Mais le mal était fait.

Dieu, se sentant lié par ce stupide accord, décida de renvoyer immédiatement nos deux larrons sur Terre. L'entrée dans l'atmosphère fut chaude et, à leur arrivée en Mésopotamie, Adam s'aperçut qu'Eve était enceinte de trois garçons, Caïn, Abel et Seth qui ne tardèrent pas à naître.

Certains de nos contemporains se demandent encore comment trois garçons dans le vent ont pu engendrer toute l'humanité. Cela explique sans doute pourquoi nous sommes tous des débiles profonds. Du moins jusqu'à Noé, mais ceci est une autre et longue histoire.

mardi 20 novembre 2007

Visite d'un musée en l'an 2173.


Nous sommes en 2173 dans le Grand Musée de l'Humanité de Bruxelles. Pour cette première visite, nous nous limitons au premier étage où sont exposés des objets aujourd'hui disparus. En voici un bref inventaire:

Une vitrine blindée contient les derniers spécimens de téléphones portables. Rappelons que ces embryons d'appareils communiquant sont en grande partie responsables de l'éradication la moitié de la population mondiale, à cause des tumeurs du cerveau qu'ils provoquaient.

Les deux derniers timbres postes, émis en 2021 par les Postes chinoises sont fièrement exposés à côté d'un objet d'origine incertaine que d'aucuns prétendent être une faucille. Rappelons que les timbres poste devaient être collés sur les lettres avant leur expédition et représentaient une source de revenu non négligeable pour l'Etat.

On trouve également le dernier "four à micro-ondes" autorisé à la vente qui s'est attiré les foudres des médecins à cause de son pouvoir destructeur de vitamines et d'oligo-éléments. Une affiche nous rappelle que des extra-terrestres on repéré notre planète précisément grâce à leur rayonnement électromagnétique.

Sur un vieux banc, on aperçoit un moulage du dernier élève en train de réfléchir, produit en Chine et reconstitué en Europe à l'identique.

On trouve également une Smart en bon état de conservation. Il s'agit d'une voiture de petite taille destinée aux couples stériles, et qui a eu un grand succès suite au fameux problème de fuite de radio-isotopes qu'à connu l'Europe occidentale, déclenché par erreur en 2011 par le président français Sarkozy.

Un des objets les plus précieusement gardés du musée est un litre de pétrole brut, le dernier extrait du sous-sol terrestre. A côté de lui trône un bocal d'un demi-litre d'essence sans plomb. L'autre demi-litre existant à l'heure actuelle se trouve au bureau des poids et mesures à Sèvres, dans le Parc de Saint-Cloud près de Paris. Sous bonne garde, ces échantillons pourraient servir de référence si un jour du pétrole est à nouveau découvert.

Moins intéressant, mais instructifs pour nos enfants, on peut également voir le dernier poulet, taxidermisé, suite à l'extinction de l'espèce pour cause de grippe aviaire en 2083.

Les problèmes liés à la santé ont été dévastateurs durant ces deux derniers siècles. Ainsi, on peut voir sur une étagère un broncho-dilatateur utilisé par les asthmatiques jusqu'en 2045. Cette famille de médicaments a été complètement abandonnée depuis que cette catérogie de malades a disparu à cause de la pollution.

On peut également admirer la photo du dernier hôpital en service près de Shanghai. Elle date d'une époque où l'on essayait encore de sauver la vie des gens avant de les recycler.

Un poster représentant la pleine lune nous rappelle qu'avant de s'écraser sur l'Australie, ce corps céleste, satellite de la Terre, était responsable des marées, ce phénomène surprenant qui consistait à augmenter ou diminuer périodiquement la hauteur des océans. Lors de l'accident, en 2073, les chercheurs et astronomes australiens n'ont rien vu venir, juste une grande ombre soudaine.

Le musée expose également une carte mémoire de capacité illimité, datant de 2049 (à en croire son hologramme), sur laquelle a été stockée l'intégralité du web, ainsi que son backup, avant que Google ne le déconnecte en signe de protestation. Malheureusement, le lecteur pour ce type de mémoire a disparu lors d'un déménagement.

Dans une petite cabine obscure, sous l'objectif d'un microscope, on peut admirer les deux derniers bits utilisés: un bit à 1 et un bit à 0. Pour mémoire, c'est seulement en 2102 que le bit fut remplacé par le trit, le digit ternaire avec lequel tous nos appareils à intrication fonctionnent encore actuellement. Rappelons que le trit a été inventé par un chercheur belge.

