dimanche 18 février 2007

Oui à la caisse unique !

Le 11 mars 2007 les suisses ont dit oui à la caisse unique. Après plusieurs mois d’interminables débats très animés, la voie des urnes a parlé. C’est un véritable triomphe pour les partisans de la caisse unique. Enfin une seule caisse, plus besoin de perdre son temps à choisir la plus efficace, la plus sympathique, la plus rapide.

Certaines personnes hésitaient, changeaient de caisse, avaient des remords. Fini tout ça ! Que de temps gagné.

Avant, certaines caisses rendaient l’argent moins rapidement, d’autres acceptaient uniquement certains produits, ou refusaient les personnes âgées, ou encore acceptaient exclusivement les handicapés.

Pour certaines caisses les préposés s’adressaient aux clients francophones en suisse allemand, avec toutes les complications que cela engendrait lors de problèmes de remboursement.

Sans compter certaines caisses qui faisaient des réductions sur présentation préalable de la liste des articles. D’autres refusaient de prendre en charge les clients qui payaient avec une carte de crédit.

Se diriger vers une caisse plutôt qu’une autre était vraiment cornélien et tenait parfois de l’aléatoire tellement les critères de choix étaient subjectifs.

Moralité : vive la caisse unique ! Mais c’est vrai que dans certains centres commerciaux il va y avoir une file d’attente interminable. On aurait peut-être dû garder au moins deux caisses par magasin.


La LAMAL va mal

LAMAL n’est pas le dernier palindrome à la mode. Il s'agit d'une superbe loi helvétique qui oblige tout citoyen à souscrire à une assurance maladie. Comme toutes les lois récentes, elle ne traite qu'une partie du problème et engendre des effets secondaires particulièrement indésirables.

Chaque personne doit payer chaque mois une cotisation à une société privée. En effet, les assurances maladie sont gérées par des entreprises privées, de belles et grandes holdings aux gratte-ciels bleu cristal. Sans pouvoir le prouver, il serait envisageable que ces sociétés se soient entendues sur les prix qu’elles pratiquent ainsi que sur les augmentations qu’elles ne manquent pas d’infliger chaque année. Ce serait, en tout cas, un bon moyen de gagner de l'argent.

Il est des suisses raisonnables et censés qui trouvent exagéré de payer, pour une famille moyenne, plus de 1000 Euros par mois uniquement d’assurance maladie, pour des prestations que plus aucun pays environnant ne nous envie.

Il est vrai que le problème n'est pas de la seule responsabilité des assureurs ; les assurés, certains du moins, ont également contribué à l'effondrement du système de santé suisse. Au début, le montant des primes d'assurance maladie était acceptable. Les gens n'allaient pas chez le médecin pour le moindre éternuement et ne se gavaient pas de médicaments. Puis les primes ont pris l'ascenseur, lésant en premier lieu les familles à revenu modeste. De nouveaux reflexes naissent : "Puisque nous payons un prix exorbitant pour l’assurance maladie, autant en profiter". Et la consommation médicale eut tendance à augmenter. On comprend vite comment fonctionne cette spirale infernale.

Les médecins aussi se prirent au jeu. Il est extrêmement rare actuellement de sortir du cabinet d'un médecin sans une ordonnance. Certains se sentent obligés de justifier leur travail en trouvant systématiquement une maladie au patient (Merci Dr. Knock!). Un docteur qui déclare une personne en bonne santé est-il un mauvais docteur ?

Et l'Etat dans tout ça ? Que fait le ministre chargé du problème ? Il patauge. Aucune vraie réforme en vue, aucune campagne, rien de bien sérieux. Au contraire, on diminue les prestations remboursées par l'assurance de base. Par exemple, l'homéopathie n'est plus remboursée. Enfin certains médicaments ont été purement et simplement retirés des listes de remboursement. Tout cela bien entendu sans la moindre baisse des primes, sans même un ralentissement des augmentations.

Les citoyens helvétiques paient toujours plus cher des prestations toujours plus restreintes. Le système va droit dans le mur. L’hôpital devra être payé cash à l’entrée et les cabinets des médecins seront simplement remplacés par des automates à cartes de crédit.

