Salvador Dali a créé les horloges molles, mais tout notre environnement ne s'est pas ramolli pour autant. Or, il semble que certains choix de Microsoft influencent entièrement notre vie quotidienne. L'exemple le plus flagrant concerne les reflets, apparus essentiellement avec Windows Vista. De belles icônes avec un reflet dans la partie inférieure comme si elles étaient posées sur un table en verre fumé. Mais pas n'importe quel reflet; environ un tiers de la hauteur de l'objet, avec un effet de dégradé dans la transparence, droit par rapport à l'objet, bien que ce dernier puisse être mis en perspective. L'effet a visiblement été le fruit d'une réflexion approfondie au niveau du graphisme. Et voilà que l'"effet Vista" envahit notre vie, parfois de manière élégante, mais le plus souvent sans goût et sans talent. Certains infographistes de bas étages vont jusqu'à placer des reflets incohérents sous des images. Ils se sentent autorisés par l'ignorance de leur incompétence à utiliser des reflets qui ne sont pas du tout le miroir du contenu de l'image, mais plutôt de pâles taches de couleur. D'autres se permettent d'inventer des reflets ne répondant à aucun critère connu de graphisme. Que l'on trouve l'effet Vista même dans les petites annonces des journaux, pourquoi pas. Mais lorsque la télévision s'en mêle, l'informatique a mal, très mal. Depuis quelques mois, on voit apparaître le fameux effet de miroir lorsque des personnes se déplacent à l'image. Non, la télévision n'est pas un écran d'ordinateur. Non, une personne n'est pas une icône (à part de rares exceptions). Rien n'est plus laid qu'une séquence vidéo avec un reflet en permanence aux deux tiers du haut de l'écran. Revenons à l'origine. N'oublions pas que cet effet n'est pas omniprésent dans Vista, bien au contraire. Il faut savoir créer, doser, varier, puis changer. Microsoft avait déjà créé un style une douzaine d'années avant l'arrivée de Vista, avec Windows 95. Les nuages utilisés alors ont également été reproduits, copiés et maltraités à de multiples reprises. Un nuage est un nuage; au pire il peut lasser. Mais un mauvais reflet discrédite complètement son auteur. L'intention n'est pas de lancer des fleurs à Microsoft ou à d'autres, mais de combattre la médiocrité dégradante. Le cerveau existe, trouvons-lui une utilité. Moralité: ceux qui ne disposent ni d'imagination ni de talent devraient prendre garde et ne pas faire n'importe quoi, sinon ils vont redevenir n'importe qui. Ou alors qu'ils s'abstiennent! 
lundi 6 avril 2009
Réflexion sur les reflets
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Libellés : Informatique
jeudi 19 mars 2009
Questions sans réponse
Pourquoi le sel fond-il dans l'eau et le sable pas ? Si nous avions un autre nez et des oreilles de forme différente, comment nos lunettes tiendraient-elles ? Si on inventait des voitures qui roulent en consommant du CO2, faudrait-il pour autant les utiliser à tort et à travers afin assainir la planète ? En Suisse, les primes d'assurance maladie obligatoire augmentent de 10 pourcent par année et les salaires seulement de 2 pourcent. Dans combien d'années la totalité du salaire ira dans les primes d'assurance ? Quelle différence y a-t-il entre un logiciel libre et une femme libérée ? Au restaurant, lorsque vous demandez du vin rouge ouvert, êtes-vous vraiment indécis? Comment faudrait-il libeller cette question pour les daltoniens ? Le steak d'un bœuf anémique peut-il être servi saignant ? Si les bassets étaient moins longs comment pourrait-on les distinguer des Yorkshires ? Pourquoi l'intelligence a-t-elle une limite, alors que la connerie est sans bornes ? En déduire la proportion de personnes intelligentes dans la population. Peut-on être plus immobile que lorsque l'on est arrêté ? Question complémentaire: peut-on mettre en réserve de l'immobilité pour s'en servir lors d'excès de vitesse ? Comment dit-on Ikea en latin ? Pourquoi les meubles de chez Ikea sont-ils vendus sans notice de démontage ? Peut-on considérer cette lacune comme anti-écologique ? Si les ballons de football étaient cubiques, y aurait-il autant de hooligans dans les stades ? Pourquoi les minuteries ? Pourquoi les heures tournent, plutôt que les aiguilles ? Faites un schéma d'une montre dont les heures tournent et les aiguilles indiquent la date. 
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Libellés : Questions
lundi 9 mars 2009
Nous sommes des redondants.
A bien y réfléchir l'être humain est suréquipé. Pour un euro de plus, nous bénéficions d'éléments de réserve, alors que notre corps n'en est même pas conscient. Cette constatation divise nos organes en deux familles trop injustement différentes: ceux dont nous disposons à un seul exemplaire et ceux dont nous possédons plusieurs spécimens semblables. Etonnamment, les organes de la première catégorie sont souvent vitaux, tels le cœur, le cerveau, l'estomac. En revanche, les organes de la seconde catégorie ne sont pas tous directement indispensables à notre existence. Pourquoi avons-nous deux oreilles et un seul cœur, lorsque l'on connaît les ravages des maladies cardiaques ? En fait une seule oreille n'est pas très handicapante et permet de mener une vie peu différente de son équivalent en stéréo. Il serait bien pratique d'avoir un second cœur en cas de défectuosité du premier. Mais voilà, le second est souvent artificiel ou alors pas le nôtre. Pour les yeux même constat. L'être humain s'adapte assez facilement à la vision monoculaire. L'essentiel est de voir, même si le relief n'est pas toujours au rendez-vous. En revanche, pas de vision du tout est catastrophique. Et les cheveux ? Depuis bien longtemps l'homme sait se couvrir lorsqu'il a froid. Les toisons de tous poils ne nous sont d'aucune utilité, sauf pour les marchands de cire chaude ou les coiffeurs. Un monde sans blondes et sans chauves ne serait-il pas plus équitable ? N'en déplaise aux créationnistes, tant d'organes superflus sont forcément issus d'une lente évolution. Et d'ailleurs, nous mettrons longtemps à nous en débarrasser, faute d'emploi. Pour quelle raison aurions-nous été créés avec deux narines toujours simultanément bouchées, deux yeux avec plein de défauts, deux oreilles avec tant de puces, autant de poils chez les femmes qui n'en veulent plus et de moins en moins chez les hommes qui se dégarnissent ? L'être humain idéal aurait été très facile à créer. Pas un seul poil, une oreille sur le front, un œil juste en dessous, un évent sur la tête, deux canines, quatre incisives, huit molaires à droites et de la place de stockage à gauche, une peau noire pour éviter les coups de soleil, pas d'appendices, deux cœurs, un poumon, un gros rein très fiable, un intestin d'un mètre de long inconstipable, des genoux avec ménisques en kevlar et peut-être un cerveau qui utilise enfin toutes ses capacités. C'est pourtant simple! Le seul avantage des organes redondants est d'en permettre le don de son vivant. 
