mardi 16 mai 2006

Tête à queue

J'adresse solennellement un grand merci aux grandes surfaces. Elles ont permis de révéler que certaines personnes ont une tête à queue.

D'abord, c'est vraiment idiot de remercier une surface, même une grande. A ce stade pourquoi ne pas engager une conversation avec un petit volume ou se battre avec un parallélépipède rectangle ? En fait je veux parler de "grandes surfaces" en tant que pluriel de "petite épicerie".

Ensuite, une personne qui a une tête à queue ne souffre pas d'une atrophie du tronc. Cette expression signifie "être génétiquement formaté et adapté pour faire la queue aux caisses des supermarchés tout en gardant son calme sa bonne humeur".

Quoi de plus agréable et de plus valorisant, de nos jours, que de passer un bon quart d'heure dans une file d'attente avec sa pizza surgelée sous le bras ? Les grands magasins ont bien compris le rôle social et formateur d'une file d'attente. En plus de créer des contacts, une attente artificiellement prolongée permet de faire le poing sur soi-même, de réfléchir sur son rôle dans la société, et surtout de penser à ne rien avoir oublié. La moindre ligne négligée sur sa liste de courses et voilà la sanction salvatrice: refaire une seconde fois la queue. Peut-être à une autre caisse afin de bavarder avec d'autres êtres humains. Cette liberté totale est toute à l'honneur des gérants de supermarchés. Le client est roi; il a le droit de choisir sa file, sa caissière, son prédécesseur.

Si vous ne faites pas partie des passionnés des files d'attente, des flâneurs invétérés, des inconditionnels de la plus longue queue, révoltez-vous!

Il est absolument intolérable de prétendre à la fois choyer les clients et les prendre ainsi en otage. Lorsque seulement deux caisses sur vingt-quatre sont ouvertes et qu'elles sont prises d'assaut par une centaine de caddies déchaînés, le seul qualificatif adapté est guet-apens. Après avoir passé une heure à entasser son butin dans son char de ferraille on hésite à tout abandonner. D'une part, il est souvent impossible de sortir sans passer par une caisse, même les mains vides. D'autre part, remettre le compteur à zéro pour repartir dans une autre embuscade n'est pas forcément réjouissant.

Nous revivons actuellement le quotidien russe d'il y a 40 ans. Sous prétexte d'économiser deux heures de salaire d'une caissière, les gérants vautours se lancent dans une concurrence effrénée avec leurs collègues douaniers. Le but ? Exaspérer le plus de personnes possible avec un minimum de moyens. Il est difficile de choisir le gagnant tellement les deux sont proches de la perfection.

C'est sans compter avec la caisse alibi, autrement dit la caisse rapide, qui n'a de rapide que la pancarte. C'est encore pire que d'installer un bureau pour la défense des droits des handicapés au 5ème étage d'un immeuble sans ascenseur. Les consommateurs sont vraiment des clients captifs, prisonniers et corvéables à souhait.

De tout temps les files d'attente ont eu une connotation négative. File pour recevoir sa paye, file pour obtenir des papiers ou des rations alimentaires, et autres files bien plus macabres.

Attendre dans un bouchon autoroutier provoqué par un accident n'est jamais agréable, mais on ne peut pas facilement élargir la route. Attendre à une unique caisse ouverte afin d'assouvir les instincts sadiques d'un directeur rétrograde n'est pas acceptable. Il est fort probable qu'une majorité de personnes seraient d'accord de payer un ou deux euros de plus pour éviter de faire la queue. Il est même fort possible que ces petites sommes cumulées suffisent largement à couvrir le salaire d'employés pouvant travailler aux caisses inutilement laissées en jachère.

Messieurs les occupants des miradors des supermarchés, il est temps que vous disparaissiez à tout jamais. D'ailleurs vous n'auriez jamais dû exister.

Quant à nous, les otages de ce pouvoir occulte et débilitant, pourquoi de temps à autre ne pas abandonner distraitement dans une file interminable un caddie débordant de victuailles ? Ou pourquoi ne pas aller faire ses courses à la petite épicerie du coin dans laquelle tout est trois fois plus cher ?

Moralité: à ce stade, il n'y a plus de moralité.

jeudi 11 mai 2006

Bug de l'an zéro

Eh, oui! Avant ce cher JC l'informatique existe déjà, mais elle disparaît au cours de l'an 1 suite à un désastre technologique sans équivalent. Pendant les siècles précédant notre ère les ordinateurs, primitifs certes, mais performants, ronronnaient paisiblement de tous leur bits. A cette époque les dates étaient stockées d'une manière originale. Les jours et les mois étaient des nombres entiers positifs, alors que les années étaient enregistrées comme des nombres négatifs.