Etre obligé de payer pour des services inexistants et participer ainsi aux progrès de la médecine et de l’industrie pharmaceutique est un privilège pour lequel il faut être reconnaissant envers la mère Patrie et le pire Etat.

samedi 17 février 2007

Pile ou face

Deux questions fondamentales régissent l’univers. La première, énoncée dans «Coup de torchon» est : «Vaut-il mieux être l’aveugle qui pisse par la fenêtre ou l’imbécile qui lui a fait croire que c’était les toilettes ?». La seconde, qui nous préoccupe ici, est liée au jeu de pile ou face.

Si une pièce n’est pas truquée, la loi des grands nombres prédit qu’après l’avoir lancée un grand nombre de fois on obtient à peu près le même nombre de piles que de faces. Rien de plus logique. D’un autre côté tout le monde admettra qu’une pièce de monnaie n’est douée d’aucune mémoire. Lorsqu’elle tombe, elle ne se souvient pas de sa précédente chute et donc le choix de pile ou de face se fait tout à fait au hasard.

Mais voilà qu’intervient l’être humain. On lui expose le problème suivant : on vient de lancer une pièce de monnaie non truquée un grand nombre de fois. Il se trouve que les huit dernières fois ont donné pile. S’il fallait parier sur pile ou face pour le prochain lancer, la plupart des gens parieraient sur face. Est-ce raisonnable ?

Non, car chaque lancer est indépendant des précédents et la pièce n’est pas truquée. Elle a donc une chance sur deux de tomber sur pile. Mais tout de même, pour que la loi des grands nombres soit respectée il faut qu’à long terme il y ait autant de piles que de faces. Cela signifie qu’après une série de huit piles, il faudrait bien que des faces sortent, pour compenser ; cela pousserait à parier pour avoir face comme résultat.

Mémoire, magnétisme, psychologie, influence à distance ? Le monde est cruel.


vendredi 16 février 2007

Johnny Smet excommunié

Johnny Hallyday est allé en Suisse pour échapper au fisc français ? Monsieur Montebourg estime que c’est honteux de la part de Johnny de soustraire aux impôts quelques millions d’euros et criminel de la part de la Suisse de favoriser ainsi la fuite des capitaux français? S’il en avait les moyens il mettrait certainement sur pied une armée répressive et punitive pour mâter ce minable petit pays.

Dans le nord de la France, près de la frontière allemande on trouve une multitude de petits villages avec des maisons devant lesquelles s’étalent des dizaines de boîtes aux lettres aux noms belges. Plusieurs dizaines de milliers de belges ont ainsi élu virtuellement domicile en France pour gagner quelques centaines d’euros d’impôts par mois.

Un simple calcul montre que le fisc belge pourrait accuser la France de lui faire perdre entre 50 et 100 millions d’euros par année. De plus, la France encaisse les impôts de ces résidents virtuels sans qu’ils ne profitent le moins du monde de ses infrastructures.

Les belges ont-ils compris que s’énerver pour ce genre de futilités n’en vaut pas la peine, alors qu’il y a tant de problèmes plus graves et essentiels à résoudre ? Ou bien n’ont-ils simplement pas trouvé de Monsieur Arno Monteboher assez bête pour monter au créneau ?

Moralités:

  • L’herbe du voisin est toujours plus verte
  • Il ne faut jamais faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent
  • Il faut toujours tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler
  • La jalousie n’est qu’un vilain défaut

jeudi 15 février 2007

Connerie ready

Comme on peut le voir de plus en plus souvent dans les magasins, dans les publicités, la tendance actuelle est d’être «ready». Il s’agit d’une promesse de fonctionnalité, d’une assurance sur l’avenir.

Ainsi, sur la plupart des téléviseurs plats actuellement en vente on trouve la mention «HD ready». Cela signifie que l’appareil est compatible avec la future norme Haute Définition. Mais le réel intérêt serait la spécification «Full HD ready». On vend donc actuellement des télévisions qui rempliront les poubelles dans deux ou trois ans, date à laquelle les gens s’apercevront que HD ready c’est bien, mais ce n’est pas la version Full HD ; la différence entre HD et Full HD est une bien meilleure résolution d’image.

Les ordinateurs ne sont pas épargnés par la mode du «ready». Ils sont affublés du qualificatif «Vista ready», c’est-à-dire qu’il possède le minimum vital pour faire fonctionner Vista. Or, comme pour les téléviseurs, le minimum vital n’est souvent pas satisfaisant.