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Libellés : Science
samedi 7 mars 2009
Tony, épisode 9. La pensée de l'autre.
La découverte de ce moyen de communication insoupçonné apporte de grands espoirs à Tony et Juliette. En réalité ils ne savent pas s'il s'agit réellement d'ondes alpha ou d'une autre fonctionnalité de leur cerveau. Dans leur état, disposer d'un moyen de communication instantané et non basé sur le langage donne une nouvelle dimension à leur existence. Pour le moment, ils peuvent se transmettre directement des pensées, des sentiments, voire des émotions. C'est ainsi que Juliette surprend Tony en train de fantasmer sur elle. Il l'imagine en adolescente, style mannequin, avec un corps de rêve. "Tony a dû oublier que j'ai 42 ans", se dit-elle en se remémorant chaque détail de son corps, qu'elle n'a plus vu depuis des mois, mais qui est toujours présent. A l'usage, cette sorte de télépathie se révèle gênante par son irrespect total de la sphère privée d'autrui. Habituellement on ne peut obliger personne à parler, ou plus généralement à communiquer, contre son gré. Or, dans notre cas, on peut s'immiscer discrètement dans les pensées des autres, se mettre sur écoute à distance. Impossible de mentir ou de cacher quelque chose. Cette véritable arme d'espionnage devrait leur permettre d'en apprendre un peu plus sur leur situation. Mais pour le moment, ils décident d'un commun accord d'essayer de préserver leur vie privée. Sur une idée de Tony, ils essayent de se construire une barrière mentale empêchant les autres de savoir à quoi ils pensent. Ne pouvant empêcher leur cerveau d'émettre en permanence, ils s'entraînent à mettre en place un processus fonctionnant indépendamment et en parallèle du reste de leur encéphale. Après plusieurs jours, le résultat semble atteint. Chacun d'eux parvient, lorsqu'il veut garder son intimité, à émettre un signal plus intense que les autres et diffusant une sorte d'écran de veille. Ils parviennent même à choisir le type d'émission: image fixe, scène ou pensée. Tony avait bien entendu parler des pouvoirs potentiels du cerveau, mais là, il n'en croit pas ses yeux. Il peut le programmer, le contrôler, le connecter comme un ordinateur. Juliette se lance un nouveau défi: réussir à amplifier les signaux en provenance d'autres personnes. Pour le moment elle estime son rayon d'action à environ deux mètres. Elle a affiné cette approximation en écoutant les réactions de ses compagnons d'infortune lorsque des événements externes se produisaient, tels qu'une lumière qui s'allume ou la traversée du local par Clémence. Malheureusement la communication est à sens unique, sauf avec Tony. Il n'y a aucun moyen d'enseigner aux autres prisonniers cette télépathie, puisqu'ils ne sont pas à portée de communication oculaire. En revanche, Juliette entend tous les cerveaux qui l'entourent. La plupart d'entre eux végète et déprime. Seuls trois ou quatre pensent, raisonnent et se posent des questions. Certains prient, d'autres pleurent et expriment des désirs de mort. Le but étant de collecter des informations, et le cas échéant de s'évader de cette prison improbable, Tony et Juliette vont tout faire pour espionner leurs geôliers. 
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Libellés : Science
lundi 2 mars 2009
Tony, épisode 8. La panne.
Le téléphone sonne. Tony sursaute et sort de son sommeil en un instant. Il est quatre heures du matin. Heureusement sa femme n'a rien entendu et continue à dormir. Il prend le téléphone et descend au salon. Son collègue de travail Michel a absolument besoin de lui à la clinique, car une urgence nécessite la présence de deux médecins en salle d'opération. "Viens aussi vite que tu peux, Adrien. La patiente est dans un état critique. Je commence l'opération en t'attendant. Ah! J'oubliais. Cette femme, tu la connais très bien". La lumière éblouit Tony, tel un projecteur dans les yeux d'un suspect. Pendant un moment il est complètement aveuglé. Ne pouvant pas fermer les paupières, il a mal aux yeux. Il essaie de se calmer, d'occulter mentalement la lumière. Petit à petit sa vue se normalise. Il aperçoit Juliette, toute paniquée. Elle essaie de lui dire en bégayant qu'elle a eu la peur de sa vie, mais que probablement il s'est agi d'une panne d'électricité. Tony lui fait part de sa vision. En réalité il s'appelle Adrien. D'ailleurs il ignore pourquoi il a cru s'appeler Tony. Pour simplifier, ils décident de garder Tony, plus court à épeler. Il faut une bonne heure pour que tout revienne dans l'ordre. Heureusement que les bocaux sont munis d'accumulateurs, faute de quoi ils n'auraient certainement pas survécu. En fait, cela aurait certainement mieux valu pour Tony et Juliette que la panne dépasse l'autonomie des bocaux, car il se trame quelque chose d'inhabituel dans le local voisin. Ils le perçoivent par les vibrations transmises sur le sol, puis, indirectement aux bocaux. Tony en profite pour mettre à contribution son embryon d'oreille, mais celle-ci manque cruellement d'exercice dans cet univers peuplé d'yeux. Tony n'est pas croyant, mais Dieu est une idée qui l'a déjà interpelé à plusieurs reprises, et dont il n'a jamais osé parler à Juliette. Il écoute, du mieux qu'il peut, mais il manque de repères. Il ne sait pas comment, ni quoi écouter. S'il devait choisir entre sourd et aveugle, il n'hésiterait plus un instant. Beethoven a fait le bon choix. Tout à coup Clémence traverse le local en s'écriant: "Il est vraiment trop con, ce Portier!" Malheureusement Tony ne la voit qu'en silhouette, du coin de l'œil, là où les images sont floues. En reconstituant la scène qu'ils ont vue chacun sous un angle différent, lui et Juliette n'en tirent aucune information utile, si ce n'est cette histoire de portier, autour de laquelle ils bâtissent une bonne dizaine