On savait que JC n'était pas encore là, mais on ignorait quand il arriverait. De ce fait, chaque année qui passait sans trace du Messie était déstabilisante d'un point de vue informatique, car il fallait décaler les années afin d'arriver pile sur zéro en même temps que JC. Tout était basé sur le fait que les années étaient toujours négatives.

Seulement, un beau jour, JC débarque et l'année doit passer par zéro. Les analystes de l'époque bien qu'avertis de l'imminence de cet événement avaient négligé les mesures à prendre concernant les modifications de tous les programmes informatiques en fonctionnement.

Ce qui devait arriver arriva, panne totale. Impossible de corriger les dates à temps. Vers la fin de l'an zéro les spécialistes étaient sur le point de terminer toutes les mises à jour. Malheureusement la travail s'est prolongé au-delà du 31 décembre 0. Les modifications devinrent donc caduques et tout était à recommencer. Des bugs en cascade on totalement anéanti l'informatique existante.

Il ne s'agit pas d'épiloguer sur les massacres des informaticiens et l'autodestruction des ordinateurs qui s'ensuivirent, mais plutôt d'examiner ce que l'humanité a perdu dans cette triste affaire.

Tout d'abord les documents numériques (photos, enregistrements, vidéos) concernant la vie et l'oeuvre de JC se sont volatilisés. Plus aucune trace des miracles et multiplications de pains ou autres victuailles. Disparu également l'ensemble des plans vectorisés des grandes constructions de l'époque et des civilisations précédentes telles que les pyramides ou le phare d'Alexandrie. Tout a été anéanti. Heureusement pour nous, des petits malins ont vite recopié en hâte quelques bribes de données sur des papyrus juste avant le désastre. C'est tout ce qui reste à nos historiens.

Moralité: des backups réguliers, c'est toujours utile, même sur papier.

dimanche 7 mai 2006

La pluie et le beau temps

Lors du dernier sommet consacré à l'environnement et au réchauffement de la planète, un groupe de scientifiques anglais, pour la plupart des physiciens et des biologistes, a présenté une étude très intéressante concernant les problèmes liés au climat.

Nous entrons dans une période de réchauffement anormal de la Terre, ce qui se traduit par quelques dérèglements climatiques constatés ça et là. Certaines régions se réchauffent alors que d'autres, paradoxalement voient leurs températures moyennes baisser sensiblement.

Le projet anglais est complexe. En simplifiant, on peut dire qu'il consiste à désolidariser la Terre de l'atmosphère qui l'entoure. En fait, c'est déjà le cas puisque les vents déplacent les nuages et le climat suit ces mouvements. Mais les scientifiques veulent accélérer ce mouvement naturel par la mise en place d'énormes souffleries à des endroits stratégiques du globe, permettant ainsi d'amener une portion de la masse d'air entourant le globe au-dessus d'une région précise. Un peu comme si l'on pouvait faire tourner la peau d'une mandarine autour de son intérieur.

Il semblerait que la puissance de telles souffleries est dans les limites de ce que les technologies actuelles permettent de réaliser. Cette technique permettrait, par exemple, d'amener pendant quelques jours des nuages de pluie sur une zone aride afin de favoriser les cultures.

A terme, ce partage équitable d'eau et de soleil devrait permettre d'équilibrer les conditions climatiques, d'enrayer l'avancée des déserts, d'éviter les inondations et autres moussons.

samedi 6 mai 2006

Le droit au dopage


La lutte contre le dopage coûte bien trop cher. Une solution évidente à laquelle personne n'a encore pensé est de favoriser le dopage en le légalisant. Les sommes englouties par les laboratoires d'analyses d'urines verdâtres et de sang suroxygéné, par les milliers de personnes effectuant des contrôles surprise tous les mardis à 16h30 et par toutes les campagnes de prévention pourraient être versées à des ONG.

Pour quelques centaines de morts par an sur les stades, dans les piscines, ou au cours des multiples tours cyclistes, des dizaines de milliers de vies pourraient être sauvées dans les pays du tiers monde. Alors que dans ces pays défavorisés les gens ne meurent pas volontairement, nos sportifs d'élite auraient l'occasion de mourir de leur plein gré sur une marche de podium.

Cette promotion du dopage légal éviterait également tous les cas de sportifs drogués à leur insu. Plus besoin de chercher les coupables, puisqu'il n'y aurait plus de délit. Aucune loi n'interdit de trop manger et depuis la grande bouffe on sait qu'on peut en mourir. Alors la légalisation du dopage éliminerait toute nécessité d'effectuer des enquêtes compliquées. Un coureur couvre le 100 mètres en moins de 3 secondes et meurt instantanément à 102 mètres du départ ? Aucun problème; il a simplement pris un peu trop de benzopropanol. Quoi de plus distrayant au cours d'un match que de voir un joueur s'évaporer par combustion spontanée, ou bien voir la couleur de sa peau passer d'un beau bleu fluo à un orange vitreux avec des raies blanches. Voilà qui égayerait un peu nos week-ends.