On trouve également des lecteur/graveur de DVD qualifiés de «BlueRay Ready». Là encore, promesses, promesses. Espérons seulement que l’avenir confirmera toutes ces fonctionnalités potentielles.

Tant qu’à faire, une notion très utile qu’il est urgent d’inventer est «connerie ready», en d’autres termes «prêt pour la connerie future». Ce label peut d’ores et déjà être appliqué à la plupart des hommes politiques. Quasiment tous sont prêts à faire ou à dire des conneries. Oui, ils en sont capables ; il suffit d’étudier leurs promesses électorales et d’observer leurs comportements.

«Connerie ready» peut également s’appliquer aux vendeurs, démarcheurs et autres prometteurs-d’un-monde-meilleur. De toute manière tous les «connerie ready» sont également «changement d’avis ready» ce qui excuse bien des dérapages.

Moralité : nous sommes tous des «mortels ready». Et la mort, ça raidit vraiment !

mercredi 14 février 2007

En Suisse tout est petit

La Suisse est un petit pays et tout y est en proportion. Les places de stationnement sont petites, donc les voitures sont minuscules. Les habitants sont petits, ils travaillent peu et gagnent un tout petit salaire.

La vitesse de l’internet est très faible, en rapport avec les exigences de gens. La télévision se regarde sur un petit écran. Les prises téléphoniques sont les plus petites du monde, mais comme les gens parlent doucement et lentement ça suffit.

Les hommes politiques prennent de petites décisions et s’occupent uniquement de problèmes de moindre importance. Les résultats des votations hebdomadaires se soldent souvent par un petit oui ou un petit non.

Le petit papa Noël apporte des petits trains et des petites peluches aux petits enfants.

Les autoroutes sont gratuites, car il n’y a pas la place pour construire des péages. Elles sont tellement courtes que chaque entrée est immédiatement suivie d’une sortie. Cela permet, en cas de forte affluence, de prendre l’autoroute sans jamais y entrer ; il suffit de garder sa droite, d’emprunter chaque sortie, puis de rentrer immédiatement.

Les sociétés d’informatique suisses sont confrontées à des problèmes de compatibilité. En effet, les bits à zéro ont effectivement une valeur de 0, mais les bits à un ont une valeur d’environ 0,9. D’ailleurs, les ordinateurs 32 bits s’appellent, en Suisse, des ordinateurs 28,8 bits.

Les dimensions des stades de football sont à l’image de ce microcosme anachronique. Juste assez de place pour les entraîneurs et les familles de joueurs. Les matches se jouent par équipes de trois joueurs. Chaque équipe ayant droit à huit remplaçants. Petites équipes, oui, mais en Suisse on est prévoyant.

En Suisse les enfants sont minuscules, mais font des envieux. Tout le monde ne se lève-t-il pas pour les petits suisses.

Petite moralité : La p’tite souris est morte. Oh ! Oh ! Oh ! Y a ses boyaux qui sortent, c’est pas beau, c’est pas beau.

mardi 13 février 2007

Nouvelles frustrations

Les frustrations en tous genres sont-elles une des causes du désordre social ?

Les voitures sont de plus en plus rapides et puissantes, or les limitations et les contrôles de vitesse deviennent draconiens : frustration !

L’imagination, les nouveaux matériaux permettent de construire des maisons originales, mais les règlements interdisent tout écart : frustration !

Les téléphones portables sont de plus en plus polyvalents. Ils sont de plus en plus utilisés, mais hélas, leurs batteries n’offrent qu’une autonomie limitée : frustration !

Une recherche sur Google dans tout le savoir de l’humanité dure un dixième de seconde. Mais lorsque l’on cherche un fichier sur son propre ordinateur, il faut s’armer de patience : frustration !

L’offre de spectacles, films et autres divertissements est faramineuse. Mais le temps nous manque pour tout voir : frustration !

Les réseaux pear-to-pear sont pratiques, tout est là à notre disposition. Facile, mais interdit ; la loi veille : frustration !

Les aliments à notre disposition sont de plus en plus attrayants, en matière de goût et de diversité. Attention ! Présence d’OGM et autres substances pernicieuses : frustration ! Danger, l’obésité nous guette : frustration ! Mais pas dans tous les pays.

Les bouquets satellites nous offrent des centaines de chaînes, les récepteurs satellites peuvent en mémoriser plusieurs milliers. Rien que pour zapper, il faut des heures : frustration !