de théories prenant en compte une porte et la panne de courant. Cet événement aura eu l'avantage de les distraire, sans plus. Le lendemain, la routine: pensée le matin, philosophie après le repas de midi, et le soir, pour terminer, quelques idées noires et déprimantes. Inconsciemment l'épisode de la veille les pousse à agir, si l'on peut dire. Ils décident d'explorer d'autres moyens de communication. Tony se souvient vaguement des ondes alpha, sortes d'émissions électromagnétiques du cerveau, tout à fait décelables à l'aide d'appareils électroniques, donc bien réelles. Puisque le cerveau peut les émettre, ils se disent qu'il doit forcément aussi pouvoir les détecter. Ils entreprennent donc de longues séances de concentration, avec divers protocoles pour les fréquences et amplitudes des signaux émis. De toute manière, ils n'ont rien d'autre à faire et parler avec les yeux, au bout de quelques semaines, ça fatigue. Etonnamment, après quelques heures d'exercices, ils parviennent à ressentir des signes étranges, mais bien réels. Cette ébauche de communication à l'air de fonctionner. Ils s'adonnent à leur langage favori, le morse. Au début, cela reste bien plus laborieux qu'avec les yeux. Sur une idée de Juliette, ils essaient de se transmettre non plus des lettres et des mots, mais des images, puis de idées. Pendant plusieurs jours leurs efforts restent vains. Jusqu'au moment où Tony voit apparaître dans sa pensée, une plage avec des palmiers, comme sur les prospectus d'agences de voyage. C'est en fait sa partenaire qui lui a transmis cette scène. Encore quelques jours d'entraînement acharné, et voilà nos deux coupés du monde en train de communiquer à vitesse grand V. Ils utilisent un moyen que personne d'autre n'a jamais expérimenté. La télépathie à l'état pur, comme dans les films de science-fiction. Enfin une compensation à leur triste sort! 
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Libellés : Science
dimanche 1 mars 2009
Tony, épisode 7. La puissance du cerveau.
Il ne sait pas pourquoi, mais Tony a l'impression que Juliette lui cache volontairement quelque chose. Elle élude, elle fuit parfois, tout en restant très attentionnée. En fait, elle veut éviter que Tony ne lui claque entre les mains, comme tant d'autres. Pendant se moments de détente, c'est-à-dire lorsqu'il arrête momentanément de se torturer l'esprit pour savoir pourquoi on lui a torturé son corps, Tony tente de rassembler ce qui pourrait s'apparenter à une démarche scientifique, du moins à une réflexion objective. Les questions qu'il se pose sont nombreuses, mais les réponses qu'il leur trouve sont maigres. Devient-on forcément fou sans son corps ? Si oui, au bout de combien de temps ? Un cerveau peut-il souffrir ? Peut-on réorganiser son cerveau et le contrôler à la manière d'un ordinateur ? Ne dit-on pas que les ordinateurs sont des cerveaux électroniques ? Les seuls moyens dont il dispose pour y voir plus clair sont son intelligence, l'observation et ses discussions avec Juliette. Depuis plusieurs jours il a observé que le rythme de fonctionnement de son cerveau est périodiquement ralenti, une sorte de manque de tonus. Peut-être cela correspond-il à une phase de sommeil paradoxal. Tony a pu mesurer la durée de ce cycle en demandant l'heure à Juliette. En effet, depuis sa position elle peut apercevoir le reflet d'une pendule dans la vitre de la porte blindée qui les sépare d'un local inconnu. Il l'estime à 18 heures, alors que le rythme circadien varie habituellement entre 20 et 28 heures, avec une moyenne de 24 heures et 12 minutes. Le cerveau seul se fatigue. Bien qu'il ne puisse fermer ses yeux, Tony peut se relaxer juste après ces phases relativement agitées. A ce moment, ses yeux ne transmettent plus d'images au cerveau. Il pourrait s'agir de sommeil, duquel toutefois il peut sortir à son gré. Tony a également remarqué comme une sensation de faim juste après d'intenses discussions avec Juliette ou après de profondes réflexions. Comment un cerveau peut-il avoir faim ? Tony se souvient que cet organe est un gros consommateur d'énergie. Mais il ignore que cette énergie lui est apportée de manière régulière, par une pompe, sous forme d'oxygène, de glucose, de sels minéraux et de lipides. Son impression de faim vient du fait qu'il consomme momentanément plus d'énergie que celle qui lui est fournie. Sous chaque bocal un système sophistiqué constitué d'un circuit de contrôle, d'un accumulateur, d'une pompe et d'un double système de tuyaux. Le premier apporte les nutriments, le second l'oxygène. Le tout est injecté dans un circuit fermé de circulation de sang. Il arrive à Tony de faire des expériences, par exemple rester "sans dormir" durant trois jours sans constater une augmentation du besoin de sommeil. Il essaie également de creuser dans sa mémoire, sans vraiment de méthode, mais en se concentrant de manière particulière. A l'aide de ce procédé sa mémoire se livre toujours un peu plus. Les progrès sont lents, mais Tony espère pouvoir combler complètement le trou béant qui l'empêche de comprendre ce qui se passe. Il essaie de contrôler sa mémoire comme celle d'un ordinateur, parvenant même à déplacer de l'information. Il est une caractéristique qui distingue l'homme de l'ordinateur: notre cerveau peut apprendre, mais on ne peut pas effacer volontairement des informations. Pourtant Tony y parvient, simplement en prélevant l'information de son emplacement originel et en l'éparpillant dans des zones moins facilement accessibles. Il a constaté que ces informations se perdent définitivement en quelques heures. Alors qu'il expose et explique ses constatations à Juliette, tout à coup, le noir total. Il ne voit plus rien. Pourtant il est vivant, puisqu'il pense. Lui aurait-on coupé les yeux ? Juliette aurait eu le temps de l'avertir! 