Enfin les archers pourraient prendre en toute impunité des médicaments anti-Parkinson. Des basketteurs de trois mètres de haut pourraient mettre des paniers sans sauter. Des joueurs de billard pourraient se faire greffer un laser de visée dans un œil ou un servomoteur dans le coude et l'épaule. Les footballeurs auraient le droit d'avoir des jambes démesurées, un tout petit corps et une tête en forme de raquette perchée à trois mètres de haut. L'avantage serait tout relatif puisque les gardiens de but auraient des bras de deux mètres et des mains gluantes.

La devise de Pierre de Coubertin serait modifiée de "L'important est de participer" en "Battre un record et mourir". Mais pourquoi réserver le dopage aux seuls sportifs ? Toutes les professions doivent en profiter. D'ailleurs les photographes ont pris les devants. Il semblerait qu'il y en ait déjà qui sniffent du fixateur pour photo. Et ça, c'est révélateur!

Moralité: le dopage doit être accessible à tous. Même les livres auront leur dopage.

Tout va bien

Pourquoi tant de personnes se lamentent-elles sur leur sort ? Moi, je vais bien, je n'ai aucun problème, je ne m'énerve jamais et tout le monde m'aime bien. J'habite en ville, à proximité de tout. Pas besoin de voiture, ni de transports en commun. C'est ma femme qui fait les courses. Mes deux enfants de 15 et 17 ans font un apprentissage qui leur plaît: assistante médicale et gestionnaire en logistique.

J'ai un travail tranquille qui ne me prend pas la tête. Je suis gardien de piscine l'été et surveillant dans un club de tennis l'hiver. Nous regardons toujours la télévision en famille. Avec toutes ces chaînes on peut vraiment avoir des informations sur tout ce qui se passe. Nous allions habituellement en vacance les deux premières semaines de juillet chez mes beaux-parents à un quarantaine de kilomètres. Mais depuis tous ces attentats nous nous contentons de passer nos après-midis à la piscine (j'ai des entrées gratuites pour toute la famille).

Les prix et les impôts qui augmentent, c'est pas grave. Il faut bien que l'état trouve des sous quelque part. On n'a vraiment pas à se plaindre.

J'ai beaucoup de temps libre et j'adore m'occuper des plantes que j'ai installées sur mon balcon. L'hiver, c'est les cactus que je bichonne. Je me réjouis de prendre ma retraite, car j'aimerai bien commencer une collection de timbres-poste.

Ma femme promène les enfants de la concierge tous les matins et avec ce qu'elle gagne elle s'achète de la laine pour faire du patchwork. Elle est très gentille, ma femme. En y réfléchissant bien, nous avons tout de même un souci. Il semble que l'épicerie en-dessous de chez nous va être agrandie et déplacée de l'autre côté de la rue. Au début cela sera un peu déroutant pour ma femme.

Et puis toutes ces nouvelles technologies, c'est extraordinaire. Des portables gratuits, des appareils de photo numérologiques pas chers, on pourra même bientôt faire un seul vaccin contre toutes les maladies.

Et la télévision! Tous ces jeunes chanteurs dans la nouvelle starac, ils sont super. Ma fille s'est inscrite pour les auditions de l'an prochain; sa mère est d'ailleurs en train de lui construire une robe en patchwork.

A la télé ce que nous regardons de préférence ce sont les pubs. C'est vraiment utile pour savoir quels nouveaux produits les grandes sociétés inventent. Ma femme est plutôt branchée produits à lessive, moi plutôt produits de maquillage, juste à cause des belles dames qui les présentent.

J'oubliais la médecine. S'il y a un domaine dans lequel de grands progrès ont été faits, c'est bien la médecine. On peut presque tout greffer. Toutes les maladies vont bientôt être guéries. Finie la vache folle, finie la grippe aviaire. Bon, un petit rhume de temps en temps, on ne va pas en mourir.

Il paraît que dans certains pays beaucoup de gens sont malades et n'ont pas assez à manger; en Afrique par exemple. Mais heureusement que les gouvernements de nos pays développés les aident. Bientôt tous leurs problèmes seront résolus. Mais, tiens! Une sonnerie ? C'est sûrement mon nouveau four à pain automatique que la Coop m'a offert grâce aux points de ma Supercard de fidélité. Il faut vite que je sorte le pain. La sortie du pain, c'est l'opération à ne pas rater (ils le disent dans le mode d'emploi).

vendredi 5 mai 2006

Au secours! J'ai perdu mon doudou.