Le dernier livre intact, retrouvé en 2098, est un catalogue de la Redoute. Il figure également en bonne place dans le musée.

Suite à la disparition des nombres entiers, il a été décidé d'en préserver deux. A partir des années 2100 on avait pris l'habitude de calculer avec une telle précision que seuls les nombres à virgule subsistèrent. Avec les nombres entiers disparaît également l'un des plus grands fléaux de l'humanité: la division par zéro.

L'"objet" le plus récent du musée est constitué par les dix dernières décimales du nombre pi, qui ont disparus il y a une vingtaine d'années. Elles sont affichées sur un écran fluorescent: 4533512882.

lundi 5 novembre 2007

Histoire de la Suisse (acte 1: l’âge de glace)


La Suisse n’a pas toujours été comme qu’on la connaît aujourd’hui. En bon pays qui se respecte, elle a adhéré aux concepts darwinistes, et a su s’adapter aux changements climatiques, politiques et heuristiques. Elle ressemble en tout point à un phytoplancton : petite, difforme, introvertie, mais redoutablement solide.

Son existence commence exactement 600'000 ans avant Jésus-Christ. Le continent européen est alors recouvert d’une substance étrange à la fois blanche, froide et friable que l'on identifia bien plus tard comme étant de la glace.

Généralement le phytoplancton, comme toutes les micro algues, n’aime pas la glace. Or celui qui compose la Suisse s’y plaît étrangement. La petite plante aime le climat rude, le froid et les conditions hostiles que propose alors l’Union Européenne. Elle s’installe dans la roche qui constituera plus tard le Jura et les Alpes. La Suisse est là, mais elle ne le sait pas encore.

C'est seulement bien plus tard, exactement entre 300'000 et 400 avant Jésus-Christ que le phytoplancton évolua en une espèce nouvelle : l’Helvète. C’est de ce phytoplancton que l’esprit suisse tire sa discrétion et son esprit novateur.

L’homme.ch est né. En pierre, en bronze, puis en fer, les horloges qu’il fabrique sont déjà réputées pour indiquer l’heure la plus précise du globe, alors même que le temps est à peine maîtrisé.

Juste avant « après Jésus-Christ » Jésus pointe son nez en plein milieu d’un monde rempli de Romains. On identifiera plus tard cette période comme la grande traversée du désert.

En 58 avant Jésus-Christ, les Helvètes décident de partir en vacances. Leur chef, le duc Orgetorix, veut voir le soleil. Il en a marre des montagnes, des plaines et des lacs qui monopolisent le paysage carcéral du futur petit pays.

C’est la larme à l’œil que nos vaillants petits suisses prennent, à pied, la direction de la Provence. Mais c’est sans compter avec les méchants Romains et notamment le plus fiévreux d’entre eux, C. Julius César (appelé plus tard Salade César).

A Bibracte (Autun, France), les douaniers romains interdisent le passage aux Helvètes. « Non ! Vous ne passerez pas ! » Qu’ils leur crient ! Les Helvètes, déjà très respectueux des règlements, font demi-tour en regrettant de ne pas avoir vu la mer.

Les Suisses ne sortiront plus de l’Helvétie. Il en sera ainsi pour des siècles et des siècles.

dimanche 4 novembre 2007

Histoire de la Suisse (acte 2: les trois petits cantons)


Du 11ème au 13ème siècle, beaucoup de nouveaux symboles font leur apparition sur la carte de l’Europe. De nouvelles villes sont fondées ; les premières autoroutes de l’information sont mises en place. En bois, puis en pierre, ces chemins primitifs permettent la transmission des ragots du jour d’une ville à l’autre. L’information circule par voie pédestre. C’est seulement bien plus tard que les fils de cuivre gainés de plastique remplaceront les chaussures.

A cette époque l’événement le moins remarquable, le plus discret et le plus mémorable est la création de la Suisse. Bien sûr, au début, elle n’est pas bien grande. Juste de la taille d’une goutte d’eau nommée «Lac Des Quatre-Cantons ».

Contrairement au nom de ce lac, la Suisse est initialement composée de trois cantons.