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Libellés : Science
samedi 28 février 2009
Suicide par procuration
La procuration est un concept attrayant permettant de donner à un mandataire le pouvoir d'agir ou de décider pour notre compte. Le service rendu peut être gratuit ou rétribué. La procuration, au sens large, est omniprésente. Une entreprise qui délocalise sa production en Asie, fait de la fabrication par procuration. Un tueur à gage est un meurtrier par procuration. Simple et d'autant plus efficace que la rétribution est rondelette. Le nerf de la guerre étant surtout actif en temps de paix, la procuration rend de nombreux services. Payer quelqu'un pour faire la queue dès deux heures du matin, afin d'être sûr de pouvoir acheter un iPhone. Demander à une fiduciaire de remplir les fastidieuses déclarations d'impôts. Faire promener ses chiens ou garder ses enfants. Enregistrer une émission de télévision en son absence en délégant cette tâche à une pauvre machine. Puisque le meurtre par procuration existe depuis la nuit des temps, pourquoi en irait-il autrement pour le suicide ? Une agence propose actuellement le suicide par procuration. L'idée est simple. Toute personne manifestant un désire de suicide est prise en charge par des spécialistes capables de juger du bien-fondé de la demande. Une recherche est ensuite lancée afin de trouver une personne du même âge, du même sexe et ayant le plus de traits communs avec l'intéressé. Mais surtout, il doit être également un "vrai" candidat au suicide. Pour éviter tout problème, le correspondant est choisi dans un pays assez éloigné. Actuellement, la grande majorité des offres vient de Chine et de Birmanie. Le candidat au suicide virtuel doit s'acquitter des frais administratifs. Il peut, s'il le désire, proposer une somme d'argent à son suicidant, ou plutôt à sa famille. Une fois les formalités remplies, il s'installe dans un fauteuil. Face à lui, un écran de télévision sur lequel il peut voir son alter ego, confortablement allongé sur un lit, dans un décor entièrement de couleur turquoise. Lorsqu'il le décide, il appuie sur un gros bouton vert, agissant à distance sur une seringue destinée à l'injection létale. Cette action prend son effet uniquement au moment où la personne d'en face confirme en actionnant également un bouton. La mort survient au bout de deux à trois minutes, mais n'est pas perceptible. L'enregistrement de toute la scène est fourni au suicidé par procuration sous forme de DVD. Généralement sous le choc, il reste quelques heures sous contrôle psychologique. Dans la majorité des cas, après s'être suicidée virtuellement, la personne reprend goût à la vie et peut mener une existence tout à fait normale et épanouie. Le vrai mort, quant à lui, a pu bénéficier d'un suicide propre et légal. Les plus prévoyants peuvent également décider de léguer leurs organes. Ce business, du type gagnant-gagnant, commence à prendre de l'ampleur. Pour le moment on ne dénombre aucun cas de récidive, ce qui fait dire aux gouvernements concernés qu'un tel procédé répond à un réel besoin. Des juristes planchent sérieusement sur le sujet. Pour le moment ils n'y voient aucune dérive morale, ni légale; pas plus que dans le cas des mères porteuses. 
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Libellés : Délire
mardi 17 février 2009
Gratuit, c'est trop!
Les hommes des cavernes passaient le plus clair de leur temps à chasser, marcher, tailler des cailloux et se faire tuer par de méchants animaux sauvages. Tout se gagnait à la sueur de son front. C'était "bosse ou crève", mais c'était la belle vie. Pas de pollution, à part le barbecue de la grotte voisine. Pas de moyens de communication; ça tombait bien puisque les hommes n'avaient rien à se dire. De temps à autre ils se mettaient au dessin sur les parois du salon. Pour les femmes c'était plutôt l'oral que l'écrit. Pas de journal télévisé, ni de journal. Pas d'électricité, donc pas de factures. Pas d'état, donc pas d'impôts. Pas de lois; si, celle du plus fort. Plus tard, ce sera celles du plus riche. Mort assurée entre 25 et 30 ans, donc pas besoin de s'occuper des petits- enfants. Possibilité de se promener à poil, pas de coup de soleil, donc pas besoin de crèmes solaires. Pas d'Euro-millions, donc pas de jaloux. Une vie de rêve. Un peu plus tard, vers 1950, stabilisation des acquis, créations de nombreux problèmes. Essais répétés de destruction de la planète, mais sans succès. Monde entièrement en noir et blanc, car pas encore de télévision couleur. Les riches comprennent qu'ils peuvent s'enrichir encore plus, les pauvres comprennent qu'ils n'ont qu'à la fermer. L'espérance de vie commence à dépasser l'âge de la retraite. L'euthanasie fait peur, on invente donc les rentes en cas de survie suspecte. Travail, beaucoup de travail, peu de loisirs, très peu de loisirs. Un film au cinéma une fois par année. Des enfants qui naissent sans arrêt. On essaie d'en noyer quelques uns, mais c'est plutôt mal vu. Vivre pour travailler et travailler pour vivre, aucune alternative, sauf être né dans une famille riche. Dans les années 1970, l'avenir s'assombrit. Le travail commence à fatiguer les gens. A force de tirer sur la corde du profit, les marionnettistes provoquent des mouvements de revendications et des grèves. Le commun des mortels peut enfin taquiner les couches supérieures, sans être pendu ou jeté dans la fosse aux lions. Les loisirs s'organisent. Il manque uniquement quelques supports et vecteurs. Qu'à cela ne tienne, voilà les premiers PC, cassettes vidéo, films en tous genres, vacances balnéaires, concerts gratuits et exagérations en tous genres. Paradoxalement la diminution du temps de travail, va de pair avec l'apparition du chômage. Les hommes veulent travailler moins et les femmes veulent travailler. Certains trouvent encore le temps de lire ou d'observer. Les psys et les astrologues préparent leur entrée en force. L'ennui gagne certains; trop de loisirs tue les loisirs. La Lune n'a rien donné, la Chine non plus. Et nous voici dans le 21ème siècle bien entamé. Le terme "plan social" a remplacé le mot "licenciement". Le rapport entre les hauts et les bas revenus n'a jamais été aussi grand, mais les Terriens sont contents. Finalement, les dirigeants ont compris la seule chose qu'il fallait comprendre: tant que les soumis ont de quoi s'amuser et se distraire, ils n'auront ni l'envie ni la force de se rebeller. Le superflu est devenu vital et le vital est devenu secondaire. Un civilisé occidental fera tout ce qu'il peut pour s'acheter une télévision et un abonnement de téléphonie mobile, voire d'internet, quitte à se serrer la ceinture. Sans parler de la voiture et des vacances. Il y a beaucoup trop d'occupations potentielles pour le temps à disposition. Pour peu que l'on ait un travail, tout nous est disponible. Films, vacances dépaysantes, jeux, sorties, toutes sortes de formations, bref, le top. On veut un morceau de musique, internet nous l'offre, le plus souvent illégalement, mais il est à portée de main. L'industrie des médias n'a rien compris et commence à jouer aux gendarmes, alors que la situation n'est pas très claire. Taxes, répression et retaxes n'y changeront jamais rien. Ce n'est pas l'outil qui est inadapté, c'est l'obstination de certaines multinationales et leur refus de prendre en compte le changement de technologie, de mentalités et de comportements qui joue le rôle du bâton dans la roue. Ce ne sont probablement pas ceux qui tiennent le couteau par le manche qui vont gagner. Tous les filons se tarissent, les joailliers et les orfèvres ne vont pas pour autant disparaître. Tout nous est dû. Nous manquons cruellement de temps, mais nous pouvons passer trois ou quatre heures par jour devant Faceblog ou Skybook. La gratuité du superflu nous envahi à tel point que même les produits gratuits et intéressants sont trop nombreux. Le gratuit ne suffit plus pour se faire connaître, on va même jusqu'à payer les utilisateurs de tel ou tel service. Tout coûte zéro euro, voire un euro. Parfois, pour un euro de plus, on reçoit des prestations ou des produits mirobolants. Le Terrien est de plus en plus heureux. Il peut s'en donner à cœur joie, connaître tout sur tout, acheter n'importe quoi n'importe où dans le monde. Mais comme c'est étrange, réchauffement climatique, crise financière, augmentation du chômage, de la criminalité, des maladies psychiques ou somatiques, allergies, nouveaux virus, disparition de la notion d'effort, lobotomisation virtuelle, Claire Chazal, Euro-Foot, Roland Garros, Benoît XVI, le bord du gouffre. 2025: Mad Max, épisode 1. Quelques années encore et on retourne à l'âge des cavernes. 