La fin des guerres

Les guerres modernes, en Afrique et plus récemment en Irak, voient une recrudescence de mercenaires. Des sociétés spécialisées, mandatées par les belligérants, proposent leurs services en envoyant des dizaines de milliers d’hommes hyper équipés, surentraînés et bien payés. Ces mercenaires modernes rapportent globalement plusieurs milliards à leurs employeurs. Immoral ? Absurde ? Peut-être, mais cette situation pose quelques questions intéressantes.

Pour le moment, seule une des parties concernées par le conflit faisait appel à cette cyber armée. Imaginons que deux pays en guerre engagent chacun une armée de mercenaires. Le principe même de la guerre (une dérive musclée, regrettable et à grande échelle de bagarre traditionnelle entre deux ou trois nerveux de service) est mis à mal : deux camps totalement indifférents aux motifs du conflit s’entretuent à coup de millions de dollars. Une partie de paint-ball à balles réelles entre gens consentants ?

Pour éviter les dégâts collatéraux inévitables aux infrastructures et aux habitants, il serait bien plus intéressant de choisir une zone de combat inhabitée. Certains pays ont d’ailleurs proposés de prêter leurs grands déserts, contre rétribution substantielle, pour servir de champ de bataille.

Voilà donc le problème de la guerre définitivement réglé. Deux armées de mercenaires volontaires, se battant en terrain neutre pour un motif connu des seuls pays qui les ont engagées. A la fin, on compte les morts et on en conclut quel est le vainqueur.

Mais c’est sans compter avec les écologistes qui trouvent tout de même regrettable de s’en prendre à une nature aussi pauvre soit-elle, et de contribuer à la pollution globale.

La solution existe ; elle porte un nom : « Second life ». On garde les même acteurs, les mêmes enjeux financiers, mais on transpose la guerre dans le monde virtuel. Pas de nuisances environnementales, pas de morts, mais un vrai conflit avec un vrai vainqueur.

Moralité : Second life, le monde où la vie ne dure qu’une seconde !

samedi 6 janvier 2007

Bateau percé

Nous vivons dans un monde rempli de paradoxes. Plusieurs milliers de morts par an sur les routes françaises génèrent toute une panoplie de mesures de prévention, de modification des infrastructures, des mentalités dont le coût se chiffre en milliards. Or, dans le même temps dix à quinze mille personnes, selon les sources, meurent des suites de maladies nosocomiales contractées dans les hôpitaux et personne ne s'indigne.

Si, à l'avenir, les maladies nosocomiales se développent encore plus, on peut imaginer que la décision d'hospitaliser un malade ou un blessé peut devenir lourde de conséquences. Sachant qu'une admission à l'hôpital peut, indirectement, engendrer de graves séquelles, voire la mort, dues à ces méchantes bactéries devenues résistantes aux plus puissants antibiotiques, une réflexion s'impose. Que faut-il penser d'une médecine qui peut vous mettre en place facilement une prothèse de genou très perfectionnée, quand vous risquez de contracter une infection impossible à combattre à la suite de l'opération ? Vaut-il mieux garder un genou handicapé ou risquer une amputation ? Tout dépend des probabilités, des risques et du confort que l'on attend de la médecine.

Alors qu'un week-end d'été provoque plusieurs centaines de morts atroces sur les routes dont personne ne parle, un accident d'autocar entraînant une vingtaine de victimes fait la une de tous les journaux pendant plusieurs jours. Le président de la république va parfois jusqu'à se rendre sur les lieux pour réconforter les familles. N'y a-t-il pas deux poids deux mesures vis-à-vis des familles des centaines de morts anonymes qui, malheureusement pour eux, ne sont pas morts groupés ? Ce comportement n'est pas anormal, il est juste paradoxal.

Notre société n'est que paradoxe, et nous n'y pouvons rien. Cela tient de l'affectif et de l'irrationnel. C'est le principe du bateau percé: notre société est un bateau qui prend l'eau par plusieurs trous, et bien souvent nous nous évertuons à obturer des dizaines de petits orifices, alors qu'avec moins d'énergie nous pourrions en boucher un gros et obtenir des effets bien plus rapides.

Il est très difficile d'avoir des discours et des comportements globalement cohérents. Prenons un bon et brave écologiste. Suivons son comportement pendant quelques jours et nous trouverons certainement de nombreuses situations en grave contradiction avec les principes écologistes.