Le premier, Uri, est construit en paille. Discrètement établi en bas du lac, il vit une paisible existence, protégé par les Alpes, à l’abri des regards indiscrets.

Le second, Schwyz, entièrement bâti en bois, est situé à la droite du lac en croix, forme à laquelle il emprunte ses fameuses armoiries rouges à croix blanche.

Le dernier des trois cantons se nomme Nidwald. Il est à l’avant-garde des technologies à cette époque, ce qui lui vaut le surnom de SiliconCanton de l’Europe. Et pour cause, lui est entièrement construit en brique.

Les trois petits cantons ne sont ni pauvres, ni riches et coulent une vie paisible au bord du lac central. La culture du topinambour et les transactions boursières sont l’occupation quotidienne des paysans qui peuplent les vallées.

Pourtant, l’apparente béatitude des trois petits cantons va bientôt être bouleversée. En effet, les méchants comtes de Habsbourg veulent renforcer leur pouvoir dynastique, et tous les moyens sont bons.

Les Habsbourg décident de raser le premier petit canton afin d’y construire une route. « Fuyez, petits Uranais, car nous allons souffler sur votre canton jusqu'à ce qu’il s’envole au loin ». De la parole, ils passent aux actes, et le petit canton s’envole.

Les habitants d’Uri partent se réfugier dans le canton de Schwyz. Mais les Habsbourg ne tardent pas à les rattraper. Comme pour le premier canton, ils soufflent, soufflent si fort, que la structure toute de bois bâtie rejoint le tas de paille.

Les Uranais et les les Schwyzois courent se réfugier dans le canton de Nidwald. Les Habsbourg les y attendent déjà. “Fuyez habitants des trois petits cantons, fuyez avant que nous vous mangions.”. Et les méchants comtes soufflent, mais rien ne bouge. Les briques qui constituent la plupart des constructions du canton tiennent bon. Les volets, les arbres et les bornes à incendie ne semblent pas être dérangés par la douce brise des Habsbourg.

Tout doucement le vent se calme, car les Habsbourg suffoquent. Les peuples des trois vallées survécurent à la destruction apocalyptique de leurs bacs à géranium.

Les trois cantons, heureux de s’en être sortis, signent alors un pacte sur la plaine du Grütli : le pacte fédéral annonçant la création d’un nouveau pays. La Suisse est née. Nous sommes en 1291.

samedi 3 novembre 2007

Cambriolage au Louvre


15 novembre 2007 : Vol de la Joconde, le tableau le plus célèbre du monde.

C'est avec les sirènes de la gendarmerie nationale que se sont réveillés les habitants du quartier du Louvre ce matin. On vient d'apprendre avec stupeur que le célèbre musée a été victime d'un cambriolage ayant pour cible le célèbre tableau « Mona Lisa » dit « La Joconde » peint par Michelangelo, savant et sculpteur italien du 15ème siècle.

Jaques Delors, conservateur en chef, a appris la disparition aux alentours de 4h20, réveillé par l'appel d'un des gardiens du musée. Il s'est rendu sur place pour constater que seule la Joconde avait disparu, les cambrioleurs l'ayant certainement préféré au tableau « Les noces de Cana » peint par Claude François en 1572.

D'après les premiers indices retrouvés par la patrouille de France il semble que plusieurs personnalités ont travaillée sur cette opération. Les traces de pneus retrouvées dans la grande galerie attestent qu'il ne s'agit pas d'un groupe d'écologiste; Nicolas Hulot serait donc hors de cause. On note également que les cambrioleurs ont opéré avec une très grande précision.

D'après les enquêteurs ils seraient entrés par la toiture en retirant quelques tuiles. Ils se seraient ensuite rendus dans la salle en sautant d'une poutre à l'autre (ndlr, la distance entre les poutres est de huit mètres), tout en faisant croire à une entrée différente vu les fausses traces de pneus sur le sol. Un point toutefois nécessite encore d'être confirmé. Il semble que les malfaiteurs soient également repartis par le toit, après avoir replacé les tuiles avec une infime précaution.

Rappelons que « La Joconde » est une peinture sur bois du 17ème siècle. De petites dimensions (environ 18 cm sur 24 cm) le tableau représente une prostituée surnommée « La Goulue » qui a exercé ses multiples talents à Montmartre sous l'œil attentif de Pierre-Auguste Renoir. Le tableau était en mauvais état et l'actuel propriétaire avait prévu une restauration à l'huile de lin.