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Libellés : Société
mercredi 11 février 2009
Questions prioritaires
Un film fait 400'000 entrées dès sa sortie. A quel endroit les spectateurs ont-ils croisé le film ? Y a-t-il une limite au nombre de journaux gratuits qu'une personne peut prendre en une fois dans une caissette de distribution ? Si oui, peut-elle en prendre le même nombre, mais en plusieurs fois ? Parler est l'activité principale des hommes politiques. Pourquoi certains s'expriment-ils aussi mal ? Quelle différence y a-t-il entre les banquiers en période de crise économique et les majors de la musique et des médias ? La réponse est-elle forcément "aucune" ? A quand une taxe pour les non-mal-entendants, du fait qu'ils peuvent entendre de la musique ? Estimer le rabais qu'une personne dont l'audition est diminuée de 20 pourcent pourrait obtenir. Pourquoi y a-t-il de plus en plus de pauvres et de moins en moins de révoltes ? Les banderoles et les pavés sont-ils hors de prix ? Pourquoi une personne dans le besoin préfère-t-elle se priver de nourriture plutôt que de son téléphone portable ? Pourquoi dépenser beaucoup plus d'argent pour prévenir les accidents de la route que pour combattre les maladies nosocomiales, alors que ces dernières font plus de victimes ? Pourquoi un bruit qui court se répand-il plus vite qu'une chanson qui marche ? Pour mieux répondre à cette question, munissez-vous d'un tube et d'un enregistreur. Malgré le réchauffement climatique, l'emblème de Linux restera-t-il un pingouin ? Ou bien deviendra-t-il un manchot ? Est-ce à cause de la fécondation in vitraux que les façades de certaines églises sont en piteux état ? Aidez-vous des photos proposées sur le site du Vatican. Par les temps qui courent ne serait-il pas plus judicieux de confier ses économies à son médecin et sa santé à son banquier ? Roulé pour roulé… Y a-t-il autant de dentistes cariocas que de naturopathes cubains ? Les distances sont-elles approximativement respectées ? Y a-t-il plus de pékins en France que de parisiens en Chine ? Est-ce également valable dans le quartier chinois de Paris ? Au lieu d'utiliser des ampoules économiques, ne pourrait-on pas laisser le soleil allumé en permanence, mais à la moitié de sa puissance ? Vaut-il mieux demander à quelqu'un de se taire, ou lui faire remarquer qu'il dit des conneries ? Même question pour une femme. Si la lumière était liquide, comment pourrait-on y voir quelque chose au pôle nord ? Pourrait-on utiliser une lampe de poche en tant que robinet ? Si le bois était liquide, quelle forme auraient les arbres ? Des chalets gazeux pourraient-ils exister ? Pourquoi du scotch sur lequel on a versé de l'eau perd-il de son effet ? Peut-on boire du scotch double-face sans s'en mettre partout ? A partir de quel nombre une clé devient-elle un trousseau et cesse-t-elle d'être une clé ? Y a-t-il un nombre maximum de clés au-delà duquel un troussal devient deux trousseaux ? Tenir compte de l'épaisseur d'une clé et du cercle trigonométrique. 