Trouver des personnes affirmant ouvertement être pour la guerre est difficile. Or, lorsque l'armée décide, par exemple, de démanteler une base militaire ou lorsque le gouvernement veut fermer une fabrique d'armes, on assiste à une levée de boucliers générale dans la ville concernée.

Moralité: les incohérences ponctuelles de pensée ou de comportement sont incontournables. Continuons à avoir une peur bleue des voyages en avion et à rouler en scooter.

vendredi 5 janvier 2007

Nous somme tous des handicapés

Dans les parkings de tous les pays européens on peut trouver des places de stationnement réservées aux handicapés. C'est très bien.

Oui, mais le plus souvent elles sont occupées par des conducteurs tout à fait valides, sans qu'ils ne soient le moins du monde inquiétés. Voici donc la question épineuse. Vaut-il mieux dire aux personnes handicapées: "Vous disposez de places qui vous sont exclusivement réservées", sachant que la plupart du temps ils ne peuvent pas les utiliser, ou vaut-il mieux leur dire: "Vous n'avez plus de places qui vous sont réservées" ?

En d'autres termes, est-ce plus acceptable moralement de promettre un privilège à quelqu'un sachant pertinemment que cette promesse ne sera pas respectée, ou bien abolir ce privilège et ne tromper personne ?

Les handicapés ont certainement réfléchi à la question et il ne s'agit nullement de répondre à leur place, mais seulement de poser la question.

Se moquer de manière aussi évidente des handicapés est inqualifiable.

Moralité: nous sommes tous des handicapés. Ceux qui ont droit aux places de parking et ceux qui les leur subtilisent. Dans le second cas, c'est plutôt une carence d'intelligence.

jeudi 4 janvier 2007

Lois anti-pauvres

Des lois anti-pauvres n'existent pas ouvertement dans les pays civilisés respectueux des droits de l'homme. Pourtant si! Prenons le cas de l'instauration de la circulation alternée des véhicules à moteurs durant les périodes de pics de pollution atmosphérique.

Il est en effet prévu, dans plusieurs pays, que l'utilisation des véhicules puisse être autorisée un jour sur deux en fonction du numéro de leurs plaques minéralogiques. Les jours pairs sont réservés aux numéros d'immatriculation pairs et vice versa pour les numéros impairs.

Un premier problème purement technique est que les véhicules à numéro de plaque impair pourraient circuler plus souvent, du fait que les mois ayant 31 jours offriraient deux jours de suite aux heureux possesseurs d'un numéro de plaque impair.

Une autre difficulté peut apparaître dans les pays dont les numéros d'immatriculation sont en fait une suite de lettres.

Quel rapport avec les pauvres ? Une personne possédant une seule voiture pourra circuler uniquement un jour sur deux. Mais quelqu'un de plus aisé possède, ou du moins peut facilement se procurer un second véhicule ayant un numéro de plaque complémentaire. Ainsi celui qui peut se permettre d'avoir deux véhicules peut tranquillement continuer à circuler 100 pourcent de son temps.

Ne s'agit-il pas là d'une loi discriminatoire en défaveur de faibles revenus ? Les naïfs rétorqueront qu'il suffit d'interdire à une même personne d'avoir plusieurs numéros lui permettant de circuler sans contraintes. Cette réaction ne tient pas compte du principe que tout n'est qu'une question de prix. Avec de l'argent on peut toujours se "louer" réciproquement des voitures avec le bon numéro entre amis.

Les moins naïfs diront que l'on peut tout de même prévenir de tels contournements de la loi, par exemple en associant un numéro à une personne et non plus à un véhicule. Trop naïf! Contre rétribution il est toujours possible de "tricher" en toute légalité, par exemple en louant un taxi à la journée, en engageant divers chauffeurs, ou en usant de tout autre subterfuge payant.

Moralité: le respect des droits de l'homme et de l'égalité de traitement passe par l'éradication de la pauvreté.

mercredi 3 janvier 2007

Un monde plat

Comment serait la vie dans un monde plat ? Pas un monde terne et banal, mais bel et bien un monde à deux dimensions, sans relief, sans hauteur. Cette idée est saugrenue ; considérons une situation plus réaliste : un monde plat, mais avec la possibilité d’avoir deux couches au maximum.