Alors que les prisons suisses regorgent de prisonniers, la mise en liberté sous surveillance électronique (un bracelet émetteur fixé à la cheville) fait son chemin. Parallèlement la plupart des gens portent de leur plein gré un téléphone cellulaire. La comparaison est peut-être facile, mais en ce qui concerne les déplacements des "prisonniers", tout peut être enregistré, stocké et analysé, que se soit avec un bracelet électronique ou avec un téléphone portable. La seule différence est l'autorité détentrice de l'information. Dans le premier cas, le pouvoir judiciaire, dans l'autre les opérateurs de téléphonie. Il semblerait même que les opérateurs de téléphonie mobiles sont à même d'activer le micro des portables à l'insu de leur propriétaire, et sans laisser de traces.

Des personnes adultes et responsables, en possession d'un portable, perdent leur lucidité et régressent au point d'adopter des comportements infantiles. Combien de fois avez-vous entendu ou prononcé ces phrases : "Vite ! Fais demi tour, j'oublié mon téléphone à la maison.", ou "Zut, l'accumulateur est mort! Où y a-t-il une prise électrique?". Cela peut même conduire à des crises de nerfs. Certaines personnes en arrivent à se déplacer partout avec leur chargeur et leur téléphone à la main.

Ces individus, une fois privés de leur portable, s'arrêtent de vivre. Un grand vide s'installe dans leur tête : "Oh mon dieu ! Que vais-je faire sans mon téléphone ?".

Le téléphone portable prend la place du doudou de leur enfance, cette peluche ou ce chiffon hideux qui ne les quittait jamais. Son rôle sécurisant permet de se sentir un peu chez soi partout où l'on se trouve. La perte du doudou sacré provoque également crises de nerfs et angoisses.

L'être humain existe uniquement au travers des yeux des autres. Est-ce que j'existe vraiment si je ne possède pas de portable? Qui aurait imaginé un jour devoir payer pour demander à quelqu'un s'il préfère un pull bleu ou rouge ?

Comment soigner cette dépendance technologique ? Peut-être en essayant de ne pas toucher à son portable pendant une semaine. C'est possible ! Il y a dix ans, c'était même normal. Si un tel défi provoque des doutes, des angoisses ou des dérives psychologiques telles que dépressions ou envies suicidaires, il s'agit probablement d'une techno-dépendance au téléphone portable. Pour soigner cette maladie grave et encore méconnue le Professeur Black, spécialiste des addictions technologiques, peut vous aider. Appelez-le dès maintenant au numéro +41 79 100 10 100 (2.40 Frs/minute). Consultations par téléphone uniquement.

Moralité: un doudou, c'est bien, c'est doux, ça ne rayonne pas et ça évite bien des factures en fin de mois.

mercredi 3 mai 2006

Zapping pédagogique

Les élèves, ces extra-terrestres !

La société des loisirs est incompatible avec la notion d’effort. Dans notre environnement tout est organisé pour être beau, lisse, agréable et sans problèmes. Toutefois, à certains moments, nous devons suivre des cours, travailler, remplir des impôts, faire le ménage ; bref, fournir un certain travail, moralement ou physiquement fatiguant. Les deux situations sont totalement incompatibles. Imaginez la fée clochette devant faire la queue à une caisse de supermarché, ou changer les pampers de ses enfants. Voilà dans quel paradoxe doivent vivre les jeunes.

Notre société est basée sur le zapping. Offrez un jeu d’ordinateur à un enfant ; son premier réflexe est de chercher sur internet tous les trucs permettant d’avoir un nombre de vies illimité, une somme d’argent infinie, ou de terminer le jeu en moins d’une heure alors qu’il est prévu pour durer au moins dix jours. C’est la génération gameboy.

Les jeunes ne cherchent plus «comment faire», mais «qui, sur internet, l’a fait mieux et pour moins cher». Bien que cela leur soit dommageable, ils ont entièrement raison d’agir de la sorte. On leur offre deux possibilités d’obtenir le même résultat : l’une facile et l’autre qui demande un effort. Le choix est évident.

Les problèmes deviennent plus apparents lorsqu’il s’agit d’enseignement. Il n’y a pas de solution miracle, de bouton magique. On a bien essayé l’apprentissage sans contrainte ni travail, mais comme on peut s’en douter, le constat a été un échec total.

Les élèves et les étudiants sont les mêmes qu’au siècle dernier, ils ont les mêmes gênes, les mêmes capacités. Ce sont les tentations qui ont changé. Ponctuellement ils sont tout à fait capables de travailler intensément.