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Libellés : Questions
dimanche 8 février 2009
Un bouton pour disparaître
Qui n'a pas eu envie une fois de disparaître ? Je ne parle pas de disparaître juste pour un moment ou de changer de pays. Non, vraiment disparaître. Mourir, en somme. Une kyrielle de nouvelles maladies, toutes plus méchantes les unes que les autres, nous guettent à chaque coin de rue ou à chaque contact non contrôlé. Sans oublier les fondamentaux, cancers en tous genres, maladie d'Alzheimer, de Parkinson, de Hodgkin, de Crohn, de Creutzfeldt-Jakob et de bien d'autres personnes célèbres. D'ailleurs, au lieu de donner à une maladie le nom de celui qui l'a découverte ou étudiée, il aurait été plus subtil de lui donner le nom de la première personne atteinte. Toujours plus de soucis et de collègues insupportables, de chefs incompétents dont le moteur est uniquement l'appât du gain et qui tiennent à prendre eux-mêmes la moindre décision, de peur de la déléguer à un subalterne plus compétent, donc dangereux. Les impossibles voisins, les radars, les administrations bornées, les lois d'un autre âge. Stop! Il faut absolument inventer le bouton pause. Einstein nous parle de dilatation du temps, de jumeaux qui n'ont plus le même âge, de courbure de l'espace. Et il n'y aurait personne en mesure d'inventer ce malheureux petit bouton ? Mais là on dévie de l'objectif initial; une pause ne suffit pas. C'est même la pire des solutions. Penser qu'hiberner pendant une semaine et qu'à notre retour tous les problèmes ont été réglés est une solution de poisson rouge, voire d'autruche. Au contraire, les ennuis attendent impatiemment notre réveil, prêts à nous harceler. Non, le bouton doit vraiment nous faire disparaître, de manière irréversible. Il ne faut laisser aucun espoir aux agressions. Certes, appuyer dessus est une décision lourde de conséquences, pire que le mariage, pire qu'un tatouage "J'aime Valentine" ou "Vivent les banquiers!", pire qu'une épilation durable ou une amputation. Mais mieux qu'un suicide classique par injection de Nutella. L'euthanasie du trouillard, en réalité. Voilà, le bouton pour disparaître existe. Mais on le met où ? Chacun peut s'en procurer un (plus, c'est inutile, ça marche à coup sûr) au kiosque du coin ? Peut-être faudrait-il ouvrir des centres de disparition, où les gens entrent, mais ne ressortent plus. Un mouroir moderne, sans cadavres, sans déchets, sans traces, sans remords. Juste une caméra qui enregistre les entrées, pour éviter des recherches ultérieures inutiles. Des informaticiens subtils ajouteront certainement une confirmation: "Êtes-vous sûr de vouloir disparaître ? Si oui, appuyez à nouveau sur le bouton. Si non, prenez place à la fin de la file d'attente, le temps d'une bonne réflexion". La disparition en public n'est peut-être pas la meilleure idée. Finalement, il vaudrait mieux que chacun ait son bouton de disparition avec soi, sur une carte à puce personnalisée, avec lecteur d'empreintes digitales, afin d'éviter les meurtres. Non, ça ne colle pas. Ça ne marchera jamais. La plupart des gens veut bien disparaître, mais sans causer de chagrin ou de désagréments à son entourage. La vraie solution est de se volatiliser complètement de l'histoire. Le vrai bouton qu'il faut inventer, nous effacerait de l'espace et du temps, y compris du passé. La mise en œuvre est délicate, mais, de cette manière, personne ne saura que nous avons existé. Pas la moindre trace dans les documents officiels. Une vraie annulation de notre naissance. Aucune conséquence sur l'environnement. Une sorte de vie en test, avec un contrat "satisfait ou remboursé", ou plutôt "satisfait ou effacé". Y a-t-il un inventeur de génie dans la salle ? 
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dimanche 1 février 2009
Dans et sur
Le français, cette langue extraterrestre, foisonne vraiment d'une richitude de subtilités. Il n'y a qu'à penser avec quelle facilité on parle d'imbécillité, pour se convaincre que la règle confirme les exceptions. Intéressons-nous à dans et sur. Ces deux mots, aussi anodins qu'un expert financier qui provoque une crise économique, posent des problèmes de logique des prédicats du deuxième ordre. Ainsi, en informatique, on peut copier un fichier sur le réseau. En réalité le fichier, bien qu'immatériel, est dans le réseau. S'il était sur le réseau, il pourrait tomber. Si on veut être encore plus précis, le fichier n'est ni sur, ni dans le réseau, mais sur un disque dur. Il est à la fois sur le disque, car ce dernier est constitué de plateaux sur lesquels sont enregistrées les données, mais également dans le disque, bien protégé par son boîtier. Et si l'on y regarde de plus près, les bits de l'information ne sont rien d'autre que des zones magnétisées qui ont une certaine épaisseur. Donc, même posées dessus, elles sont tout de même en partie, dans le substrat. Quand une personne dit qu'elle a lu une information dans le journal, cela peut être vrai s'il s'agit des pages intérieures. En revanche, ce qui est écrit dans le journal à la première page est, en réalité, écrit sur le journal. Quand on pose un verre sur un journal, si celui-ci est ouvert, en toute logique, on devrait l'avoir posé dans le journal, mais quand même dessus. Tout ce complique si on pose une feuille sur un journal et qu'on le plie en deux. La feuille qui était dessus se retrouve dedans. Un peu comme lorsqu'en médecine on considère que l'intérieur de notre tube digestif est en fait à l'extérieur de notre corps. Une personne qui se rend au Brésil sur un bateau de croisière est en fait dans un bateau. D'ailleurs, sur le pont du bateau, elle peut être sur un transat, alors que dans sa cabine elle peut s'asseoir dans un fauteuil. La limite entre la forme d'un transat et d'un fauteuil est très ténue. A partir de quand est-on sur ou dans, plutôt que dans, mais pas sur ? On peut être sur les dents quand la fraise du dentiste s'apprête à creuser dans les dents. Mais on peut également être dans une fissure, sans en être sûr, sauf si un confident vous l'assure dans le creux de l'oreille. Une chose est sûre, dans tous les cas sûre: la dent subit l'usure, mais dans l'usure il y a toujours un perdant. Sur ces conditions, il est vraiment peu prudent de s'aventurer plus loin. Surtout dans ce chemin glissant, sans chaussure ni trompette. Avoir quelqu'un dans qui compter est important sur la vie. Dans ce point, il n'y a aucun doute. Dans le fond, sur le fond ils n'ont pas tort, tous ces gens que l'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam et qui sont sûrs d'être dans le coup, tout en étant dans le doute d'en n'être pas plus sûrs. 