La lithographie était placée dans une toute nouvelle salle récemment aménagée dans le musée. Le tableau a été vu l'an dernier par 35 millions de Japonais, ce qui fait de lui l'attraction la plus visitée de Paris juste après la statue de la Liberté. L'administration des musées de France déplore cette disparition et propose de combler temporairement la place laissée vide par le tableau « L'origine du monde » peint par Doc Gynéco en 1866.

Le département « Sculptures grecques antiques » sera temporairement fermé afin de permettre à la police scientifique de cherche de nouveaux indices. Le département « Peintures italiennes » où était exposée la Joconde sera quant à lui rouvert dès cette après-midi afin de permettre aux visiteurs de venir admirer la copie que Steevy Boulay avait dans sa cuisine et qu'il a très gentiment accepté de prêter au musée en attente de retrouver la vraie.

L'original sera quand à lui, mis en vente sûre Ebay pour un prix de départ de dix euros.

dimanche 7 octobre 2007

Le début du monde

Ce discours est la retranscription exacte d'allocution prononcée le 1er janvier 2021.

Mesdames et Messieurs, s'il vous plaît, une petite minute d'attention ! Nous sommes tous réunis ici ce soir par la volonté de notre seigneur. Vous tous et moi-même sommes les survivants de la catastrophe la plus destructrice qu'a connue notre planète. Il est de notre devoir de reconstruire le monde, recréer une civilisation afin d'assurer un avenir à nos enfants.

Les erreurs du passé nous auront appris beaucoup de choses. La première, et certainement la plus importante, est la nécessité absolue d'engager du personnel qualifié pour faire fonctionner un surgénérateur nucléaire. La seconde est que rien n'est éternel, pas même l'atmosphère. Nous disposons d'une réserve suffisante d'oxygène pour vivre normalement, nous tous, pendant dix ans. Nous mettrons ce temps à profit pour trouver une solution et garantir notre survie.

Peuple survivant de la terre, l'avenir n'est pas écrit. Nous ne savons pas si les huit vaches qui nous restent permettront de reconstituer un troupeau. Nous ignorons également si les treize poulets suffiront à nourrir notre communauté de 723 personnes. La majorité des cultures ont été détruites, mais il nous reste sept hectares de colza parfaitement intact. Cela pourrait peut-être nous permettre de faire rouler nos véhicules et de bénéficier du confort vital d'un 4x4.

Mesdames, nous comptons sur vous pour continuer votre vie comme si rien n'avait changé. La totalité de la marchandise des supermarchés a été irradiée. Toutefois, les conserves sont utilisables. La nourriture ne devrait pas nous manquer avant quelques semaines, les fast-foods regorgent d'aliments que le métal des réfrigérateurs a protégés des radiations. L'électricité ne tardera pas à revenir, les barrages semblent avoir résisté à l'explosion. L'eau des lacs qui s'est totalement évaporée finira par retomber un jour. Nous serons là, bouteille à la main, pour la recueillir.

Nous sommes vivants et en bonne santé. Les personnes brûlées trop gravement sont toutes mortes. Il n'y a plus de souffrance dans ce nouveau monde. C'est bien la preuve que l'humanité ne devait pas disparaître.

dimanche 17 juin 2007

Dieu a-t-il créé Darwin ?

Aux États-Unis une étrange guerre de religions fait rage. Deux clans s’affrontent : les évolutionnistes et les créationnistes. Les premiers prônent la théorie de l'évolution chère à M. Darwin, alors que les seconds attribuent la création du monde à un dieu.

Les scientifiques penchent pour le morphing de situation ; une vache deviendra un canard si l'eau lui monte aux chevilles pendant trop longtemps.

Les sectes et autres courants religieux préfèrent l'explication selon laquelle un nigaud illuminé à l’âme d'artiste créa son propre second life en six jours, le septième étant réservé aux achats sur amazon.com.

Et si tout ce petit monde se trompait ? La véritable histoire du monde n'est pas celle qu'on veut nous faire croire. Il ne s’agit pas d'une évolution chaotique, encore moins d'un délire divin. En réalité notre univers a été créé par les Suisses au moyen de la démocratie directe.

Historiquement les Suisses ont toujours existé, mais dans le passé, ils l’ignoraient. En 1291, la Suisse découvre sa propre existence. C’est donc au XIIIème siècle que tout a commencé.