Deux dérives dues à cette ambiguïté de notre société sont particulièrement apparentes. La première est que très souvent les élèves dorment en classe, indépendamment de l’heure qu'il est, du fait qu’il soient doués ou non, intéressés ou non, et que les cours soient intéressants ou banals. C’est un fait. Ils jouent jusqu’à l’aube (c’est la nuit que les jeux vidéo deviennent intéressants) ou sortent tard le soir. Les études, même primaires, deviennent secondaires. L’école est une obligation accessoire. Ceci est d’autant plus malheureux que les premières victimes sont les jeunes les plus influençables.

La seconde dérive est visible lorsqu’un élève doit trouver une solution à un problème. Ayant, pour beaucoup, perdu l’habitude de chercher par eux-mêmes, on assiste à des situations à la limite de la caricature. Si le problème demande de la réflexion, l’élève abandonne : «je ne comprends rien, j’arrête !». Ce même élève, après qu’on l’ait aiguillé sur la solution, s’il y parvient, dira : «Mais, c’est trop facile !». Pour certains, il n’y a pas de limite entre les deux situations : «C’est trop difficile, je ne le fait pas» et «c’est évident, ça ne sert à rien de le faire». La frontière entre les deux s’appelle l’effort.

La tendance vers de plus en plus de facilité apparente étant bien ancrée, l’inverser paraît utopique.

Moralité : jeune, c’est un vrai métier. Les jeunes ont vraiment du mérite, car essayer de faire des efforts dans un environnement où tout vous convainc que cela ne sert à rien…

mardi 2 mai 2006

Société Anonyme

Moralité : notre société est faite d'anonymes. La preuve!

Loisirs ou effort, il faut choisir !

On a prôné depuis quelques décennies la société des loisirs. C’est bon on l’a ! La plupart des gens peut s’offrir des vacances dépaysantes, un téléphone portable, des habits de marque, l’épilation définitive de leur poitrine siliconée, un ordinateur relié à internet, le droit de passer à la télé et l’espoir de gagner à l’euro-millions. Prix à payer ? Pas grand-chose : chômage, dérives urbaines, disparition de la notion d’effort, apparition d’un ego surpuissant chez certains ou sur-refoulé chez d’autres, nouvelles maladies, augmentation des disparités sociales, états incapables d’apporter des réponses aux vrais problèmes.

Gros avantage, sournoisement voulu ou simple conséquence d’une évolution naturelle : le commun des mortels, pour peu qu’il ait un petit boulot, a un os à ronger: les loisirs. Pendant des années on lui a tellement fait comprendre que l’important c’est le temps «libre», qu’il en devient aliéné.

On assiste à une inversion de tendance par rapport à la situation d’avant les années soixante. Après le travail, de temps à autre et si le budget le permettait, on pouvait s’offrir une séance de cinéma. De nos jours, si la finale de Roland Garros tombait un jeudi, beaucoup seraient tout à coup malades ce jour-là.

Moralité : nous vivons une époque formidable, profitons-en avant que ça éclate. On nous barde de facilités, pourquoi s’en priver ? Et même, pourquoi se poser tant de questions ? Cliquez simplement sur les boutons «Rewind», puis «Erase».

lundi 24 avril 2006

Lois 'rustines'

Après le floutage de marques, le floutage de gueule.

Le floutage (masquage des marques) imposé par le CSA illustre de manière parfaite la totale aberration de certaines lois. Bien sûr qu’il faut des règlementations ; mais depuis quelques années on assiste à une dérive due à l’introduction de lois et de règlements dont les effets de bord (effets secondaires pour les enseignants ou effets indésirables pour les médecins) sont parfois pires que l’absence de règlement. Le peu de lois simples, efficaces, protégeant vraiment les personnes qu’elles sont censées protéger incite vraiment à penser que lois ne sont que de vulgaires rustines, décrétées à la va-vite sans toujours en prévoir les contournements. J’en veux pour preuve les modifications continuelles des règlements et textes de loi. Messieurs les décideurs, une loi n’est pas une promesse électorale, ni un argument de vente. Contrairement à vous, elle est censée durer.

Que fait un téléspectateur moyen face à une émission floutée ? Il essaie de reconnaître ce qu’on veut lui masquer. Résultat : la loi va exactement à l’envers du but poursuivi. Lorsque la surface à flouter est supérieure à 15 ou 20 pourcent de l’image ou lorsqu’une marque prend une telle place que le floutage pourrait laisser penser que le téléviseur est hors d’usage, on agit autrement : on retourne horizontalement l’image.