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samedi 31 janvier 2009
Tony, épisode 6. Les détails
Tony sort de son bain. Il se sent plus mouillé que d'habitude et se frotte les yeux. Après s'être rapidement séché, il rejoint sa femme et sa fille dans la véranda pour le traditionnel petit-déjeuner dominical. Hier, la soirée s'est prolongée jusqu'à tard. On aurait dit que les invités, son ami Michel et son épouse, n'avaient pas envie de rentrer chez eux. Il faut dire que le froid et la neige qui tombait ne donnaient pas envie de mettre le nez dehors. Les discussions allaient bon train. D'un côté, les deux confrères débattaient âprement au sujet de la légalisation de l'euthanasie. De l'autre, les femmes riaient sans raison apparente, peut-être à cause du repas un peu trop arrosé. Michel avait tout son temps, car il n'était pas de garde à la clinique le lendemain. Ils ont donc attendu que la neige cesse de tomber, vers deux heures du matin, pour regagner leur domicile. Juliette voit bien que Tony est absent. Elle le sollicite de tous ses yeux. Finalement, il émerge et s'excuse d'avoir déserté la conversation. Elle reprend son discours là où il lui semble que Tony a décroché. Elle lui apprend que deux semaines après son arrivée, elle a passé une dizaine de jours en compagnie d'un nageur de combat cubain. Un de ces durs à cuire à qui rien ne fait peur, et pour cause, ils sont entraînés pour résister aux pires conditions. Miguel, c'était son nom, lui a appris le morse. Il était très remonté contre ceux qui l'avaient mis dans cet état. Lors d'une mission délicate, il a été capturé par l'ennemi et torturé à l'extrême. N'arrivant rien à faire de lui, et ne voulant pas le tuer, ses tortionnaires ont décidé de le vendre à des scientifiques travaillant dans un centre de recherche secret. Le seul moyen de neutraliser sa fougue a été de le priver de son corps. Il s'est ainsi retrouvé comme tous les "habitants" du centre. Il se souvenait seulement d'un professeur en blouse blanche qui lui annonça la bonne nouvelle. Miguel, ou plutôt son cerveau et ses yeux, allait être mis en bocal. Puis un grand trou noir. A son réveil, il se retrouve face à Juliette. Après trois jours, Miguel est même parvenu, à force de volonté, à contracter tellement violemment ses pupilles, qu'il pouvait déplacer ses yeux, et donc à se faire pivoter à l'intérieur du bocal. Les surveillants auraient-ils remarqué son extraordinaire esprit de révolte, ou auraient-ils simplement décidé qu'il devenait gênant ? Le fait est qu'un jour, Clémence a pris le bocal et l'a vidé de son liquide dans le grand lavabo en inox. Elle a ensuite versé Miguel dans un mixer et l'a mis en marche jusqu'à obtenir un mélange mousseux ayant un aspect de frappé au melon. A-t-il souffert ? Ce récit macabre n'est pas pour égayer les pensées de Tony, qui adore les frappés. Cet épisode brouille momentanément ses idées et il se demande vraiment si tout ceci a un sens. Il en vient même à espérer le mixer. Heureusement que Juliette veille. Elle hésite à lui révéler d'autres informations de peur de le voir transformé en zombie, comme tant d'autres pensionnaires qui ont sombré dans un état végétatif irréversible. 
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mardi 27 janvier 2009
Tony, épisode 5. Le dialogue
La vie d'un cerveau n'est rythmée par aucun processus. Même la lumière est en permanence allumée dans cette prison aseptisée. Ravi d'avoir découvert que le cerveau du bocal d'en face est en fait une cervelle, Tony se repose avant de reprendre le dialogue. Prendre du repos signifie simplement s'efforcer de ne penser à rien. Plus facile à dire qu'à faire lorsqu'on se trouve dans une telle situation. Voilà! Juliette semble reprendre contact. Quelques contractions de pupilles et la conversation reprend. Avec déjà plusieurs heures d'entraînement, Tony communique à bonne vitesse; disons au rythme d'une conversation orale lente. Il espère que ces petits muscles qui lui servent à communiquer ne vont pas se fatiguer, ni même s'hypertrophier. De toute manière, il ne ressent aucune douleur. Juliette se raconte. Elle a quarante-deux ans. Sa mémoire, du moins celle qui précède sa mise en bocal, est presque totalement revenue. Il lui manque seulement les deux jours avant son transfert. Depuis qu'elle traque le moindre indice lui permettant de reconstruire son passé, elle a imaginé mille causes qui auraient pu la priver de son corps. Une dispute avec son mari qui aurait tourné au vinaigre. Seul son cerveau aurait pu être sauvé. Il est vrai que son couple commençait à battre de l'aile. Un de ses derniers souvenirs est une chute d'un escabeau. Lui aurait-elle été fatale? Elle a également pensé à un enlèvement; mais par qui et pourquoi ? Elle conseille à Tony de ne pas s'acharner à retrouver des souvenirs et des explications. Petit à petit sa mémoire va se réorganiser et se laisser consulter. Il faut en moyenne une semaine aux nouveaux arrivants pour parvenir à communiquer, mais plusieurs semaines sont nécessaires pour une atténuation sensible de l'amnésie. Ces constatations concernent uniquement les bocaux munis d'yeux, c'est-à-dire environ la moitié des cas. Juliette ne sait rien à propos des autres. Personne n'en sait rien. L'idée d'un cerveau sans corps et sans aucun moyen sensoriel de communication effraie Tony, qui se sent favorisé par la présence de ses yeux et d'une oreille dont il n'a pas encore vraiment mesuré l'utilité. Comment peut-on exister sans contact et sans échange avec son environnement ? Un cerveau qui pense, mais qui pense seulement, peut-il être considéré comme vivant ? L'état dans lequel se trouve Tony est inconcevable, mais se dire qu'il y a pire, bien pire, on atteint l'inimaginable, l'inqualifiable. Juliette devine à quoi il pense. Ses yeux sont inactifs; il se tait, virtuellement prostré dans son récipient. Elle insiste pour lui changer les idées, pour lui suggérer des échappatoires, pour rendre la situation moins déterministe. Etre enfermé sans raison apparente est déjà déprimant, même pour une personne ayant toute son intégrité physique. C'est le sort de beaucoup de détenus dans le monde. Mais être, en plus, obligé de vivre sans communication ni mouvement possible, relève de la pire des tortures. A nouveau, Juliette essaie de le sortir de sa torpeur. Elle lui parle des spectacles de danse qu'elle a organisés, des personnes qu'elle connaît, de tout et de rien, en espérant distraire Tony dont elle ne voit que les yeux, mais qui lui semble complètement pâteux. 