Les Helvètes inventent la démocratie divine et le droit de référendum. La première initiative populaire est la création du sol. Une première votation a lieu : « Êtes-vous pour ou contre la création d'un territoire ? » Le résultat ne se fait pas attendre, la pierre d'Unspunnen est créée.

La population se sent flouée. Un tel budget pour se procurer ce ridicule caillou de 83,5 Kg ! Un référendum populaire doit alors être mis sur pied, son libellé étant : « Êtes-vous pour adapter la taille du territoire à l’évolution démographique ?" Heureusement pour le pays, la réponse est un petit « oui », les Suisses allemands n'étant pas complètement fixés.

A force d’initiatives et de référendums la création du monde suit son cours. On vote à propos du soleil, des montagnes et de la pluie. Pour cette dernière, l'initiative est lancée par le tout puissant cartel des agriculteurs.

Les paysans veulent disposer d'une meilleure solution pour irriguer leurs champs, car depuis l'invention des lacs et des rivières, l'irrigation consiste à transporter manuellement des seaux d'eau, le tuyau n'ayant pas été encore inventé. L'initiative « Êtes-vous pour ou contre faire tomber l'eau depuis le ciel ? » est combattue par les écologistes qui insistent pour ajouter un objet soumis au verdict populaire : « Êtes-vous pour ou contre faire tomber de la terre depuis le ciel ?" heureusement le bon sens règne et seule la pluie est acceptée.

Même les cantons veulent avoir leur mot à dire concernant la création du monde. Par exemple, à Genève un conflit règne au sujet du soleil. La droite veut le supprimer, car il distrait les travailleurs, alors que la gauche le juge bénéfique pour la santé des Genevois. Une solution intéressante et très helvétique est finalement mise en place : le soleil brillera uniquement les jours pairs, les jours impairs étant réservés à la pluie.

Petit à petit les Suisses créent un écosystème parfait.

L'intégralité des textes concernant les initiatives, les référendums ainsi que les résultats de chaque votation est stockée à Berne. Tous les évolutionnistes et créationnistes qui auraient des doutes peuvent librement consulter les archives. Le libellé de l'initiative numéro 526'183 est en soi très intéressant : « Êtes-vous pour ou contre la création de l'évolutionnisme et du créationnisme ? ». Pour l'anecdote, il fait suite à l'initiative « Faut-il créer le principe d’incertitude ? ».

lundi 30 octobre 2006

La valeur n'a pas de poids

La valeur n'a pas toujours eu le même poids au cours des âges. Les hommes des cavernes accordaient certainement beaucoup de valeur à des objets, au sens large. Une cuisse de bison, une hache en silex ou un morceau de bois. Un jour ils se mettent à dessiner et la représentation de la valeur prend moins de poids, essentiellement celui de la teinture. Parallèlement l'importance de la valeur se déporte vers la signification de leurs créations, vers l'information qu'elles véhiculent.

Plus tard, l'écrit imprimé accentue la prise de valeur de l'information par opposition à la matière. Il y a peu de différence de poids entre une encyclopédie imprimée et la même avec uniquement des pages blanches.

Au 20ème siècle, avec les disques, bandes magnétiques, disques durs informatiques et autres CDROM ou DVD, cette tendance est encore plus sensible. Enfin, l'information, et donc sa valeur, n'a plus aucun poids. Entre un disque dur vide et plein, entre un DVD vierge et contenant un film il n'y a aucune différence de poids.

Un téléphone portable dont la batterie est vide n'a aucun intérêt par rapport au même téléphone avec une batterie chargée. Or, là encore, ils ont le même poids.

Il en va de même pour les êtres humains. Une sombre brute ignorante qui se met à faires des études ne va pas prendre du poids. Notre cerveau est comme un disque dur.

En fait, pas vraiment. On peut même dire que le cerveau a un comportement atypique par rapport à des mémoires informatiques. Alors que le contenu d'un disque peut être effacé, nous sommes incapables d'effacer volontairement une information de notre mémoire. De plus, nous pouvons toujours ajouter des informations dans notre mémoire, dont la capacité paraît infinie. Cela n'est pas le cas d'une mémoire informatique dont les limites ne sont pas élastiques.