Stop ! Le monde n’est pas symétrique, alors pourquoi proposer une image irréelle, totalement fausse ? Quel est l’imbécile qui pense qu’une marque inversée n’est pas reconnaissable ? Je pense à ce pauvre crocodile né dans les années trente. Qu’il tourne la tête à gauche ou à droite ne change pas grand-chose au fait qu’il s’agit d’un crocodile souriant dont les chaussures sont des Lacoste.

Un des buts du floutage est, semble-t-il, de ne pas léser ou privilégier une marque par rapport à ses concurrents. Ineptie pour ineptie, il suffirait, lorsqu’une marque apparaît à l’écran, de montrer toutes les marques apparentées au même type de produit. Par exemple dans une bande au bas de l’écran où elles défileraient à grande vitesse. Ce défilement à vitesse supersonique est d’ailleurs utilisé pour les génériques de fin d’émissions. Non, les médias ne pensent pas que tous les téléspectateurs ont pris des cours de lecture rapide. Ils se fabriquent uniquement une bonne conscience ; ils sont « en règle avec la loi ». Après tout, il suffit d’enregistrer l’émission et de la passer à l’extrême ralenti.

Vivement qu’une nouvelle marque s’appelle Vendredi. Imaginez le floutage auditif du mot vendredi dans toutes les émissions (y compris la météo).

Moralité : hypocrisie, hypocrisie ! Vive l’hypocrisie !

vendredi 21 avril 2006

Vive Linux !


J'adore Linux. C'est le seul système d'exploitation gratuit que j'ai acheté au moins dix fois. Je veux soutenir le logiciel libre, donc je ne le télécharge pas, je l'achète. Tous ces gens contribuant au développement de Linux m'impressionnent. Un système d'exploitation avec des dizaines d'interfaces graphiques différentes, voilà enfin un standard utile. KDE ne me plaît plus ? Hop ! Je passe à Gnome ou à Motif en un clin d'œil. Il faut juste faire attention aux copies d'écran si l'on pense donner des cours ou écrire des livres sur le sujet, mais c'est génial. Ah ! J'oubliais les secrétaires qui parfois changent d'employeur. Il suffit de supprimer les secrétaires ou d'instaurer une loi attribuant à chaque corps de métier une interface graphique spécifique. Comment ? Les couples dans lesquels le mari et la femme n'exercent pas le même métier ? Ça existe ? Il leur suffit de changer d'activité, ou d'acheter un ordinateur supplémentaire pour l'informatique familiale. Rien n'a plus de prix que la liberté de choisir son interface graphique. Windows, lui, est vraiment banal. Aucun changement. Depuis des années XP nous propose les mêmes fonctionnalités, les mêmes icônes aux mêmes endroits. Quel manque d'imagination !

Il en va de même pour les systèmes de gestion de fichiers. Deux ? Trois ? Non, carrément une dizaine ou plus. Tout le monde y trouve son compte.

Et puis, je me souviens encore de l'époque où, après avoir installé Linux depuis un CD, il fallait penser à monter ce même lecteur de CD avant de l'utiliser. Certainement très logique et dû à des raisons tout à fait louables et importantes. Mais alors, pourquoi maintenant les lecteurs de CD sont-ils montés par défaut ? Stop! Linux a tout de même le droit d'évoluer, de trouver ses marques, de plaire aux utilisateurs. Et à moi, il me plaît ce bougre. C'est un hyperactif, toujours plein de nouveautés, toujours en pleine mutation, la stagnation connaît pas.

Et puis le logiciel libre, quoi de plus imaginatif et valorisant. L'autre jour alors que j'utilisais EasyPHP (en voilà encore un bon produit) je me suis mis en tête de générer des documents pdf. Heureusement EasyPHP possède une extension php_pdf qu'il suffit d'activer; il en possède également une autre: php_cpdf. Après avoir atteint mon but j'ai voulu générer des documents pdf plus complexes et j'ai dû chercher des informations sur Internet. Là, j'ai découvert que j'étais un attardé mental. Les développeurs utilisent EasyPDF ou encore fpdf ou encore xxxPDF. J'ai alors décidé de changer de librairie. Malheureusement j'ai dû récrire quasiment tout mon code, car les fonctions donnaient d'autres résultats ou s'appelaient autrement. Cela m'a permis d'apprendre à utiliser plusieurs librairies pdf. J'adore apprendre des chose nouvelles. J'espère juste qu'aucune autre version géniale de librairie pdf ne va sortir dans les prochains mois. C'est tout de même incroyable une telle puissance de développement. Tout ce que l'on cherche existe déjà. Sinon quelqu'un va sûrement s'y pencher.