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samedi 24 janvier 2009
Tony, épisode 4. Le langage
Sous la forme d'un cerveau, d'une paire d'yeux et d'un semblant d'oreille, la vie dans un bocal n'est pas une sinécure. Tony veut s'en sortir, ou au moins savoir pourquoi il est là, posé sur cette étagère, étrange prisonnier d'un lieu inconnu. Le début de dialogue avec son voisin, à coups de contractions de pupilles, lui redonne un peu de courage. Pour le moment la technique de codage du langage est rudimentaire et laborieuse. Mais pourquoi n'a-t-il donc jamais appris le morse quand il était enfant ? Tout à coup il se dit qu'il est peut-être un enfant. Mais il élimine vite cette hypothèse, car, bien qu'encore amnésique, il sait des choses que les enfants ignorent. Pour le moment, il aimerait poser une question à son colocataire. Bien qu'ils fassent bocal à part, ils partagent la même étagère. L'avant-dernière en partant du plafond, d'après ce qu'il peut voir. Ne sachant ni comment ni pourquoi on l'a mis dans ce bocal, il hésite à poser une question. Cet embryon de communication aurait-il été mis en place à l'unique fin qu'il garde un espoir d'évasion, comme les gardiens ont l'habitude de faire dans les prisons "normales" ? Il se décide, car il n'a pas le choix. Mais quelle question poser en premier ? "Où sommes-nous ?" ou bien "Qui êtes-vous ?". Il opte pour la seconde, peut-être par peur de la réponse à la première. Il compte les lettres dans sa tête, si l'on peut dire, et se force à actionner ses pupilles. La réponse ne tarde pas: "Je suis professeur de danse." Tony lui dit qu'il a perdu la mémoire et qu'il ignore tout de ce qui lui arrive. Son voisin lui répond: "Je m'appelle Juliette. J'ai beaucoup d'informations à vous transmettre, mais notre méthode de codage n'est pas des plus ergonomiques". Tony est surpris. Il a en face de lui une femme, mais qui n'a rien d'une femme, à part de beaux yeux. De surcroît, il n'a aucun moyen de savoir son âge, même approximativement. En effet, des rides sur un cerveau ne sont pas d'un grand secours pour dater une personne, et il n'est pas assez effronté pour demander son âge à Juliette. Fait extrêmement curieux, depuis qu'il sait que sa voisine est une femme, il n'est plus vraiment le même. Il se met à penser comme un homme en présence d'une femme, et non plus comme un cerveau face à un cerveau. Elle lui raconte avoir eu plusieurs voisins depuis qu'elle est arrivée, six mois auparavant. Une des principales préoccupations des cerveaux est de trouver un moyen de communiquer facile et rapide. Pour tous, la contraction des pupilles a été une évidence, malgré certaines tentatives du côté des ondes alpha, pour le moment infructueuses. Le code de représentation des caractères et des mots est plus varié. Certains ont essayé la méthode T9, utilisée sur les téléphones portables. Elle présente l'avantage de comprendre un mot avant de l'avoir complètement écrit, mais elle est réservée aux plus doués, impliquant de connaître quasiment tous les débuts de mots du dictionnaire. Finalement, le code le plus utilisé dans le Centre reste le morse. Tony l'apprend en quelques heures avec l'aide de Juliette. Il est impatient de discuter, mais aussi un peu inquiet sur ce qu'il va découvrir. 
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mardi 20 janvier 2009
Tony, épisode 3. Un espoir
Tony a dû perdre conscience, pour autant qu'un cerveau puisse perdre conscience. On perd conscience par rapport à son corps, mais, quand il n'y a plus de corps, cela équivaut à ne plus exister. Tony revient à lui. Pendant un bref instant il ne sait plus qui il est, ni où il est. Plus les idées lui reviennent, plus il panique. Astreint à une vie consciente dans la pire des prisons qui soit, un bocal. Obligé de vivre sans pouvoir bouger, jamais il n'aurait pu imaginer que cela puisse exister. Le sentiment est tellement impossible, tellement inimaginable, que Tony, par moment, croît encore à un rêve. Le plus déprimant est de penser que cette situation est irréversible. Plus jamais il ne retrouvera ses jambes, ses doigts, ses poumons, sa langue, son apparence. Sa plus grande crainte est qu'il puisse, où plutôt qu'il soit obligé, de vivre éternellement. Il sait bien qu'un cerveau s'altère graduellement, que ses neurones meurent à un rythme effréné. Mais ceux qui l'ont mis dans ce bocal ont des connaissances scientifiques hors du commun. Seraient-ils également parvenus à préserver l'état d'un cerveau ad vitam aeternam ? Cette question ne devrait pas se poser. Du moins, elle n'est pas fondamentale. Sauf pour quelqu'un qui est confronté à l'inimaginable, au pire des supplices: condamné à penser sans agir. Du coup, Tony oublie ses voisins. Après tout, il n'est pas seul. Maigre réconfort, mais lueur d'espoir tout de même. Le propre de l'être humain n'est-il pas que sa pensée peut contrôler et dominer ses instincts ? Tony se concentre alors sur la personne, en fait le cerveau, en fait le bocal qui se trouve à une trentaine de centimètre du sien, sur une étagère. Dans une pièce entièrement carrelée de blanc, comme une morgue. Il fait l'inventaire des moyens de communication à sa disposition, mais, avec ce qui lui reste de corps, il ne voit que deux petits muscles pour espérer s'exprimer. Il fixe les yeux d'en face et essaie de contrôler ses pupilles, comme on peut parfois le faire volontairement. Son vis-à-vis a une paire d'yeux bleus, très beaux. Il se prend à imaginer qu'ils appartiennent à une femme. Tout à coup, ils s'animent. Leur pupille se contracte et se dilate de manière irrégulière. Son idée était la bonne. Il a l'impression d'une ébauche de communication, ou du moins d'une prise de contact. Pendant de longues minutes il observe ce faible mouvement et essaie d'en décrypter la signification. Serait-ce du morse ? De toute manière il ne connaît pas le morse. Au mieux, il se souvient de la lettre A, un point suivi d'un trait, et de la lettre E, un point. C'est insuffisant. Le cerveau d'en face interrompt ses mouvements pendant un bon moment, probablement déçu par le manque de réaction de Tony. Quand on en est condamné à penser, on gamberge, on divague, on se fragmente, mais, en fin de compte, on s'organise. Voilà que les mouvements d'en face reprennent, différents, avec des séquences plus longues, séparées par des temps de repos. Après une série de signaux, un repos plus long. Puis tout recommence, dans le même ordre. Visiblement on lui répète le même message en continu. Tony passe en revue tout ce qui pourrait lui permettre de déchiffrer ce code, quand tout à coup il comprend. Il rayonne, il est heureux, il peut communiquer avec quelqu'un. Il a compris le message: "HELLO". Chaque lettre est représentée par autant de signes que son numéro d'ordre dans l'alphabet. Il se reprend et se fait un résumé de la situation. Il est dans un bocal, sans savoir où ni pourquoi. Il n'est pas seul. Il ne rêve pas, puisqu'il peut communiquer avec son entourage. Et de toute manière, si c'est un rêve, c'est encore mieux, car tout rêve a une fin. 
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