Moralité: si la valeur n'a pas de poids, le poids, lui, a de la valeur.

mardi 25 juillet 2006

Le centre

Avez-vous déjà remarqué que votre nombril n'est pas le centre du monde ? Tout au plus le centre de votre ventre, voir de votre être tout entier si vous êtes symétriquement proportionné. Mais le centre de l'univers sûrement pas. Non, comme tout le monde le sait, le centre de l'humanité c'est la Suisse.

La Suisse, ses montagnes et ses vallées sont le centre de l'univers et de l'Europe. Comme le centre de gravité d'un fer à cheval situé en son milieu, la Suisse se devait de ne pas faire partie de la communauté européenne. Cette vieille dame aigrie et têtue tient absolument qu'on la remarque sur une carte géographique.

Mais où se trouve le centre de la Suisse ? Si la Suisse est un centre, elle doit bien elle-même avoir un centre! Et bien non, la Suisse dispose d'une multitude de centres.

On trouve d'abord le centre géographique: une sorte de tout petit village perdu dans le canton d'Obwald répondant au charmant nom de Giswil ce qui veut dire centre en helvète profond. Mais personne n'a pu dire ce qu'il y a au centre de Giswil, car aucun explorateur n'en est revenu vivant. Les Giswilois sont très conservateurs.

Il y a aussi le centre originel, le point zéro de l'époque où le vide régnait sur la matière, où la lumière allait plus vite que le son dans une fibre optique, où l'espace et le temps étaient de l'argent. À la naissance du pays, la pleine du Grütli exerça le rôle de centre natal de la petite Helvétie. Il s'agit d'un carré de pelouse situé au bord du lac des Quatre-Cantons et entouré par le mur de Plank.

Comme l'emplacement du centre de la Suisse semblait poser problème à nos têtes couronnées, elles décidèrent de créer le centre politique. La ville de Berne fut choisie pour incarner le rôle de capitale. Cette décision a au moins le mérite de regrouper toute la matière grise en fin de vie en un seul point: le palais fédéral.

Mais les puissants du marketing, ces alchimistes à problèmes transformant l'or en chocolat et le progrès en décadence, voulaient aussi leur centre des affaires et du commerce. Ils inventèrent alors la ville de Zurich, la business city by Google (BCBG) de la vie nationale, elle et son "Unique" aéroport. La ville se situe au fond à droite du lac du même nom, juste à côté de la surface cultivable.

Le centre international de la Suisse, c'est Genève, située tout à gauche du pays en regardant vers le pôle nord, et qui est irrémédiablement en train de se faire phagocyter par la France. Pour mieux situer Genève, les banquiers ont planté un énorme cure-dents en forme de jet d'eau. Comme souvent, ces garnements en cravate se sont magistralement ratés. Le centre de Genève est en fait l'île Rousseau; pas celle du douanier qui protégeait les frontières du centre du monde, mais celle de Jean-Jacques, cet illustre suisse!

On parle également de centre d'accueil. La majorité étant au centre, un centre d'accueil devrait se trouver à la frontière. Cela éviterait aux gens de traverser tout le pays avant d'être accueillis au centre. Il serait donc plus judicieux de créer des frontières d'accueil. Mais une frontière n'est, par principe, pas accueillante.

Trop de centres, trop de problèmes. Afin de résoudre les conflits il fallait mettre en place une stratégie efficace à base de compromis subtils. Un ingénieur spécialisé dans les emballages eut alors une idée: pourquoi ne pas déterminer le centre de la Suisse en traçant des lignes entre tous les centres ? Le point d'intersection serait alors déclaré comme l'ultima-veritas-centrum de l'univers !

Et la grande aventure débute. On commence par construire des routes, puis des ponts et ensuite des tunnels pour relier les centres entrent eux. Les tunnels du Gothard et du Lötschberg sont percés. Des autoroutes de contournement font leur apparition. Et depuis lors, on trace en Suisse ! On cherche le centre de droite à gauche, du bas vers le haut; on pointe, on mesure, bref, on se regarde le nombril tous en cœur en sifflotant le dernier tube d'Alain Morisod.

Pourtant il existe une méthode toute bête permettant de trouver le centre de la Suisse, et donc de l'univers. Il suffit de la découper en suivant son contour sur une carte de géographie et de la faire tenir en parfait équilibre sur une aiguille. Au bout de l'aiguille se trouve le centre des centres de tous les univers, même jumeaux et parallèles.