J'aime vraiment beaucoup ce monde gratuit, peuplé de bénévoles courtois et disponibles. Mon seul regret est qu'il n'y ait pas d'équivalent au niveau du matériel informatique. En fait, je voudrais que les ordinateurs soient eux aussi gratuits. Après le logiciel libre, le matériel libre. Après tout, il faut du temps et de l'énergie pour construire un ordinateur, comme il en faut pour développer un logiciel.

Moralité: pour changer, mon nouvel ordinateur, je ne vais pas l'acheter, je vais le télécharger.

Le ciel appartient à Microsoft

Remontons quelques années dans le passé; plus précisément en août 1995 au moment de la sortie de Windows 95. Rappelez-vous la boîte avec un ciel bleu recouvert de nuages blancs estampillée de la fenêtre quadricolore de Microsoft. Obnubilés par son contenu tant attendu la plupart des gens ne se sont jamais intéressés à la symbolique qu'elle véhiculait. A cette époque beaucoup d'éditeurs de logiciels se sont également mis à utiliser le ciel bleu nuageux pour décorer leurs emballages.

Un après-midi de 1996, vers 16h00, arrêté en voiture à un feu rouge, je lève les yeux vers le ciel et soudain je réalise l'extrême subtilité de Microsoft et de ses responsables marketing. Quoi de plus universel que le ciel et les nuages ? Rien. Où que l'on se trouve sur la planète, que l'on soit un eskimo, un australien, un chinois ou un papou, au-dessus de sa tête il y a toujours le ciel bleu avec des nuages. Essayez de trouver un autre objet ou paysage présent et connu sur la Terre entière. C'est impossible. Le ciel est vraiment le seul et unique symbole universel. Et il est désormais associé à Microsoft pour l'éternité. Imaginez une distribution de Linux avec un ciel bleu nuageux sur la boîte. Quelque chose ne collerait pas. Le ciel c'est Microsoft !

Je ne pense pas que cette symbolique soit involontaire; je reste au contraire persuadé que la personne qui en a eu l'idée est un génie.

Moralité: si vous vous embêtez, regardez vers le ciel. Sinon regardez par la fenêtre, l'effet est le même.

L'hypocrisie du floutage

Eh oui ! Pour une telle aberration il fallait bien créer un néologisme. Flouter consiste à rendre floue une portion d'image sur une photo ou une vidéo. Rien n'est plus agaçant que le floutage dans les émissions de certaines chaînes de télévision. Les pires scènes sont celles se déroulant dans les rayons des supermarchés. Parfois on distingue un œil ou une oreille; mais tout le reste est flou. Toutefois une bouteille de Coca-Cola ou un symbole Nike d'un mètre carré, même flou, il faudrait être complètement gâteux pour ne pas les reconnaître.

Du fait que nous vivons une époque surpublicisée, il est quasiment impossible de trouver un T-shirt ou une veste sans logo, et être filmé signifie risquer de passer pour quelqu'un qui porte des habits tachés.

Et que dire du métier de flouteur ? Saboter de telle manière des images est injustifiable. A l'heure où l'on nous parle de télévision haute définition, où chaque pixel compte, comment accepter de regarder une émission dans laquelle 20% de l'image est floue ? Autant revenir au noir/blanc !

Mais qu'espèrent donc nos grippe-sous fournisseurs d'images ? Du chantage médiatique pour soutirer quelques euros à toutes les marques figurant sur le moindre extrait vidéo ? Une manière de favoriser celles qui paient la diffusion du moindre crocodile souriant, ou de la moindre panthère bondissante ?

Pourquoi le floutage est-il apparu si récemment alors que pendant des années on pouvait voir des logos dans les rues, des habits sur des personnes, des marques sur les voitures ? Les plus forts ce sont tout de même Microsoft avec leur marque véhiculée depuis 1995 par un ciel bleu garni de nuages blancs et Orange dont le logo, même flouté restera toujours orange.

Finalement que faut-il penser de ces mêmes inexcusables fournisseurs d'images lorsqu'ils nous diffusent des matches de football truffés de publicités de taille gigantesque et d'une netteté à faire pâlir d'envie même une télévision à très haute définition qui verra le jour dans une dizaine d'années ?

Le seul avantage de ces procédés bas et mesquins est qu'ils nous font voir la vie réelle d'une manière bien plus nette.

Réagissons ! Ne tolérons plus le moindre flou !

Les sociétés doivent absolument adopter des logos flous. Cela permettrait au moins d'introduire une certaine pagaille dans l'univers des flouteurs invétérés.

Moralité : plus on est de flous, plus on nuit.

mardi 18 avril 2006

Printemps : geranium nullium

Lorsque l'on demande à quelqu'un de citer un tableau célèbre, c'est très souvent la Joconde qui remporte la palme. S'il s'agit d'un compositeur classique, c'est Mozart ou Beethoven. Tout est une question de références.