Les pâtissiers devraient fabriquer des mille-feuilles à deux couches. Au choix, pâte et crème, crème et glaçage ou pâte et glaçage.

Les livres auraient tous deux pages ; éventuellement très grandes, mais seulement deux. Les gros livres seraient très encombrants, car il serait évidemment interdit de les plier.

Impossible de faire du ski ! Une seule couche de neige, ce n’est pas assez épais. Pourquoi ne pas en mettre une deuxième ? Impossible, la deuxième couche est occupée par les skis. Alors, pas non plus de skieur ? Si, bien entendu. Seuls les objets sont limités à deux dimensions, pas les êtres humains..

Des maisons avec un sol, des meubles, mais sans toit ne sont pas très pratiques en cas de pluie ou de neige ! Aucune crainte, la pluie ou la neige seraient dans une troisième couche, donc impossibles.

Plus d’ascenseur social, de montées en grade, d’escalades des prix, de fête de l’Ascension ou de descente aux enfers.

Tout cela est-il bien raisonnable ? Cela dépend à quel niveau on se situe.

mardi 2 janvier 2007

Cordonniers de l'information

Les cordonniers de l’information sont les plus mal chaussés. Le web a été inventé en Suisse. Mais ce pays et ses habitants sont des sinistrés de l’information. Il faut vraiment chercher pour trouver un pays aussi retardé dans le domaine de l’internet.

Alors que dans la plupart des pays européens on trouve des forfaits globaux (téléphone, télévision, internet, et plus si entente) pour 20 à 30 Euros, les internautes suisses ont encore le privilège de voir passer les bits un à un, tout en étant soumis à des tarifs prohibitifs.

La Suisse peut se targuer d’avoir inventé les sentiers de l’information. Pour 30 Euros on dispose tout juste d’internet avec des débits qui ne figurent même plus dans aucun catalogue. Au lieu des 20 Mb/s habituellement disponibles, le pays de la force tranquille compte encore en bits par seconde. Oui, mais des bits chromés, indestructibles, certifiés, uniquement des uns ou des zéros, enfin semble-t-il.

Il est vrai que les suisses sont lents. A durée de vie égale, ils parlent deux fois moins, mangent deux fois moins que les français. Consolation : ils dorment aussi deux fois moins. Pour gérer l’information de ces déshérités de la vitesse, il fallait des organismes de contrôle et de diffusion qui soient à la hauteur. Et sur ce point la Suisse possède ce qui se fait de mieux en matière de lenteur des décisions, de monopoles dorés, parfois même entachés d’un brin d’incompétence si rassurante. Tout est figé à l’Araldit, autre invention suisse.

Le reste de la planète envie le réseau internet suisse. On ne parle plus de toile, mais de glue informatique. A se demander s’il n’y a pas encore, par endroit, des relais à base de signaux de fumée. En Suisse, le phénomène de piratage informatique est moins problématique qu’ailleurs. Le moindre téléchargement d’un film demande plusieurs mois. A tel point que parfois, on commence à télécharger les «bronzés 2 » et on se retrouve avec la fin des « bronzés 3 », sorti entretemps. En Suisse, le téléchargement d’un album de musique sur un réseau « pire du pire » (oui, c’est leur nom helvétique) revient bien plus cher que l’achat du CD original. Voilà pourquoi la Suisse crée des envieux dans l’industrie des divertissements.

Moralité : vous n’avez jamais connu de homepages qui s’affichent en dix minutes ? Vous avez oublié qu’une pièce jointe augmente la durée d’envoi d’un e-mail ? Vous pensez que sur YouTube on clique et on voit ? Venez en Suisse, le musée du web sans les nouveautés !

Pauvreté mode d'emploi

La chaîne de magasins Migros a introduit il y a quelques années une gamme de produits dits « M-budget ». L’objectif était de faire baisser les prix des produits d’usage courant en limitant les frais superflus, notamment le prix des emballages : un seul aspect pour toute la gamme.

Un nouvel assortiment de produits a dès lors fleuri les rayonnages des magasins du groupe. Reconnaissables de loin à leur emballage rayé vert et blanc avec brin d’orange, proches du look épuré des boîtes alimentaires de l’armée, d’une laideur recherchée, ces produits ont fait couler beaucoup d’encre.