Dans notre société la masse des connaissances disponibles est devenue si importante qu'une seule personne ne peu pas tout savoir. Paradoxalement, pour survivre, il faut connaître un maximum d'informations.

Le cerveau humain est une machine extrêmement bien construite. Il a appri à analyser l'information, aussi complexe soit-elle, à la synthétiser, à l'édulcorer, à la nettoyer afin d'en garder uniquement l'essentiel. La phrase bien connue "Ce matin un lapin a tué un chasseur, c'était un lapin qui avait un fusil" pourrait être interprêtée comme : "Les lapins sont des tueurs". Information inexacte, certes, mais essentielle à la survie de l'espèce.

Pour se mettre en valeur dans les cocktails, il faut posséder une culture de surface. La surface la plus grande possible, mais avec une profondeur très faible. Il faut en savoir le moins possible dans le plus grand nombre de domaines, ce qui permet d'agrémenter les discussions de toutes sortes et dans tout milieu. C'est là que le génie de l'humain entre en action. Parlons cinéma, avez-vous vu le dernier Claude Berri ? Littérature, le dernier opus de Dan Brown est une merveille ou encore jardinage, j'adore les géraniums.

Non, pas les géraniums ! Les jardinières fleuries des balcons vous remercieraient. Voilà encore un paradoxe, car s'il est un domaine, somme toute très personnel, c'est bien le jardinage. Dans ce hobby l'être humain peut laisser courir son imagination, faire d'incroyables expériences, découvrir de fabuleuses espèces. Eh bien, que nenni ! Il plante des géraniums.

En Suisse, il est obligatoire de planter des géraniums. C'est un acte inscrit dans la constitution. Mais pourquoi cette plante remarquablement laide fait-elle autant d'adeptes ? Google ne s'y trompe pas: 6'430'000 pages sur les géraniums contre 545'000 sur les azalées. Pourquoi cette géraniacées qui sent le vieux bouc a-t-elle conquis nos terrasses et jardins au point de les faire ressembler à des Garden Center suisse-allemands ?

L'explication est liée à plusieurs facteurs. Le premier est la dégénérescence de l'espèce (la plante, pas l'humain !). Avez-vous déjà vu un vrai géranium ? Comme ceux qui poussaient à l'époque de Jules César ? C'est comme comparer un sanglier à un cochon. A force de sélection, marcottage et bouturage, nous sommes arrivés à fabriquer une plante mutante résistante à tout. La sécheresse, les maladies, les tailles ratées, même un accident atomique n'annihilerait pas cette robuste et indestructible erreur génétique. C'est la plante idéale pour les mauvais jardiniers en herbe que nous sommes.

La simplification dans la production et la vente de cette plante a été un catalyseur pour sa prolifération. Pas besoin de gants, de pots ou de température critique pour cette plante. Un géranium c'est increvable ! Les commerçants l'on bien compri et choisissent délibérément de vendre uniquement du géranium, au risque de voir disparaître d'autres plantes bien plus belles, mais plus difficiles à cultiver.

Il fait beau, le soleil brille, c'est le printemps. Dans toutes les bonnes jardineries s'organise la semaine du géranium ! Apportez vos bacs, on vous les plantera gratuitement. Des dunes, des montagnes de géranium envahissent les parkings des magasins. Et les suisses se ruent sur le dernier géranium à la mode : le rouge pour changer. De toute façon, on n'a pas le choix.

Votre voisin a de plus beaux géraniums que les vôtres ? Avez-vous essayé le nouvel engrais "Hauer Osmocote" à 18 € les six capsules ? Et le dernier terreau à base de lisier de poule du Jura ? Et pourquoi, cette année, ne planteriez-vous pas tout simplement autre chose ?

Essayez de faire preuve d'imagination. Plantez de vraies plantes qui sentent la rose ou le citron. Des fleurs aux couleurs variées et aux pétales de plus d'un centimètre. Plantez des framboises ou des lardons. Plantez des gallinacées ou du bambou. Mais surtout, pas de géranium. Non, vraiment, pas de géraniums cette année, s'il vous plaît!

lundi 10 avril 2006

QCM Connaissez-vous Einstein?

1. Quel est le prénom d'Einstein ?
2. Albert Einstein est surtout connu pour:
3. La théorie de la relativité restreinte:

4. La fameuse formule chère à Einstein est:

5. Albert Einstein a passé une grande partie de sa vie

6. Albert Einstein aimait

7. Einstein est

8. Albert Einstein

9. La plupart des gens

10. Albert Einstein est