Migros a souvent fait dans le social et on aurait pu penser que les produits M-budget allaient dans le sens de proposer une gamme bon marché aux familles à revenu modeste. Mais les personnes concernées avaient-elles vraiment besoin d’être mises en évidence à distance par le contenu vert et orange de leur caddie ? Une présentation un peu moins voyante aurait pu passer un peu plus inaperçue tout en remplissant l’objectif fixé.

L’arrivée en Suisse des poids lourds Carrefour, Lidl et autres Aldi ont posé un problème de concurrence au groupe Migros. Ceci explique peut-être aussi la mise place d’un assortiment à « bas prix ».

Au début de l’ère M-budget l’apparition de produits vert/orange d’usage courant tels que carottes, yaourts ou eau minérale paraissait naturelle. Puis vinrent le jus d’orange ou les piles au charbon zinc (d’un mauvais rendement énergétique, mais pour une radio de pauvre…). On trouve aussi le briquet M-budget, étonnant pour une enseigne qui ne vend ni alcool ni cigarettes et qui prône la vie saine (bien entendu on peut aussi allumer un havane avec un briquet !). Sans oublier l’essuie-tout qui n’essuie rien, le produit de nettoyage à vaporiser qui peine même à enlever les traces de doigts, ou encore le téléphone portable vert/orange.

On nous propose également des vélos et des voitures M-budget, peints aux mêmes couleurs que les boîtes de petits pois de la même famille. Peindre un véhicule en orange et vert à rayures revient-il vraiment moins cher qu’une couleur unie et banale ?

Il faut dire que pour une partie du pays M-budget est devenu incontournable ; un must, une mode, un luxe obligatoire. Etre branché, c’est être M-budget. Des soirées M-budget attirent d’ailleurs régulièrement la jet-set et tous ses parasites.

Ne s’éloigne-t-on pas du souci de départ de fournir des articles à prix contenus ?

On peut maintenant trouver des vêtements M-budget : débardeurs, T-shirts, survêtements, shorts, tongs, maillots de bain, tous vert/orange. « Regardez ! Je suis pauvre, mais je vais à la piscine ! Je n’ai pas un sous, mais je roule en M-budget ! ».

Le linge de bain M-budget est particulièrement réussi : en plus du prix brodé en gros caractères, on peut lire le texte « Linge de bain ». C’est juste pour ne pas le confondre avec un mouchoir ou une bouteille d’eau minérale.

A quand des chasseurs de têtes recrutant des banquiers ou des financiers entièrement habillés en vert/orange, du caleçon à la cravate ?

Migros devrait peut-être revenir à des préoccupations plus « sociales », au lieu de s’évertuer à faire passer des produits bon marché pour des objets de luxe extrême.

Moralité : à quand des parkings remplis de Porsche et de Ferrari devant les dépôts d’Emmaüs ?

lundi 1 janvier 2007

Les fonctions manquantes

Le monde de l’informatique est inspiré du monde réel : les autoroutes de l’information, les souris, les puces, les toiles, les crottes (spam), les pirates, la mémoire, les boutons…

Qui ne connaît pas les fonctions « undo » (annuler ou défaire), « cut and paste » (copier/coller) ou autres « drag and drop » (glisser/déposer) ? Toute personne utilisant un ordinateur les utilise régulièrement et serait incapable de s’en passer.

Alors pour quelle raison ces facilités n’existent-elles pas dans la vie réelle ? L’existence serait tellement plus agréable. A y réfléchir de plus près, il est étonnant que l’on ne dispose pas de la fonction undo, pourtant si pratique. Je traverse distraitement la rue, une voiture me renverse et je suis coupé en deux. Rien de grave ; j’invoque la fonction annuler et je traverse à nouveau, mais en faisant attention, cette fois.

Une vie pourrie, un mariage raté. Presser la touche « Défaire » (divorce en langage courant), changer de partenaire, puis presser la touche « Refaire » (remariage), et le tour est joué.

Un verre cassé, un saut à l’élastique raté, un crash d’avion, une semaine sans gain à l’Euro-million ? Pensez à la touche « Défaire ».

Des invités surprise et plus que deux pizzas surgelées ? A court d’argent ? En réserve et pas de station-service en vue ? La touche « Copier/coller » fera l’affaire.

Un article débile sur la touche « Annuler » ? Vite, pressons la touche « Annuler » !

Moralité : défaire sans refaire, c’est l’éponge de la vie.